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Réaction tardive du Royaume-Uni face à l’épidémie ? : Décryptage

Written by on 23 mars 2020

Aurélien Antoine, professeur de droit à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne et spécialiste des institutions britanniques, décrypte les mesures prises outre-Manche.

A l’heure où nous parlons, le Royaume Uni est le sixième pays le plus touché par l’épidémie de coronavirus. Les britanniques, bien qu’habitant une île ne sont pas à l’écart de la pandémie. La stratégie du gouvernement, et de son chef Boris Johnson, ressemble sur bien des points à celle de leurs homologues européens, ce qui n’empêche pas d’identifier des particularité, notamment par rapport à la France.

Comme beaucoup d’autres dirigeants de la planète, Boris Johnson a dans un premier temps minimisé l’épidémie. La vision optimiste de cette épidémie, qui tel le nuage de Tchernobyl était sensée s’arrêter aux frontières de la Chine puis de l’Italie, a été démentie par les faits.

4 motifs pour justifier la stratégie de minimisation

Nous souhaitons souligner ici, quatre motifs qui ont apparemment justifié la stratégie de la minimisation. Elle résulte d’abord de la volonté du gouvernement britannique de ne pas enrayer la machine économique, préoccupation qui préempte toute autre considération dans le capitalisme contemporain.

Le deuxième motif de l’action limitée des autorités britanniques est liée à l’appréhension de l’épidémie. L’administration semble s’être ralliée dans un premier temps à l’idée de l’immunité collective, dont l’objectif est de mettre à l’épreuve la plus grande partie de la population, afin que les ravages du virus diminuent progressivement.

Le troisième motif est lié à l’impréparation du système de santé, qui au Royaume Uni comme en France et en Italie, n’a cessé de faire l’objet de réformes, avec comme but principal des économies. Force est d’admettre que la rationalité néolibérale, qui nous vient d’ailleurs et en partie d’outre Manche avec les années Thatcher, n’est décidément pas la panacée pour le bien-être de l’ensemble de la population. L’affaiblissement brutal d’un service public ne peut que provoquer à terme des drames. Il suffit pour cela de se souvenir des catastrophes ferroviaires britanniques des années 1980 à 1990, pour constater que le désengagement de l’état au profit du primat de la modélisation entrepreneuriale est un échec lorsqu’on évoque les services indispensables à la collectivité et à l’interdépendance sociale.

Enfin le dernier motif qu’il convient d’évoquer est la difficulté d’imposer des mesures annihilant totalement des libertés à des citoyens qui n’ont connu que la démocratie, l’émancipation individuelle, voire individualiste et qui n’ont jamais été exposés à des catastrophes similaires à celles des siècles passés.

Ces explications qui s’appliquent au-delà du Royaume Uni, n’ont pas tenues longtemps face à la dure réalité des chiffres. Et à l’instar de leurs voisins, les britanniques ont dû se résoudre à adopter des mesures similaires à celles des autres pays européens qui demeurent moins contraignantes pour l’heure. Le gouvernement a d’ores et déjà élaboré un projet de loi sur le coronavirus, qui fait suite à la publication d’un plan national, coordonné avec les différentes régions du royaume. Ce plan est didactique, il reprend les chiffres des précédentes épidémies pour simuler l’actuel dans l’histoire. Le détail des mesures prises est ensuite expliqué. Elles s’articulent autour de la réorganisation des services publics et du soutien bien évidemment à l’économie et aux salariés.

C’est par l’examen du projet de loi qui commence son parcours parlementaire cette semaine, que l’on peut identifier des différences notables avec la France. Alors que notre exécutif a adopté des décrets brefs, dans un premier temps, le gouvernement britannique a publié un texte de trois cent vingt-neuf pages qui fixe de manière assez précise les modalités d’adaptation de l’administration aux circonstances, et qui explique les droits et obligations de chaque citoyen. Le contrôle du Parlement sera limité mais il est intéressant de constater que la première mesure forte est passée par la loi et l’acquiescement de la représentation nationale. Notons qu’à ce stade le gouvernement britannique n’a pas fait le choix d’invoquer une loi de 2004, qui lui attribue des pouvoirs d’urgence.

En France le choix du recours à l’état d’urgence n’est plus qu’une question de jours, tandis que le degré relatif au confinement de la population a été adopté sur le fondement des circonstances exceptionnelles. Au titre des différences, nous relevons également que le Premier Ministre britannique a rapidement fait le choix, dès le 12 mars, de repousser des élections locales qui devaient se dérouler en mai 2020.

S’il y a eu des critiques par rapport à la réaction tardive du gouvernement britannique, force est d’admettre que ce dernier ne risque pas de vives attaques sur le front de la gestion du cadre légale et institutionnel, ce qui n’est pas rien en cette période périlleuse…!


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