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“Coronabonds” / “Recovery Bonds” : où se trouve la différence ?

Written by on 21 avril 2020

La semaine dernière, un véritable combat a eu lieu entre députés européens à l’occasion du vote de la résolution pour combattre la pandémie du Covid-19, et ses conséquences. Le sujet : les “Corona-obligations“. À la suite du vote, ce sont ces “obligations de relance“, les fameuses “Recovery Bonds” qui ont finalement été adoptées. Une recommandation et un sujet difficiles à saisir, mais essentiel à l’heure où les conséquences économiques de la crise sanitaire touchent de nombreux pays et où la solidarité européenne est vivement critiquée. Alors pour bien comprendre ce débat, nous recevons aujourd’hui Jérôme Creel, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques et spécialiste de l’économie européenne.

Première question : pour bien comprendre déjà de quoi on parle, pouvez-vous nous expliquer simplement qu’est-ce qu’une obligation ?

Il s’agit d’un titre de dette, d’une émission de dette, qui va passer par les marchés et qui va permettre à un État ou à une entreprise de financer une nouvelle dépense. Donc, c’est une levée, par endettement, qui ne passe pas par un crédit bancaire.

Schématiquement, ce sont deux jeunes qui se rencontrent. L’un prête de l’argent à l’autre ; et en échange de ce prêt, l’autre devra lui payer régulièrement un taux d’intérêt, pendant toute la durée de la dette qu’il aura contracté. Il devra ensuite lui rembourser le crédit, qui lui a été accordé.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de la dette des États qui devrait exploser avec la crise du Covid-19. Mais finalement, quel est le rapport entre dette publique et obligation ?

Les gouvernements réalisent beaucoup de dépenses. Dans des temps exceptionnels comme ceux que nous connaissons aujourd’hui, les dépenses réalisées par l’État sont très importantes pour financer ces dépenses inédites. Un État ou un gouvernement a le choix entre deux sources de financement. La première consiste à lever des impôts pour financer ses dépenses. Mais évidemment, s’il lève des impôts, c’est préjudiciable à ceux sur lesquels il les impose. Ainsi, une autre manière de procéder, peut être de financer les dépenses par de la dette publique, c’est-à-dire par des émissions d’obligations d’État. En échange duquel, celui qui détient cette dette pourra bénéficier d’un flux de taux d’intérêt réguliers, pendant toute la durée de l’émission.

Au niveau européen, on a beaucoup entendu parler dans un premier temps, des “coronabonds” et de l’idée de mutualiser la dette des États. Une idée que l’Allemagne et les Pays-Bas ont vivement rejeté. Mais alors, pouvez-vous nous expliquer simplement ce qu’impliquent ces “coronabonds” ?

Jusqu’à présent, les États de la zone euro émettent de la dette publique nationale pour financer leurs dépenses. Donc, les Allemands émettent de la dette allemande et les Italiens de la dette italienne. Avant la crise d’il y a plus de dix ans, les opérateurs de marchés financiers (ceux qui achètent de la dette, ce sont des banques ou des fonds d’investissement, pour leurs épargnants, NDLR) considéraient que le risque consistant à détenir une dette italienne était le même que le risque consistant à détenir une dette allemande. Ils octroyaient donc le même taux d’intérêt à l’Italie et à l’Allemagne.

Mais on a eu cette crise des dettes souveraines, consécutive à la crise financière de 2007-2009. Cette crise a démarré surtout en Grèce. En 2009, elle a fait tâche d’huile et à partir de ce moment là, le prix des obligations des États membres s’est différencié. Le taux d’intérêt que le gouvernement allemand doit proposer aux épargnants pour placer sa dette est très bas, tandis que le taux d’intérêt que doit fixer le gouvernement italien sur sa dette pour la rendre attractive devient très vite fort.

Du coup, […] la mutualisation implicite que l’on avait avant la crise financière disparaît et les coûts de financement des différents États de la zone euro se distinguent. Ils sont beaucoup plus élevés pour l’Italie ou la Grèce, qu’ils ne le sont pour l’Allemagne. Et c’est parce qu’il y a cette différenciation dans les coûts de financement des dettes, que certains préconisent aujourd’hui de revenir à une mutualisation des dettes, mais une mutualisation, cette fois-ci explicitement par l’émission d’une dette publique européenne. Le coût de cette dette est le même pour le gouvernement italien que pour le gouvernement allemand, au bénéfice vraisemblablement de l’Italie.

La semaine dernière, des mesures d’urgence économique ont été votées au sein du Parlement européen. Alors, pas de “coronabonds”, mais l’émission d’obligations de relance garantie par le budget de l’UE. Une décision qui a largement divisé. Pouvez-vous nous expliquer la différence entre ces deux instruments ?

Les ‘coronabonds’ avait vocation à être créés le plus vite possible, de telle sorte à permettre à un pays comme l’Italie de recourir à cette émission commune, pour financer un taux d’intérêt très bas.

Les ‘Recovery Bonds’, ce sont des obligations qui pourront être émis après la crise ; pour le financement de la politique d’investissement public de la part de la Commission européenne dans les différents États membres de l’Union. Les obligations de relance pourraient aboutir à une mutualisation des coûts d’emprunt dans l’Union européenne, mais aussi, potentiellement, à une mutualisation des dépenses entre les Etats membres.”

La semaine dernière, le débat a beaucoup tourné autour de la mutualisation de la dette pour aider les pays les plus touchés. Mais finalement, ce que l’on comprend en vous écoutant, c’est que dans les deux instruments, on parle de mutualisation, mais que pour les “coronabonds“, il s’agit de la dette actuelle, celle qui augmente à cause du Covid-19. Et pour les obligations de relance, ce sont les dépenses d’après la crise, donc sans rapport avec l’endettement actuel des États ?

La question qui se pose est celle de savoir si la dette italienne accumulée pour faire face à la crise sanitaire, à très court terme, sera soutenable. Est-ce que la situation va être telle que ce pays va préférer quitter la zone euro ? C’est vrai que c’est compliqué politiquement de discuter avec les Italiens de solidarité décalée dans le temps.

Il est certain que cette crise révèle, à nouveau, les tensions entre des pays aux finances publiques disciplinées, comme ils aiment à le dire, c’est-à-dire à l’équilibre de leurs finances publiques. Ces pays ont exprimé très tôt qu’ils ne voulaient pas payer pour des pays qui n’avaient pas été capables de résoudre leurs problèmes budgétaires et donc ainsi, ils ont montré leur manque de solidarité face à une crise. C’est sans doute une erreur néerlandaise historique qui pourra être oubliée, si on aboutit à une gestion meilleure et européenne de la crise. Mais qui pourrait valoir à l’Union européenne d’être fragilisée pendant de nombreuses années, si on ne trouve pas un outil de gestion commun face à cette crise mondiale.


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