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Anti-Green Deal : des discours devenus audibles

Written by on 6 avril 2020

Covid-19 et climat, dans quel sens tournera l’histoire. Alors que les discours des anti-Green Deal deviennent de plus en plus audibles, le projet européen de transition écologique est-il en danger ?
Anna Hubert, journaliste Environnement et Energie pour le média Contexte.

Plus qu’une autre envergure, je dirai surtout qu’ils ont une visibilité nouvelle, ils sont plus audibles. Ces positions anti green deal ne sont pas nouvelles. On s’attendait à les entendre de la part de ces acteurs-là. Je pense à certains pays d’Europe centrale et orientale, la Pologne, la République tchèque ; à certains lobbyistes industriels ou même à certains élus du parlement européen. Ce sont des positions qui n’étaient pas audibles peut-être jusqu’à présent dans un contexte où on était encore dans l’onde de choc de la vague verte et du green deal annoncé en décembre par la Commission européenne, donc pas dans un contexte favorable à une prise de position claire contre les ambitions climatiques, en tous cas en Europe. Ce n’est pas le cas pour Trump ou Bolsonaro, bien sûr.

Pourquoi cette crise du covid-19 rend-elle ces discours plus audibles aujourd’hui ?
Je pense que l’argument qui est nouveau et qui est posé sur la table par les anti green deal, c’est l’argument économique et l’argument de la révision des priorités. On aurait changé de paradigme avec cette crise sanitaire qui devient une crise économique. On va devoir faire un effort financier. Les entreprises sont dans une situation comptable difficile et ce n’est pas le moment, selon eux, de leur rajouter des contraintes d’ordre environnemental et climatique.

Leur argumentation c’est de dire qu’on a déjà peu d’argent pour lutter contre les conséquences économiques de cette crise, qui vont être énormes, donc ce n’est pas le moment de le dépenser dans des projets verts. Maintenant la priorité doit être la relance des entreprises et pas mettre des bâtons dans les roues avec des nouvelles réglementations plus contraignantes.

Comme vous l’expliquez dans votre article, plusieurs personnalités politiques européennes ont fait des déclarations en ce sens. Pouvez-vous nous donner des exemples ?
Pour l’instant, c’est important de l’avoir en mémoire, la Commission européenne a fait une déclaration plutôt inverse. Elle dit on reste totalement engagé dans le calendrier et dans l’ambition du green deal. Côté Union européenne, comme je l’ai dit on a plusieurs états membres qui se sont exprimés, comme la Pologne et la République tchèque, en disant, il va falloir revoir le green deal à la baisse.

Plus étonnant les Néerlandais, à la sortie du conseil des ministres, ont déclaré à la presse que la loi qu’on attendait d’eux sur l’objectif de la neutralité carbone prévue pour le 1er avril ne serait pas mise en place parce qu’ils avaient d’autres priorités. Et ça c’est extrêmement fort comme signal, sachant que le commissaire européen Green new deal, Frans Timmermans, est lui-même néerlandais. Donc il aura du mal à avoir le soutien de son propre pays.

Dernier exemple, les lobbyistes du privé : les constructeurs automobiles ont demandé à la fois de l’argent mais surtout des délais pour mettre en place les nouvelles normes sur les émissions de gaz à effet de serre. Quelques industriels du côté de l’acier, du charbon voudraient aussi revoir les délais pour les émissions sur le marché européen du carbone.

Et pour finir, les députés européens. 37 eurodéputés ont publié une lettre ouverte le 31 mars dernier, pour dire que le green deal ne devait plus être la priorité.

D’un côté certains spécialistes nous disent que cette crise nous permettra de rentrer plus facilement dans cette transition écologique mais de l’autre, comme vous l’expliquez depuis le début de ce entretien, on se rend compte que les anti-verts prennent de plus en plus de place. Etes-vous inquiète pour le futur du green deal ?
Je pense qu’il ne faut pas non plus surestimer l’importance des anti new deal. Simplement ils ont saisi cette opportunité médiatique pour devenir audibles, mais il ne faut pas confondre ça avec une augmentation du nombre d’opposants. Pour le green deal il va falloir justifier que c’est autant prioritaire que la santé publique, que la relance économique.

L’une des stratégies de la Commission européenne, c’est justement de ne pas dissocier relance économique et green deal mais faire du green deal l’instrument de la relance économique. C’est peut-être dans les crises qu’on fait les plus grandes révolutions. C’est peut-être bénéfique pour la Commission européenne de dire à situation exceptionnelle mesures exceptionnelle et révolution verte.

Peut-il y avoir une problématique au niveau de la politique budgétaire qui sera mise en place après cette crise ? Peut-on craindre par exemple une politique d’austérité donc moins d’investissement vert de la part des pays européens et au niveau aussi des institutions européennes ? Pensez-vous que le budget européen climatique risque de ne pas être à la hauteur pour répondre à la crise climatique ?
Ce n’est pas ce que nous assure à la fois la Commission européenne et également la Banque centrale qui a fait la promesse de devenir verte. Je ne pense pas que le risque va venir d’une politique d’austérité. Je pense que là où le financement du green deal court le plus grand risque, c’est qu’il faut au niveau européen l’unanimité des états membres, lors du Conseil de l’Union européenne ou des sommets européens pour prendre une décision d’ambition climatique. Et cette unanimité commence à être brisée par certains états. Le green deal va être largement dépendant du futur budget à long terme, du fameux cadre financier pluriannuel de l’Union européenne. Ce qu’on a vu pour le moment comme tendance c’est un budget à la baisse, raboté par les états. Même si on dit qu’on veut 25% du budget en faveur du climat, 25% de rien du tout, ça ne fait pas grand chose. On était déjà dans cette dynamique un peu négative. Je ne sais pas si ça va s’amplifier mais en tout cas cela ne va peut-être pas favoriser un budget européen très ambitieux


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