Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

L’AfterWork

17:00 19:00

Background

Crise du Covid-19, crise des Subprimes : des Krachs différents

Written by on 20 mars 2020

Aujourd’hui pour nous parler des conséquences du Covid-19 sur l’économie française et européenne nous recevons Christian Chavagneux, économiste et éditorialiste à Alternatives économiques.

Les indices boursiers sont actuellement à la baisse, pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie? 

Les investisseurs aujourd’hui ont peur. On vit un moment d’incertitude assez radicale sur l’avenir des économies et ils ont du mal à se faire une opinion sur ce que peuvent être à la fois le futur des entreprises et les futures capacités des Etats à rembourser leurs dettes publiques, d’autant plus que les Etats interviennent beaucoup pour soutenir les économies. Face à cette situation d’incertitude, souvent les investisseurs, plutôt que de raisonner froidement, prennent peur et donc ils vendent beaucoup de leurs titres financiers pour se procurer la seule ressource dont on est sûr qu’elle ne va pas perdre de la valeur, c’est le cash. On se débarrasse de titres financiers pour donner la priorité au cash qui fait s’effondrer les bourses mondiales.

Où en est-on au niveau européen? 

Depuis mars, il y a une chute dans toutes les plus grandes places financières : au Japon, en Europe, aux Etats-Unis et la chute est vraiment très importante; on parle de -30/40% pour l’instant. On n’est pas encore à des niveaux historiques, dans les grands krachs où on a connu des -70/80%. L’incertitude perdure et on a quelquefois, quelques journées où les marchés remontent mais globalement on est toujours sur une pente descendante.”

Vous avez récemment signé une tribune dans Alternatives économiques afin de démontrer les différences entre cette crise et celle que nous avons connue en 2008. Pourquoi sont-elles différentes? 

La crise des sup-primes est née d’un dysfonctionnement interne du capitalisme contemporain. Les autorités publiques ont permis à la finance de se développer sans contrôle, ça a provoqué une bulle puis une crise. Aujourd’hui le virus qui naît en Asie puis se répand partout dans le monde, n’est pas directement et avec la même intensité le fait de décision ou fonctionnement du capitalisme contemporain. Même s’ il faut préciser que plus il y a de déforestation, plus il y a de réchauffement climatique, plus les virus contenus chez les animaux peuvent se transmettre à l’homme et c’est bien le cas avec le Coronavirus comme on avait dans le cadre  du Sras en 2003. Donc on était plutôt sur une crise qui était endogène au capitalisme en 2008 et qui est exogène aujourd’hui avec le bémol que je viens de vous donner.

Une deuxième grande différence est que la crise de 2008 est née dans la finance puis s’est transmise à l’économie réelle. Aujourd’hui c’est l’inverse, on a d’abord une crise de ralentissement de la production en Chine puis maintenant en Europe, aux Etats-Unis, qui se transmet à l’économie financière. Et puis enfin on était dans le cadre d’une crise extrêmement structurelle, il a fallu des années pour en sortir. Là, avec le Coronavirus, la Chine nous le démontre déjà, on est sur une crise plus forte, intense mais aussi une crise conjoncturelle, temporaire. On plonge extrêmement vite mais on remonte extrêmement vite.”

Malgré tout comme vous l’avez dit, il y a des impacts sur l’économie réelle, pourriez-vous les préciser? 

“On a des impacts sur l’offre, puisqu’on l’a bien vu avec la Chine et on voit bien ce qu’il se passe en Europe. Lorsque vous confinez  les gens chez eux, ils ne peuvent pas aller travailler pour la majorité d’entre eux, donc la production s’arrête et on se retrouve avec une économie qui recule par rapport à ce qui était son activité le mois ou le trimestre précédent. 

Et puis, les gens peuvent perdre leur emploi ou peuvent se retrouver avec des indemnités chômage inférieures à leur salaire. Ils se retrouvent avec un moindre pouvoir d’achat et cette fois ça impacte sur la demande. Donc on a un double impact sur l’économie réelle, un impact de blocage de l’offre, un impact de fort ralentissement de la demande et les deux ensemble font que les économies plongent.” 

Et au niveau des réactions, Bruno Le Maire a annoncé des mesures assez importantes au niveau de l’économie, et au niveau européen, quelles ont été les réactions? 

