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Décryptage : la monnaie hélicoptère

Written by on 3 avril 2020

En ce moment tous les économistes en parlent: la monnaie hélicoptère. Une politique monétaire qui pourrait être menée par les banques centrales. Pour tout comprendre de cette mesure économique nous recevons Dany Lang, membre des économistes atterrés et maître de conférence à l’Université de Sorbonne Paris Nord.

Pouvez-vous nous expliquer d’où vient cette théorie de la monnaie hélicoptère et ce qu’elle signifie?

“L’expression monnaie hélicoptère nous vient des Monétaristes et de l’économiste Milton Friedman. Friedman disait que lorsqu’elle fait une politique monétaire expansionniste, la banque centrale lâche de la monnaie en hélicoptère au-dessus d’un pays, que les gens ramassent.”

“Personnellement je n’aime pas trop cette expression parce que tout simplement ce ne sont pas les banques centrales qui impulsent la création monétaire mais au contraire les banques commerciales lorsqu’elles accordent des crédits aux entreprises et aux ménages.”

Pourquoi aujourd’hui spécifiquement cette politique monétaire revient dans la bouche de nombreux économistes ?

“C’est une idée que j’ai moi-même soutenue. L’idée que la banque centrale, plutôt que d’inonder les marchés de liquidités et de proposer des milliards aux banques commerciales, ferait mieux de se concentrer à apporter du pouvoir d’achat à un certain nombre d’institutions qui en ont besoin et en particulier pour financer la transition écologique. Mais aussi et surtout, verser directement de l’argent sur les comptes des ménages et des entreprises endettés.” 

“Maintenant, avec la crise du Covid-19, beaucoup d’économistes disent: on va avoir un problème de baisse importante du pouvoir d’achat, et donc pour assurer le maintien du pouvoir d’achat il faudrait que les banques centrales versent de l’argent sur le compte des ménages pour leur permettre de passer cette crise et pour faire repartir l’économie.”

Quels peuvent être les points positifs et les points négatifs d’une telle politique économique ?

“Cela dépend vraiment de ce vers quoi ce soi-disant hélicoptère est orienté. S’il est orienté vers les ménages en difficulté, vers des PME qui ont des problèmes de solvabilité pour leur permettre de passer cette étape, ça peut être efficace. Mais ce n’est pas du tout les vagues de quantitative easing* auxquelles ont a assisté depuis 2008. Les banques centrales ont injecté massivement des liquidités d’abord pour acheter des actifs pourris, ensuite pour soutenir indifféremment les entreprises.”

“A mon sens, si on devait vraiment envisager le quantitative easing on devrait penser à le cibler sur les besoin de la transition écologique. Si on pouvait envisager, à l’occasion de cette crise, de réfléchir aux activités qui sont utiles socialement, qui sont utiles écologiquement et qui nous permettraient d’aller dans le monde d’après, un monde plus relocalisé, où on orienterait davantage l’économie vers les biens dont on a besoin, vers les entreprises locales, à ce moment là ce quantitative easing pourrait être intéressant.”

Pour beaucoup d’économistes une telle décision aurait pour conséquence d’augmenter l’inflation et donc les prix. Qu’en pensez-vous ? 

“C’est une vieille idée monétariste qui circule assez largement et qui avance que la création monétaire serait une source d’inflation. C’est une idée finalement assez ridicule parce que si on prend cette théorie au sérieux, aujourd’hui on devrait avoir 300% d’inflation aux Etats-Unis et 250% d’inflation dans la zone euro. Aujourd’hui les banques centrales n’arrivent pas à avoir une inflation de 2%. A mon avis les gens qui sortent des bêtises pareilles devraient se détacher de cette vieille théorie quantitative de la monnaie. Elle peut être partiellement vraie, parce qu’une injection monétaire peut provoquer la flambée des prix de l’immobilier. Mais dans l’absolu, c’est une théorie stupide et fausse et qu’on devrait cesser d’agiter à chaque fois que la Banque Centrale doit intervenir pour faire face à des crises majeures.”

*Quantitative easing : pratique des banques centrales consistant à émettre de la monnaie digitale afin d’acheter des titres (ex. des bons d’État). Par conséquent, le prix des obligations augmente et de la monnaie est créée au sein de la sphère bancaire. Résultat ? Les taux d’intérêt baissent et les prêts deviennent plus abordables, ce qui stimule la consommation. (Def: Beobank)


Reader's opinions
  1. Jacques   On   11 avril 2020 at 3 h 04 min

    Si aujourd’hui la création monétaire ne crée pas d’inflation, c’est que l’économie réelle ne bénéficie pas de la monnaie créée.
    La variable d’ajustement qu’est l’inflation quand il y a plus de monnaie que nécessairese se retrouve aujourd’hui sur des comptes courants – Apple, Microsoft, miniers, gaziers, constructeurs automobiles, comptes dormants particliers ou sous forme de trusts dans les paradis fiscaux.
    Le travailleur sans capital n’est rien de moins qu’un esclave pour qui on s’assure qu’il ait de quoi manger et consommer mais surtout pas de quoi accumuler, ce qui commencerait à créer de l’inflation.
    Donc les acteurs ayant accès à l’éccumulation voient leur capital monter ridiculement à chaque crise économique, sans que la valeur de ce capital ne baisse en valeur comme il le devrait. C’est malin, mais tellement gros que ça en mérite une guillotine.

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