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Économie : “Ne pas reproduire les erreurs de 2008”

Written by on 14 avril 2020

Riche et forte : deux mots que l’on pourrait utiliser pour décrire l’actualité économique européenne de la semaine dernière. Des pays qui rentreraient en récession ; des Etats et des institutions qui se mettent d’accord sur de larges plans de relance. Pour comprendre les politiques économiques européennes présentes et futures, nous recevons, Christophe Blot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, et Co-responsable du pôle « Macroéconomie monétaire et financière ».

Les pays européens et du monde font face à de très grandes difficultés économiques. Selon la Banque de France, l’hexagone serait rentré en récession. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ce que l’on qualifie de récession, c’est un recul du PIB, Produit Intérieur Brut, de l’activité économique. Généralement on va s’appuyer sur les chiffres de la comptabilité nationale qui va permettre de mesurer l’activité économique à un instant donné. C’est ça qui va nous donner l’idée de la récession, qui va traduire une contraction de cette activité économique.

Mais la Banque de France n’est pas un institut statistique. Aujourd’hui elle donne un certain nombre d’indicateurs qui pourraient conduire à penser que l’économie est en récession. C’est un indicateur en fonction d’un certain nombre d’informations mises à disposition. Les séries qui nous permettront vraiment de voir si l’économie est en récession, sont celles données par l’Insee (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Les données pour le premier trimestre 2020 ne seront disponibles que fin avril, début mai. Donc là on aura la première vraie estimation de l’ampleur de la récession.

Aujourd’hui les indicateurs donnés par la Banque de France, l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques) et d’autres instituts, sont tous au rouge. Il y a donc de fortes raisons de croire qu’effectivement nous sommes en récession. Encore une fois c’est un indicateur, la première vraie estimation de récession on ne l’aura qu’à la fin du mois d’avril.

Où en sont les pays européens ?

Les autres pays européens sont dans la même situation parce qu’ils font face exactement au même choc. Le choc est avant tout lié à une crise sanitaire, une épidémie qui fait beaucoup de victimes et d’hospitalisations et qui va avoir une incidence économique parce que les différents pays touchés par l’épidémie décident du confinement. Ils décident de réduire les relations sociales et professionnelles entre les individus.

De fait en France, comme en Italie, comme en Allemagne, même s’il y a des nuances sur les différentes façons de mettre en oeuvre ce confinement, on demande aux individus de rester chez eux. On demande qu’un certain nombre de commerces non essentiels soient fermés. Ça réduit mécaniquement l’activité. Les gens ne vont pas travailler donc ils produisent peu. Un certain nombre de commerces sont fermés, donc les gens consomment moins. Tous ces facteurs on les retrouve en France mais aussi en Italie, en Espagne, en Allemagne. Le choc est intervenu juste un peu plus tôt en Italie qu’en France mais on retrouve les mêmes conséquences économiques. Si la France est en récession, il est à peu près évident que l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume Uni et l’ensemble des pays européens sont en récession actuellement aussi.

Pour l’instant la récession est une estimation, mais quel sera l’impact d’une récession sur la population ?

La conséquence c’est que si on produit moins, ce que mesure le PIB, on a besoin de moins de personnes pour produire. En ce moment on demande à moins de personnes de travailler et c’est en partie pour ça qu’on produit moins. De fait des individus sont déjà en chômage partiel, mais leur contrat de travail n’est pas interrompu. Ils sont toujours salariés d’une entreprise mais leur activité est interrompue. L’entreprise ne verse qu’une partie du salaire et un complément de salaire est versé par l’Etat.

Aujourd’hui on a des informations dans les pays européens sur les demandes d’inscription au chômage partiel. Ce qui traduit bien le fait qu’un certain nombre d’individus ne sont plus en emploi. Quelqu’un qui est déjà au chômage et avait du mal à retrouver du travail ne va pas pouvoir en trouver dans la situation actuelle. Donc la crise va se matérialiser par une situation de chômage pour les individus.

Pour les entreprises qui, soit sont contraintes de fermer, soit voient leurs demandes réduites, vont être contraintes de fermer. Certaines d’entre elles vont potentiellement être en faillite dans les prochaines semaines. C’est pour ça aussi qu’on a un certain nombre de filets de protection qui vont chercher à amortir les conséquences sociales de cette crise.

Concernant les solutions pour répondre à cette crise, les ministres européens des finances se sont accordés sur un fonds de relance et 500 milliards d’aide. On sait qu’après la crise de 2008, ce sont de larges plans d’austérité qui ont été mis en place. Peut-on imaginer le même scénario aujourd’hui ? Un changement radical de notre mode de vie est-il possible ?

Il y a des réflexions philosophiques plus profondes qui vont renvoyer au long terme et à la réflexion sur l’évolution de nos systèmes économiques et sociaux. A court terme, la réponse que semble avoir trouvé l’ensemble des gouvernements , c’est qu’il faut faire en sorte d’atténuer les conséquences économiques de cette crise. Parce que si on laisse les individus sans ressource et sans revenu, on va avoir un réel appauvrissement, une vraie dégradation de la situation en termes de santé, social et de revenu.

Donc à court terme la réponse c’est de faire en sorte que les individus aient peu de perte de revenus. Que les entreprises soient soutenues pour que si cette crise est de courte de durée, elles puissent repartir assez vite et que le choc soit absorbé plus ou moins rapidement. Les mesures mises en place aujourd’hui vont avoir une incidence sur le déficit budgétaire, les finances publiques des différents pays européens. Ça va générer de la dette.

En 2008-2009, face à un choc d’une nature assez différente, on a mis en place un certain nombre de mesures de soutien à l’économie, qui se sont traduites par plus de déficit budgétaire et plus de dette publique. Au moment où la reprise s’est amorcée, les pays européens ont finalement décidé de freiner la politique budgétaire, réduire la dette au plus vite et donc casser la reprise au moment où elle naissait. Ce qu’il faudra éviter aujourd’hui, c’est qu’en période de reprise, quand la crise sanitaire sera terminée, qu’il n’y aura plus de confinement, c’est de couper drastiquement les dépenses et casser la reprise. Ça c’est une erreur à ne pas reproduire.

Après il peut y avoir des réflexions sur le plus long terme, sur, est-ce que cette crise-là ne révèle pas une fragilité de la mondialisation, de dépendance à certains produits qui aujourd’hui nous manquent cruellement comme on le voit avec la question sur les masques. Est-ce qu’il faut privilégier une réduction d’impôt sur de la solidarité et demander aux hôpitaux de faire des économies de dépenses alors qu’on voit qu’aujourd’hui ils jouent un rôle crucial. On le savait avant mais on a eu tendance à faire des choix budgétaires qui nous ont fait oublier cette réalité-là. Ce sont des questions qui seront probablement posées après.

Il y aura évidemment un débat sur, est-ce qu’on veut une autre mondialisation, un autre mode de consommation ? On ne se rend pas compte, mais le fait d’être confiné, on consomme moins. Est-ce qu’on peut se passer de certains produits de manière plus durable ? Toutes ces questions auront le mérite d’être posées après.

Aujourd’hui il faut penser à l’aspect sanitaire, social, économique de cette crise et donc faire en sorte qu’elle ne précipite pas dans la pauvreté de nombreux individus. Il faut soutenir dans la mesure du possible, les ménages et les entreprises aussi pour éviter une catastrophe économique qui s’ajouterait à une catastrophe sanitaire qui est déjà importante.


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