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Psychologie du corona-complot : pourquoi certains y croient ?

Written by on 8 avril 2020

Depuis le début de la pandémie, théories du complot et fake news fleurissent sur les réseaux sociaux.

Des messages haineux et xénophobes portés par des groupes d’extrême-droite. Par exemple les identitaires, présents dans toute l’Europe, ou le mouvement des citoyens du Reich, qui n’agit qu’en Allemagne.

Pour en parler aujourd’hui nous sommes avec Alexander Yendell. Il est allemand, professeur à l’université de Leipzig, au centre de recherche sur l’extrême-droite et la démocratie.

D’abord en un mot quelles idéologies sont portées par ces mouvements d’extrême-droite aujourd’hui ?

“C’est universel en fait. Ce qui fait la différence entre les mouvements, c’est quels ennemis ils se choisissent. L’extrémisme de droite se fonde sur l’idée que les hommes n’ont pas tous la même valeur : de là découlent xénophobie, antisémitisme, darwinisme social, etc.

En ce moment et depuis quelques années, les groupes d’extrême-droite et partis populistes se focalisent particulièrement sur l’islam. Le musulman est devenu pour eux la parfaite incarnation de l’ennemi. Mais la haine varie suivant les groupes : certains vont plus haïr les juifs, les femmes, les sans-abri, les personnes handicapées, et j’en passe.”

Comment les mouvements d’extrême-droite réagissent-il devant la crise du coronavirus ?

“Ce que l’on peut observer, c’est que les mouvances d’extrême-droite essayent d’instrumentaliser le coronavirus. Ils essayent de susciter la panique en faisant croire que nous sommes en guerre civile. Ils peuvent dire : regardez, le virus est là, et la société est au fond du gouffre.

Ils ont aussi des discours de déni : l’épidémie n’est pas grave, et elle n’est là que pour dissimuler des intérêts économiques plus grands. Il y a tout un tas de théories du complot dans cette veine. Qui vont avec une quantité de discours xénophobes – contre les musulmans par exemple. Des vidéos circulent où on voit des personnes de pays arabes piller des supermarchés et se battre pour voler de l’eau. C’est censé montrer que les problèmes de l’immigration aggravent la crise encore plus. C’est aussi une rhéthorique : par exemple, Trump a parlé du « foreign virus » . Celui qui vient mettre en danger la société.

Il s’agit toujours, comme avec toutes les théories du complot, d’expliquer le monde de manière simple, de le diviser entre méchants et gentils. Naturellement, on fait soi-même partie des gentils, et les méchants sont aujourd’hui punis par ce virus. Le méchant, c’est par exemple la société progressiste, celle qui est tolérante envers les migrants et les homosexuels.”

Pendant les temps de crise comme celle du coronavirus, les individus sont-ils plus susceptibles de croire aux théories du complot et messages de haine ?

“La recherche a montré qu’en temps de crise, les individus peuvent régresser psychologiquement. Cela signifie qu’ils reviennent à des stades immatures de leur personnalité. On l’a observé pendant le national-socialisme par exemple. Des individus, qui avaient déjà une estime personnelle fragile et de grandes peurs enfouies, ont agi contre la société. Ce qui pouvait aller jusqu’au meurtre. Alors qu’elles n’auraient sûrement pas agi ainsi sous d’autres conditions.

Il peut donc arriver que dans des situations de crise où on se sent menacé, ces personnes déjà prédisposées tendent encore plus à adopter des positions d’extrême-droite et à croire à des théories du complot.

Mais ça ne concerne pas tout le monde. D’autres groupes de personnes, au contraire, agissent très rationnellement. Il n’est jamais arrivé qu’une société tout entière plonge dans la panique et les théories du complot. Et j’espère que ça va rester ainsi.”

A-t-on pu identifier des groupes sociaux, ou des classes, où on trouve plus de personnes ayant des prédispositions à tomber dans la panique ?

“Ce sont souvent des personnalités bien caractéristiques : elles sont très attachées aux traditions, aux autorités. Une personnalité autoritaire s’oriente le plus possible à des guides forts parce qu’elle est elle-même faible. Elle idéalise le dictateur brutal parce qu’elle sent qu’elle peut participer à quelque chose de fort.

Un individu autoritaire cache souvent une certaine éducation : une éducation où ses besoins d’enfant n’ont pas été pris en compte, où ils ont été durement punis.

Les personnes autoritaires ont aussi généralement un niveau d’éducation peu élevé. C’est sûrement aussi parce qu’avec une telle éducation, on ne laisse pas les enfants être curieux. On leur a livré des connaissances pré-mâchées de ce qu’il faut savoir pour remplir les conventions sociales. Mais bien sûr, ça ne vaut pas à 100% : il y a aussi des personnes très éduquées qui deviennent autoritaires.”

Peut-on déjà voir si les partis et mouvements d’extrême-droite vont sortir renforcés de cette crise ?

“Les derniers sondages montrent à priori que non : l’AfD, le parti populiste, a perdu des points dans les intentions de vote en Allemagne. Tandis que les partis au gouvernement, le CDU et le SPD, gagnent en popularité. Cela peut bien sûr changer dans les prochaines semaines.

Mais sur le long-terme, il y a un vrai danger que les mouvements d’extrême-droite ressortent grandis de cette crise. Car psychologiquement, les populations tendent en temps de crise à s’identifier plus à une culture, à une ethnie ou à une nation. Mais pour l’instant on ne peut être sûr de rien.”

Merci, Alexander Yendell, d’avoir été avec nous aujourd’hui. Vous êtes professeur de l’université de Leipzig, au centre de recherche sur l’extrême-droite et la démocratie.


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