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Big data et coronavirus : L’édito de Constantin Pavleas

Written by on 4 mars 2020

Euradio – Comme chaque mercredi, nous recevons aujourd’hui Constantin Pavléas, avocat et professeur de droit du numérique et des nouvelles technologies. Bonjour Constantin,

Bonjour Simon,

Vous nous parlez aujourd’hui de l’utilisation du big data et de l’intelligence artificielle en Chine face au coronavirus.

En effet, la Chine espère enrayer la propagation du virus en utilisant ces technologies. Un code santé a d’ailleurs été mis en place dans certaines provinces. En croisant un certain nombre de données, ce code va attribuer une couleur à chaque personne (vert, jaune ou rouge) déterminant ainsi son état de santé. Si le code est jaune ou rouge, la personne doit alors rester en quarantaine pendant une période donnée (sept jours pour le code jaune et quatorze jours pour le code rouge) car elle a de fortes chances d’être contaminée.

Wu Zunyou, expert officiel en épidémiologie au centre national de la prévention et du contrôle d’épidémie explique cette méthode : « Avec le big data, on sait où les cinq millions de personnes parties de Wuhan et de la province de Hubei sont allées. On peut capturer les données de localisation précises et tracer ces personnes. »

Sur quoi repose l’attribution de ce code santé ? Est-ce un système fiable ?

Développé par le géant du commerce Alibaba pour le gouvernement chinois, ce système repose sur le remplissage d’un formulaire en ligne listant les voyages récents ainsi que les éventuels symptômes ressentis.

Toutefois, le fonctionnement de l’algorithme n’a pas été communiqué. Il y a eu des cas d’attribution de code rouge pour des personnes qui ne se sont jamais déplacées dans une zone infectée ou encore la mise en quarantaine de certaines personnes présentant des symptômes similaires mais non contaminées par ce virus.

Le système n’est donc pas infaillible. Le gouvernement chinois a d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu quelques erreurs lors de l’attribution de ces codes.

Comment ce système a-t-il pu exister ?

Tout cela a été possible grâce au réseau de surveillance déjà existant : la reconnaissance faciale, l’utilisation massive de caméras de surveillance, le fait de devoir donner son identité quand on achète un ticket de transport par exemple. Le gouvernement a toujours revendiqué l’utilisation de ces données dans le but de l’aider à mieux gouverner.

Cependant, de nouvelles formes d’utilisation de ces données ont émergé avec l’apparition du coronavirus. Pour en citer quelques-unes, nous avons pu voir l’utilisation de la reconnaissance faciale lors de la prise de température d’une personne ou encore la création d’une application destinée à vérifier si on a été en contact ou à proximité d’une personne infectée par le virus.

Selon vous, que peut-on penser de l’utilisation du big data en Chine, est-ce une menace ?

Il semble que la Chine a adapté le système en place de surveillance généralisée de la population pour lutter contre le coronavirus. Big data, algorithmes et mesures de confinement sans précédent touchant plus de 50 millions de personnes (!) ont semble-t-il produit des résultats ; la propagation de l’épidémie semble ralentie dans le pays.

Cela peut rassurer certains. Mais même dans le contexte du coronavirus, je vois mal comment les citoyens européens pourraient accepter un tel système de surveillance et de soumission à des décisions algorithmiques ? Et pour le 1,4 milliard de chinois, comment ne pas craindre qu’après la fin de cette épidémie, la surveillance de l’état de santé des personnes ne soit intégré dans le système de crédit social ? Alors, oui, cela peut être une menace.


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