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Est-ce la fin de la lune de miel entre Boris Johnson et les Britanniques ?

Written by on 21 avril 2020

On parlait la semaine dernière du besoin de surveiller et critiquer l’action gouvernementale en ces temps de pandémie : une crise pareille va de pair avec des pouvoirs étendus, et donc, une plus grande possibilité d’abus. Au Royaume-Uni, ce regard critique semblait encore bien absent ; mais cela a commencé à changer ce week-end. 

Ce lundi, on se demande donc… est-ce la fin de la lune de miel entre Boris Johnson et les Britanniques ?

Deux articles dans le “Financial Times” et, ce qui est plus surprenant, dans le “Sunday Times”, publiés ce week-end ont été très très critiques. Le premier concerne l’appel à production de respirateurs supplémentaires. L’article fait état non seulement d’un copinage fâcheux. Au lieu de faire appel aux petites entreprises spécialisées dans le domaine médical, le gouvernement a donné des contrats à des consortiums de grandes entreprises dans des domaines très éloignés domaine – pensons par exemple à Dyson, le géant de l’aspirateur et figure pro-Brexit, ou encore à Rolls Royce –. Ensuite, au lieu de leur demander de produire des respirateurs aux normes actuelles, le gouvernement a sabré dans le cahier de charges technique cherchant à produire des respirateurs plus simples, mais bien moins performant. Cela amène un double problème : non seulement cette production prend du temps, car les industriels développent de nouveaux modèles, ce faisant réinventant la roue ; mais en plus ces modèles ne sont pas nécessairement appropriés aux besoins médicaux. La conclusion des journalistes du “Financial Times” est glaçante : cet appel d’offres, mis en avant comme étant l’alternative britannique aux appels d’offres européens, risque de ne produire que très peu de ventilateurs utilisables. Et a été pensé et mis en place pour répondre aux besoins politiques bien plus que techniques.

De l’esbroufe donc. Mais le “Sunday Times” va encore plus loin. Johnson est dépeint comme un Premier ministre dilettante, obnubilé par le Brexit, par ses problèmes familiaux, prenant deux semaines de vacances en février et ce faisant, retardant toute action sérieuse. Parlant de ’38 jours de somnambulisme’, au plus haut niveau de l’État, on apprend ainsi que Johnson a loupé les cinq premières réunions du ‘COBRA’, ce groupe gouvernemental de réponse aux crises, concerné par le coronavirus. De la fin janvier à la fin février ainsi Johnson n’était tout simplement pas dans la pièce. Il s’occupait de célébrer son Brexit, et finaliser son divorce, informant ses enfants de la grossesse de sa copine, avant d’annoncer au public la grossesse et le mariage à venir. Un beau ‘soap opéra’, qui pris un tournant dramatique quand Johnson tomba malade à la fin du mois de mars. Depuis sorti d’affaire et reprenant doucement les commandes du gouvernement, Johnson a, in fine, passé depuis janvier moins d’un mois à travailler à la réponse britannique face à la pandémie ; entre le Brexit, ses vacances, sa maladie et sa convalescence.

Et pourtant, Johnson reste très populaire…

En effet ! Et c’est ce qu’il y a de plus choquant dans le sondage YouGov paru ces derniers jours, qui compare la confiance en l’action gouvernementale dans de nombreux pays. Le Royaume-Uni est à un niveau élevé, a peine plus bas que l’Allemagne. Angela Merkel a été acclamée pour la qualité et clarté de ses explications, et bien sûr le nombre encore bas de morts en Allemagne, et la quantité très élevée de tests. Rien de tout cela côté britannique : le Royaume-Uni est sur une très mauvaise pente et a aujourd’hui 16 000 morts déclarés. Contre 12 000 en France, pour une population équivalente. 

C’est ainsi assez remarquable, considérant toutes les bourdes de Johnson, qu’il soit à ce point là plus populaire que Macron. Ce même sondage donne moins de 40% de Français ayant confiance dans l’action gouvernementale française. Union populaire ? Lune de miel qui dure depuis les élections et la sortie de l’UE ? Confinement plus doux, sans attestations nécessaires ? Degré bien moindre de violences policières dans la mise en place du confinement ? Ou tout simplement des Français demandant plus de l’État que leurs confrères et consœurs britanniques ? Tant de questions auxquelles il n’y a pas de réponses faciles. Une chose est sûre toutefois : la popularité des gouvernements en tant de pandémie n’est pas seulement question du nombre de malades et de morts confirmées. Et il est encore bien trop tôt pour savoir quels gouvernements en sortiront renforcés ; et lesquels seront durablement affaiblis.


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