Tous les pays européens réagissent de la même façon du coté de l’économie réelle. On voit bien que beaucoup d’entreprises – on peut penser aux autocaristes, ceux qui font de l’événementiel, toutes les activités qui nécessitent d’avoir beaucoup de monde en même temps et de se déplacer, se rassembler, sont fortement touchées. On sait en même temps que, dès que le virus sera passé, les activités vont pouvoir reprendre et ces entreprises peuvent avoir un problème de trésorerie. C’est-à-dire qu’elles ont engagé des dépenses mais n’ont pas les recettes qui viennent ensemble : en Italie, en Belgique, même au Royaume-Uni et maintenant en Allemagne, en France, en Espagne, au Portugal. Tous les pays européens ont pris les mêmes mesures qui consistent à aider ces entreprises à ne pas avoir des problèmes de liquidité de trésorerie. Par exemple repousser le paiement de l’impôt ou des cotisations sociales, garantir les prêts que les banques peuvent faire à ces entreprises pour les aider, les prêts de court terme. Le principe est de dire que les entreprises ont un problème à court terme et qu’il serait dommage qu’elles disparaissent simplement pour un problème de trésorerie. 

Du coté des marchés boursiers, beaucoup de pays ont mis des restrictions à la possibilité de spéculer à court terme sur les marchés boursiers. Je ne sais pas si cela sera efficace, en tout cas le message symbolique est fort :  “si vous allez trop loin, vous, investisseurs dans la panique, nous, régulateurs, on a les moyens de rendre votre spéculation moins facile.”

Comme vous l’avez expliqué, la dimension de cette crise se jouera sur la durabilité et l’efficacité des pouvoir publiques à répondre à cette pandémie. Les pays européens commencent à comprendre l’importance des services publics. Leur réaction est-elle adaptée?

On a une révolution qui est une révolution de temps de crise, on l’a eu aussi en 2008. Jusqu’en 2008, on nous disait que la finance devait être libre et tout à coup, on s’est aperçu qu’une bonne régulation pouvait être utile. 

On nous disait qu’on avait moins besoin d’hôpitaux publics et tout à coup on s’aperçoit que même si les hôpitaux de province ne sont pas remplis, ils auraient pu jouer un rôle d’assurance et de mise à disposition de lits pour les cas graves. Finalement un bon service public réclame de remettre plus d’argent pour avoir des bons hôpitaux et pour payer décemment les gens. Le Président de la République dit qu’il faut les applaudir et les remercier pour leur dévouement mais ne dit pas concrètement comment il va revaloriser le métier. 

Il y a une prise en compte de la nécessité d’avoir un service public de qualité et donc ça veut dire concrètement dépenser de l’argent en permanence tous les ans, même sans période de crise, pour avoir un service public de qualité. La réaction d’Emmanuel Macron nous surprend le jeudi 12 mars, en disant que cette crise va entraîner des décisions de rupture et qu’il va l’assumer après la crise. Il ouvre la porte à un système pour lequel il nous dit aussi que l’alimentation ou la santé ne peuvent être que les seules lois du marché. Qu’est ce que ça veut dire concrètement ? Est ce que ça veut dire une reprise en main par l’Etat et beaucoup plus de dépenses publiques ? On verra au moment où la crise sera terminée. Politiquement la fenêtre est ouverte, mais ma crainte c’est qu’elle ne soit ouverte que pour le moment de la crise, et qu’on ne revienne à un « business as usual » une fois la crise terminée.

A terme cette crise nous obligera t-elle à changer la façon de voir notre économie ? 

“Ce qu’on répète à Alternatives économiques depuis notre création en 1980 c’est que la dépense publique, pour assurer des services publics, de qualité, efficaces, c’est pas mal. L’intervention de l’Etat, ce n’est pas quelque chose de mal. Le fait d’avoir une finance régulée c’est pas quelque chose de mal. La crise, encore une fois, comme celle de 2008, nous donne raison. Les fondamentaux du bon fonctionnement d’une économie de marché, qui laisse l’innovation se développer, qui laisse le crédit jouer son rôle, c’est aussi une économie dans laquelle l’Etat intervient pour empêcher les spéculations hasardeuses, pour empêcher les prises de risques, qui ne correspondent pas à la réalité du fonctionnement de l’économie. C’est aussi des Etats qui savent intervenir de manière solidaire au niveau européen lorsque la crise touche l’un d’entre eux et un peu moins les autres. Tous ces principes là, que l’on voit mettre en oeuvre, sont des principes forts qui, de notre point de vue, mériteraient d’être des principes de base du bon fonctionnement d’une économie. 

Est-ce que quand on aura dépassé la crise et qu’on sera revenu à un fonctionnement économique normal, les Etats européens et au delà, G7, G20 vont s’en rendre compte et vont passer à un autre mode plus écologique, avec une économie et finance plus régulée ? C’est trop tôt pour le dire. Les promesses n’engagent peut être que ceux qui les écoutent. Mais j’attends avec impatience cette phase post-crise.”


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *