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Brexit : vers un allongement du délai des négociations ?

Written by on 31 mars 2020

Alice Antoine-Grégoire travaille comme agente des affaires publiques pour l’association Best for Britain. À la base groupe de pression anti-Brexit, le Royaume-Uni ayant quitté l’UE le 31 janvier, l’ONG agit maintenant pour maintenir des liens proches avec l’Europe. Suite à la pandémie de coronavirus, elle milite pour une prolongation de la période de négociations.

Best For Britain vient de publier un sondage. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il dit ?

Notre dernier sondage a interrogé deux mille personnes sur la question d’une extension de la période de transition (du Brexit, NDLR). Les résultats montrent que 2/3 des Britanniques, donc 64%, ont répondu être en faveur d’une extension. Et seulement 1/3, donc 36%, sont en faveur de la date limite actuelle, le 31 décembre 2020.

Alors on voit évidemment un soutien prévisible des électeurs qui ont voté pour le parti travailliste (Labour) et les Liberal Democrats lors de la dernière élection. Cependant, on voit qu’il y a aussi un soutien pour une extension de près de la moitié des électeurs conservateurs : 44% plus précisément. Et 1/5 des électeurs du Brexit Party : 19%.

De plus, on voit qu’une extension est soutenue par plus de 25% des personnes de tous les groupes d’âge, les personnes ayant entre 18-24 ans étant les plus favorables, à 78 %. Et les personnes de plus de 65 ans, les moins favorables, avec tout de même 52% en faveur d’une extension. Donc on voit qu’il n’y a pas de division entre les générations.

Quel rôle a joué le coronavirus dans la demande d’une extension supplémentaire de la période de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

C’est dur à dire. Je pense qu’on savait déjà qu’une année pour faire un accord, c’était assez court. Donc une partie de la population était déjà d’accord avec ça. Et de ce fait, je pense que la crise du coronavirus ne fait qu’augmenter les peurs d’un Brexit sans accord.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Early Warning and Response System (Système d’alerte précoce et de réaction, NDLR) de l’Union européenne, et pourquoi provoque-t-il un débat actuellement ?

“Ce système permet une coopération et coordination entre les États-membres, avec l’aide de la Commission, afin d’améliorer la prévention et le contrôle des maladies transmissibles, comme le Covid-19.

Donc, récemment ça a fait débat, car le même sondage, qui a été publié dimanche, révèle également que les Britanniques souhaitent que le gouvernement adhère à ce système d’alerte. Notamment concernant les urgences médicales, après qu’il soit apparu plus tôt ce mois-ci, que le Ministère de la Santé n’avait pas réussi à faire pression sur le gouvernement afin de rester membre de ce programme. 

Le Royaume-Uni n’est plus membre de ce programme, et a aussi refusé de faire partie du programme d’achat de ventilateurs, mis en place par la Commission, afin de combattre la crise sanitaire actuelle. Ceci a causé un grand débat au Royaume-Uni. Notamment avec la confédération de la NHS qui a décrit la participation au système comme étant cruciale, pour lutter contre les épidémies mondiales à grande échelle. Selon la NHS ceci deviendra donc plus difficile pour le Royaume-Uni, qui n’aura pas accès à ce programme.

Est ce que le coronavirus a augmenté les chances d’une sortie de l’Union sans accord ?

Actuellement, on essaye de ne pas spéculer. Mais ce que l’on peut dire c’est que tout ce qui ajoute à la pression sur l’économie britannique devrait être évité.

Grâce aux statistiques du bureau de la responsabilité budgétaire, publiées plus tôt ce mois-ci, on sait qu’un accord de libre échange typique réduirait le PIB du Royaume-Uni de 5,2%, sur une durée de 15 ans. Un Brexit sans accord aurait encore plus d’impact sur l’économie britannique. Dans cette période de crise, ce n’est vraiment ni nécessaire, ni désirable pour le Royaume-Uni.

Pourquoi Boris Johnson est-il si opposé à l’idée d’une extension, dans ces circonstances extraordinaires ?

Le Brexit a fortement divisé la population britannique. Et Boris Johnson s’est engagé à respecter le référendum, et à mettre fin, au plus vite, à cette saga. Il est donc pris entre deux partis : ceux qui veulent à tout prix quitter l’Union, et ceux qui sont un peu plus pragmatiques et qui se rendent bien compte qu’en ce moment, on n’a pas les ressources pour bien mener les négociations.

Quel serait l’impact budgétaire d’une extension ? La Grande-Bretagne devrait-elle payer l’adhésion à l’UE ?

En cas d’extension, le Royaume-Uni serait traité comme un pays tier. C’est-à-dire qu’il ne participera pas au prochain cadre financier pluriannuel de 2021, et ce jusqu’à 2027. Ni au budget de l’Union à long terme.

Cependant, comme il continuerait à bénéficier du marché commun, il devrait contribuer en partie au budget. Mais le montant exact devra être fixé par un comité mixte, dont les détails ne sont pas encore connus. Mais ce qui est certain, c’est que l’impact économique d’un non-accord serait bien plus important que l’impact économique d’une extension.

L’UE a été fortement critiquée ces derniers jours. On l’accuse de ne pas avoir assez agi pour prévenir la propagation du Covid-19, ni d’avoir assez soutenu ses pays-membres les plus vulnérables jusqu’ici. L’Union, est-elle menacée par cette crise ? 

L’UE est face à une crise à laquelle elle n’a pas encore eu affaire, rien de similaire en tout cas. Et on voit que c’est surtout les pays entre eux qui s’aident. Après une réponse à l’échelle européenne, il y en a une, vu qu’il y a beaucoup plus de fonds qui ont été débloqués afin d’aider à la recherche. Il y a une réquisition pour faire fabriquer des ventilateurs. Mais c’est sûr que oui, la réponse n’est pas encore celle qu’elle devrait être.

Après cette crise, chaque pays et l’UE vont être face à de grandes questions. Soit on va avoir un mouvement vers plus d’intégration et plus de coopération. Soit l’inverse : un retour vers plus de pouvoir au niveau national.” 

Le Brexit a divisé la Grande-Bretagne ; le coronavirus la rassemble-t-il ?

Je pense que momentanément, oui. Face à la crise, on voit que l’heure est à l’entraide, notamment entre voisins. Aussi vis-à-vis des personnes travaillant dans le domaine médical, comme on l’a vu en Angleterre, avec les applaudissements pour la NHS.

Cependant, je pense qu’une fois que cette crise sanitaire sera passée, le Royaume-Uni, comme de nombreux pays, sera face à de grandes questions, spécifiquement face à la capacité de son service de santé. Ces questions vont demander de sérieuses réformes.

Et une fois que cette crise aura atteint son terme, je pense que les divisions du Brexit vont réapparaître, et la question de la relation future entre le Royaume-Uni et l’UE restera toujours sur l’agenda.

Alice Antoine-Grégoire est agente des affaires publiques pour l’association Best for Britain.


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