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Don ou impôt : quel est le bon outil économique ?

Written by on 9 avril 2020

De nombreux gouvernements d’Europe et du monde y font appel pour sauver le service public et les entreprises : le don. Une solidarité de l’instant qui ne fait pas consensus. Pour certains économistes il serait plus efficace de revoir l’impôt pour le rendre plus progressif, plus redistributif et surtout moins évasif. Alors pourquoi le don plutôt que l’impôt ? Pour en parler nous recevons Dominique Plihon, professeur émérite à l’université Paris Nord et membre des économistes atterrés.

Pour commencer qu’est-ce que le don ?
Le don c’est le fait d’apporter un soutien financier mais qui peut aussi être en nature : faire don de son temps de travail, de son temps de loisir, donc ça peut prendre des formes très variées. En général on considère que c’est une opération qui va dans un sens unique. C’est-à-dire je donne à quelqu’un un bien, de l’argent, sans en attendre un retour direct. Mais en fait ce phénomène de don a été étudié par des anthropologues, des sociologues, comme Mauss par exemple, qui montre qu’il y a le don et le contre don. C’est-à-dire quand on fait un don à quelqu’un ou à une organisation on s’attend à recevoir, d’une manière souvent légitime d’ailleurs, en sens inverse une aide ou bien une coopération future. Donc la notion de don est assez complexe. Elle existe dans toutes les sociétés, y compris les sociétés anciennes. C’est quelque chose qui peut apparaître tout à fait normal.

Quelle différence entre le don et l’impôt ?
Le don c’est une générosité qui est souvent individuelle et qui est facultative. Il n’y a absolument aucune obligation. Quant à l’impôt, dans un état de droit comme le notre, c’est une obligation. C’est une contribution commune, c’était le nom de l’impôt à l’époque, à la société et à ses services communs, que sont aujourd’hui les services publics.

Suite à la crise sanitaire des gouvernements comme en France ont décidé de faire un appel aux dons. D’autres non, comme la République tchèque. Quelle critique faites-vous à cette politique du don mise en place ? Et pourquoi aucun pays n’a encore mis en place d’impôt exceptionnel ?
Spontanément on fait appel à des sentiments et à des comportements spontanés tout à fait louables d’ailleurs, comme la générosité. Quand on est dans la difficulté, face à ce malheur et ces difficultés, des gens de toutes classes sociales, spontanément veulent donner pour aider. Mais ce que ça révèle depuis les années 80 dans le monde, à commencer par les Etats-Unis et la Grande Bretagne avec Thatcher, Reagan, et puis en France tous les gouvernements successifs ont évolué dans ce sens : c’est qu’on a voulu réduire, délégitimer l’impôt, son importance. Considérer que trop d’impôt tue l’impôt, et qu’en France en particulier on avait des impôts trop élevés, ou des prélèvements obligatoires trop élevés, si on inclut à côté des impôts, les cotisations sociales. Ça fait partie du dogme néo-libéral et c’est là qu’il y a un vrai problème.

L’impôt, non seulement a baissé, mais sa répartition, sa structure a changé. C’est-à-dire que pour un montant d’impôts donné global, par exemple au niveau d’un pays comme la France, l’impôt est devenu beaucoup moins redistributif, beaucoup plus inégalitaire même. En réduisant les impôts et les prélèvements obligatoires en général, on a évidemment appauvri considérablement les services publics, à commencer par celui dont on parle le plus aujourd’hui, la santé. En contrepartie, à partir du moment où on a décidé que l’impôt devait peser moins, on dit aux gens : donnez volontairement pour aider parce qu’il y a une pénurie de ressources pour financer les services publics, l’hôpital en particulier.

Il est choquant de voir ceux qui font de l’évasion fiscale, être parmi les principaux donateurs en termes de montant de dons, alors qu’ils feraient d’abord bien de payer les impôts.

L’appel que je fais, avec beaucoup d’autres économistes, c’est de dire, aujourd’hui luttons en priorité contre l’évasion fiscale, réformons l’impôt pour le rendre plus progressif et donc augmenter son rendement. Ainsi nous aurions dans la société les ressources, en fonction de ce principe de la Déclaration des Droits de l’Homme : à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités.

*Les Économistes atterrés est une association française regroupant des chercheurs, des universitaires et des experts en économie. Leur objectif est d’animer la réflexion collective et l’expression publique des économistes opposés à « l’orthodoxie néo-libérale ».


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