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Guerres d’influence et lutte pour l’énergie : L’édito de Jérôme Flury

Written by on 22 janvier 2020

Bonjour Jérôme. Cette semaine, vous restez à l’est du continent, alors que vous évoquiez la semaine passée le cas de l’Albanie et de la Macédoine du nord. Aujourd’hui, vous vous intéressez à la bataille qui règne près de Chypre. La Turquie vient d’être rappelée à l’ordre par l’Union européenne. Que se passe-t-il là-bas ?

Eugène bonjour, il est vrai que je parlais la semaine passée des Etats candidats, et notamment de la Turquie dont le statut de candidat a été reconnu en 1999. Alors je ne veux pas rester bloqué dessus, mais la Turquie est revenue dans l’actualité ces derniers jours. Nous savons que les relations de l’Union européenne avec cet Etat situé aux portes de l’Europe, sont plutôt fraîches. L’intervention du régime d’Erdogan en Syrie en octobre dernier n’avait pas arrangé les choses.

Mais aujourd’hui, c’est un autre élément qui agace les pays de l’Union. La Turquie rode depuis un moment dans les mers de Chypre. Le chef de la diplomatie européenne, le commissaire Espagnol Josep Borrell s’est montré clair dans un communiqué. « Tous les membres de la communauté internationale doivent s’abstenir de toute action susceptible de porter atteinte à la stabilité et à la sécurité régionales ». Le commissaire espagnol a même ajouté : « L’intention de la Turquie de lancer de nouvelles activités d’exploration et de forage dans l’ensemble de la région va malheureusement dans le sens opposé ».

En effet Jérôme, le message est clair. Mais pour quelle raison la Turquie souhaite-t-elle lancer de telles activités dans la région ?

C’est avant tout une question d’influence. La Turquie aimerait augmenter la pression sur le voisin chypriote. Et au final, elle attise les tensions dans la zone. Pourquoi une telle agitation ? Car la Méditerranée orientale regorge de ressources gazières. Et ces ressources sont importantes sur deux plans : sur l’aspect économique évidemment mais également en termes d’indépendance énergétique. Trois pays, Chypre, la Grèce et Israël ont signé début janvier un accord sur le gazoduc EastMed.

Oui, il s’agit d’un projet colossal. Ce gazoduc devrait faire 2000 kilomètres et passer sous la Méditerranée…

Tout à fait Eugène ! Il ralliera des réserves situées au large de Chypre et d’Israël à l’Union européenne. Mais la Turquie veut garder le contrôle sur les ressources du coin. Il y a quelques mois, le président turc Erdogan s’était montré ferme. «Les droits légitimes de la Turquie et des Chypriotes Turcs sur les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale ne sont pas sujets à discussion». Et le 16 janvier, il a annoncé que son pays allait commencer « dès que possible » à faire des forages dans ces zones contestées et riches en hydrocarbures.

Ceci explique ainsi la réponse cinglante de Josep Borrell samedi 18 janvier. Le porte parole de l’Union pour les affaires étrangères rappelle qu’il est illégal de mener de telles activités dans la Zone économique exclusive de Chypre. Ce dernier pays a affiché son mécontentement en affirmant que «La Turquie devient un Etat pirate en Méditerranée orientale». L’Union européenne a également décider de mener des sanctions ciblées. Elles seront menées contre « les personnes ou les entités qui sont responsables d’activités de forage non autorisées d’hydrocarbures en Méditerranée orientale ou qui sont impliquées dans ces activités ». Une liste est en préparation. Mais rien de concret n’est encore au programme. Seule la Banque européenne d’investissement (BEI) prévoit de maintenir ses limites sur les prêts accordés à la Turquie. Que peut véritablement faire l’Union européenne ? Erdogan a déjà indiqué qu’il ne souhaitait pas plier face aux ultimatums européens. En tout cas, comme d’habitude, les ressources sont sources de tensions. Et cette histoire ne va pas arranger le rapport si complexe entre Turquie et Union européenne. Ni la situation géopolitique de la région.


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