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Allons-nous vers le crash économique des compagnies aériennes en Europe ? L’oeil de Xavier Tytelman.

Written by on 17 mars 2020

Alors que l’Europe verrouille ses frontières et que les Européen.ne.s sont confiné.e.s, les compagnies aériennes qu’elles soient françaises ou européennes n’ont d’autre choix que de laisser leurs appareils au sol. Mais qu’elles vont êtres les conséquences ? Nous avons posé la question à Xavier Tytelman, Ex aviateur militaire, intervenant médias et consultant aéronautique.

Depuis le 11 septembre 2001, jamais les compagnies aériennes en Europe et à travers la planète n’avaient eu à faire face à une telle crise ?

C’est bien pire. Déjà on va de crise en crise, si on regarde la crise de cette manière-là, effectivement le 11 septembre 2001 il y avait de grandes compagnies, la compagnie nationale suisse, la compagnie nationale belge qui avaient disparu à ce moment-là. Ensuite on a eu la crise de 2008/2009, dans laquelle on avait eu plusieurs dizaines de compagnies qui avaient disparu, de mémoire dix-neuf compagnies européennes. Maintenant c’est un secteur qui est très concurrentiel, dans lequel on a des marges en-dessous de 5% depuis des années. L’année dernière, il ne faut pas l’oublier, on a eu 25 compagnies aériennes qui ont fait faillite dans le monde alors qu’il n’y avait aucune crise.

Donc on est clairement sur une situation qui va être catastrophique. Toutes les petites compagnies régionales fragiles risquent de disparaitre. Des compagnies moyennes comme Tarom par exemple en Roumanie, je pense à Alitalia, qui sont déficitaires structurellement depuis des années, elles devraient disparaitre sauf si leur gouvernement les soutient.

Et puis progressivement si on regarde ce qui se passe en Asie où on a connu une crise, avec plus de 80% des vols annulés pendant plusieurs mois, et bien on a des doutes sur des compagnies beaucoup plus solides, comme South Korean, Kate Pacific. Il y a des gens qui parlent même de Singapore Airlines. Alors qu’on est certain que des petites compagnies, style Hong-Kong Airlines, Asiana vont disparaitre. On sait qu’il y a des compagnies qui vont disparaitre par dizaines dans les mois qui viennent.

La compagnie italienne Alitalia est aujourd’hui dans une situation économique très difficile. Déjà elle avait du mal à tourner commercialement correctement mais c’est une compagnie qui a l’intégralité de sa flotte en leasing, et chaque mois, crise ou pas crise, il faut rembourser les traites du crédit

Alitalia est une compagnie qui n’a pas réussi à organiser un hub, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un centre où tous les Italiens vont faire leur escale, comme les Français iraient à Paris ou à Francfort pour les Allemands…Donc aujourd’hui le problème c’est que quelqu’un qui va faire un vol long courrier depuis la Sicile, va probablement se poser à Londres, Paris ou Francfort, et plus en Italie. Cette compagnie n’a pas réussi à se faire une base et ils n’ont que vingt millions de passagers par an, alors qu’Air France fait cent millions de passagers par an, avec une population qui est relativement similaire, et on est sur des pays très touristiques. Ce pays n’a pas réussi à créer une compagnie assez grosse et n’a pas réussi à se réformer, parce qu’il y a eu beaucoup de freins mis en place par les syndicats, qui n’ont pas accepté que la compagnie se modernise, elle est en danger.

Elle est dans le rouge, année après année. Elle se fait attaquer par EasyJet et Ryanair qui possèdent maintenant presque tout le marché italien. Donc cette compagnie, comme elle n’avait pas les reins solides, elle n’était plus en capacité d’acheter ses avions. Elle est obligée de les louer. Ça a une conséquence quand on est obligé de clouer les avions au sol, parce qu’il n’y a plus rien qui vole, eux sont dans l’obligation de louer leurs appareils et d’avoir des frais fixes qui sont incompressibles. A l’inverse, une compagnie comme Lufthansa qui possède ses avions et même qui a fini de les rembourser, elle les cloue au sol, ça ne lui coûte plus rien. La compagnie fragile Alitalia ne peut pas réduire ses coûts fixes, alors qu’une compagnie solide comme Lufthansa en est capable.

Que peut faire aujourd’hui un gestionnaire d’une compagnie aérienne face à une telle situation. Par effet de ricochets, est-ce qu’il n’y a pas un risque que cela vienne toucher les performances du constructeur européen Airbus, qui avait un carnet de commandes plein ?

Vous avez des compagnies aériennes qui vont demander des reports de livraisons de leurs avions. Je pense à Emirates. Donc oui on va avoir des répercussions sur les grands constructeurs mais ce sera secondaire et plus tard. On peut aussi avoir des compagnies qui vont faire faillite alors qu’elles avaient des avions à récupérer. Aujourd’hui si vous allez à Toulouse, vous avez sur le parking des avions aux couleurs de Wizz Air, qui a fait faillite avant d’avoir récupéré ses avions. Donc les constructeurs seront impactés à moyen et long terme.

Du point de vue de l’économie générale, vous avez un secteur l’aéronautique, qui est absolument structurant pour la reprise économique. On ne peut pas dire : si Air France disparait c’est quelques dizaines de milliers de chômeurs en plus, non, l’aérien est corrélé à l’économie. Quand vous avez par exemple une croissance ou une reprise économique de 2%, vous avez 4% de croissance de l’aérien. Si vous freinez l’aérien, vous freinez la reprise économique. Il y a vraiment cette corrélation qui a été observée plein de fois, sur le Sras, la crise du volcan islandais Eyjafjöll.

On ne peut pas se permettre de perdre certaines compagnies aériennes qui sont structurantes pour les économies. Donc les grands pays qui en ont les moyens vont sauver leur compagnie nationale, la France, l’Allemagne, la Suisse, la Pologne…Mais vous avez des compagnies qui ne sont pas réellement rattachées à un pays en particulier, Ryanair ou EasyJet, qui a cloué au sol la totalité de sa flotte et mis 100% de son personnel au chômage partiel. Ce sont peut-être des compagnies un peu plus fragiles parce qu’elles n’ont pas un pays qui va être capable les soutenir à tout prix. Et c’est un peu compliqué pour celles-là.

Air France fait plus de 1,5% du PIB (Produit Intérieur Brut), si Air France disparait ce sont des centaines de milliers d’emploi au sol qui vont disparaitre. On estime qu’une ligne aérienne long courrier c’est plus de mille emplois indirects en dehors du secteur aérien et plus de soixante millions d’euros de retombées économiques. Donc on ne peut pas se permettre de perdre sur ces compagnies là et il y aura un travail de long terme pour savoir comment les sauver.

En combien de temps des compagnies aériennes peuvent disparaître ?

Les compagnies qui étaient dans le rouge, on voit l’exemple de Flybe en Grande Bretagne, elle a déjà disparu. Alitalia, si l’Italie n’avait pas fait cette avance financière elle disparaissait. Chaque jour les compagnies qui sont dans le rouge regardent si elles vont survivre quelques semaines de plus. Et chaque semaine qui passe va rendre la situation plus compliquée, avec des compagnies de plus en plus grosses qui vont être en danger. Est-ce que United Airlines, est-ce que les grandes compagnies américaines peuvent être touchées ? La réponse est oui si la crise se répand et touche de la même manière l’autre côté de l’Atlantique. Là, s’il n’y a pas d’intervention des états, on put considérer que 100% des compagnies peuvent potentiellement faire faillite. Les états ne peuvent pas laisser tomber ce pan de l’économie qui est absolument fondamental pour la reprise


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