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“Les villes jouent le jeu de la solidarité”

Written by on 16 avril 2020

Parlons d’Europe. Mais pas d’institution, ni de nation mais de territoires et de villes. Car si la crise du Covid-19 fait rejaillir des tensions politiques entre les différents membres de l’Union Européenne, la solidarité entre les villes, elle, continue d’exister. André Sobczak, élu à la mairie de Nantes, et chargé des relations européennes et internationales.

La ville de Nantes fait partie du réseau Eurocities qui regroupe les cent quarante plus grandes métropoles européennes. L’objectif est de créer du lien entre les villes européennes. Depuis la crise sanitaire ce réseau a-t-il pris une nouvelle envergure ?
Dès le début de la crise on a commencé évidemment à échanger sur ces thématiques là, pour essayer de regarder ce que chacune de ces villes a mis en place chez elle pour apprendre les uns des autres. Aussi pour nous mettre d’accord sur un certain nombre d’attentes à l’égard des institutions européennes et en particulier évidemment de la Commission. Aussi parce que ça nous semble le bon moment pour rappeler que ce sont les villes qui sont en première ligne pour lutter activement contre les effets de la crise : le confinement, mais aussi demain toutes les conséquences sociales et économiques de la crise. Donc c’est important qu’on soit associé aux décisions qui sont prises pour faire face à cette crise et qu’on puisse aussi bénéficier des financements qui seront certainement mis en oeuvre demain.

Comment se passent vos échanges. Qu’est-ce que vous vous dîtes ?
On a beaucoup de conférences en ligne pour échanger. Ça porte sur des choses très concrètes. Dans une première réunion, une des villes avait souligné le fait que probablement la violence contre les femmes et les enfants allait augmenter en raison du confinement. Elle avait tout de suite dit qu’elle mettait en place des choses spécifiques là-dessus. A Nantes, évidemment on a mis en place des choses similaires.

On a échangé sur la manière dont on pouvait aider les plus fragiles, les seniors, les personnes isolées chez elles. Qu’est-ce qu’on peut mettre en place pour leur venir en aide, notamment leur apporter de la nourriture par exemple. Comment on peut aussi au niveau des villes, coordonner l’entraide qui se manifeste dans toutes nos villes, mais encore faut-il que ce soit coordonné. C’est vraiment quelque chose de très concret.

Heureusement on se connait très bien dans Eurocities, on a des relations de confiance. Il ne s’agit pas d’être en compétition les uns avec les autres mais au contraire d’avoir une façon très informelle et très rapide pour dire : on rencontre ce problème, qu’est-ce que vous mettez en place dans votre ville ? Ça permet d’enrichir les actions très concrètes.

Aujourd’hui on assiste à une certaine compétition entre les pays européens, à un manque de solidarité. Vous nous dites que cette solidarité existe à l’échelle locale entre les villes ?
Tout à fait. Les différentes villes d’Eurocities se sont mises d’accord sur une déclaration, où on a mis en avant cette idée de solidarité. Parce que toutes les villes eu sein d’Eurocities, on est convaincu que l’Europe est menacée. Déjà bien avant la crise, par les populismes et ceux qui mettaient en avant toutes les faiblesses de l’Europe, parfois justifiées aussi. Nous dans les villes on est convaincu qu’on a besoin de l’Europe pour faire face aux grands enjeux.

La crise du Covid-19 est un exemple, mais plus largement les changements climatiques, la justice sociale, la démocratie, ce sont des choses qu’on ne peut pas traiter à l’échelle d’une ville, ni d’un pays. Il faut au moins le faire à l’échelle européenne pour pouvoir peser aussi contre les autres continents, contre d’autres pays dans le monde.

On essaye aussi de montrer à nos citoyens que l’avenir sans l’Europe n’est pas possible, même s’il y a peut-être avec la crise du covid-19 une tentation plus forte de se refermer sur soi. Mais ce ne sera pas la solution. Si on veut, ne serait-ce que relocaliser un certain nombre d’industries peut-être chez nous, ça ne sera probablement pas à l’échelle d’un pays, mais plutôt à l’échelle européenne pour être vraiment efficace.

Les villes et les territoires sont plutôt prêts à jouer cette carte de la solidarité. C’est assez intéressant d’ailleurs sur des exemples très concrets comme l’accueil de malades des régions les plus touchées. Ils ont été accueillis dans les hôpitaux d’autres territoires. Et en général ce sont les villes et les régions qui ont organisé cet accueil. Ce n’est pas quelque chose qui est d’abord passé par les gouvernements nationaux.

Peut-être tout simplement parce qu’en tant qu’élu local, on est vraiment confronté au réel, et on voit très bien comment ce sera difficile demain si dans nos hôpitaux il n’y a pas assez de place, alors qu’on voit qu’il y a une possibilité d’accueillir d’autres personnes. Mais on peut peut-être d’une façon plus réactive, sans être dans des logiques idéologiques, donner justement un coup de main à d’autres personnes. Comme vous dit’es, c’est peut-être une opportunité pour montrer que l’Europe ça passe peut-être beaucoup par les villes et les territoires et pas uniquement par les pays.

Pouvez-vous me donner des initiatives mises en place dans des villes européennes et qui ont incité d’autres villes à lutter plus efficacement contre la pandémie ?
Il y a vraiment beaucoup de choses qui ont été mises en place un peu partout. Par exemple à Madrid, on a travaillé sur la façon d’adapter le transport public. Puisque dans toutes les villes se pose la question de comment maintenir un transport public pour les personnes qui doivent continuer à travailler. Evidemment il faut qu’elles puissent se rendre à leur travail alors qu’elles n’ont pas ou ne veulent pas utiliser leur véhicule. En même temps il y a aussi la question des chauffeurs de bus ou de tramways qu’il faut aussi protéger.

Par exemple la ville de Madrid a mis en place une signalisation très importante, et s’est adaptée en renforçant la circulation des bus et des tramways aux heures de pointe et s’assurer de l’espacement suffisant des passagers. Nantes regarde comment s’en inspirer.

Je pense à la ville de Göteborg en Suède où ils ont travaillé au soutien aux PME. Ils se sont tout de suite dit, on va avoir beaucoup de petites et moyennes entreprises qui vont se trouver dans des situations économiques très difficiles. Au-delà de ce que fait le gouvernement national, ils ont tout de suite essayé de contacter toutes les PME de leur ville pour proposer un numéro d’appel unique pour répondre à toutes leurs questions pendant la crise. C’est aussi une initiative qui nous inspire.

Un dernier exemple avec la ville de Vienne où ils ont mis en place un système de logement pour ceux qui travaillent dans le secteur de l’énergie, qui est maillon essentiel dans la période que nous vivons. La salariés de la société publique d’énergie de la ville de Vienne avaient des difficultés pour se rendre sur leur lieu de travail. Leurs familles avaient des craintes, sur le fait qu’ils continuent à travailler et prenaient des risques parfois en étant proches de leurs collègues. Du coup la ville a mis en place un logement collectif dans un hôtel pour tous ces salariés pendant la période de confinement, pour être sûr qu’ils puissent se rendre à leur travail dans de bonnes conditions et en même temps qu’ils ne mettent pas en danger leurs proches.

Ce sont vraiment sur des actions ultra concrètes qu’on échange et on est très vigilant à Nantes pour regarder tout ce qui se passe. Parfois aussi on peut évoquer nos propres bonnes pratiques pour que d’autres villes puissent s’en inspirer.


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