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1859 : le choléra frappe l’île de la Réunion

Written by on 23 avril 2020

Épisode 1 de notre nouveau rendez-vous Les épidémies dans l’histoire, en partenariat avec le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) des Universités de Nantes et La Rochelle.

Le monde a été surpris par l’épidémie du Covid-19, saturant les centres hospitaliers, faisant des milliers de morts et poussant à des mesures exceptionnelles – comme le confinement généralisé de plus d’un tiers de la population mondiale -. Pourtant, de nombreuses épidémies ont frappé l’Humanité au cours de l’Histoire. Comme par exemple, l’épidémie de choléra à la Réunion, en 1859. Avec nous pour en parler, Virginie Chaillou-Atrous, docteure en Histoire contemporaine, chargée d’enseignement et d’appui à la recherche à l’université de Nantes.

Est-ce que l’on peut rapidement synthétiser comment l’épidémie de choléra s’est propagée sur l’île de la Réunion ? 

C’est assez simple. C’est une île qui a été longtemps coupée du monde, et puis, au moment de l’abolition de l’esclavage, il a fallu faire venir des travailleurs étrangers, des travailleurs venant d’Inde et d’Afrique. Cette épidémie est arrivée par un navire qui amenait des migrants sur l’île de la Réunion. Ce navire venait de Kilwa, où sévissait le choléra.

Les responsables de l’acheminement des travailleurs jusqu’à la Réunion, ont en quelque sorte sacrifié la santé des hommes, pour des raisons économiques. Est-ce qu’à cette époque-là, on était réellement conscient de la gravité que pouvait représenter une épidémie de choléra ?  

Oui, on était conscient de la gravité de ce type d’épidémie, puisqu’il y avait déjà eu avant 1859 des épidémies comme la variole. En revanche, on ne connaissait pas bien le choléra, on pensait qu’il venait uniquement d’Inde. Or, dans ce cas-là, les immigrants venaient d’Afrique. On n’imaginait pas que le virus pouvait venir d’Afrique.

Cependant, les introducteurs, en l’occurrence le capitaine D’Agnel et son subrécargue Menon, étaient au courant qu’il y avait une maladie ressemblante qui sévissait sur les côtes d’Afrique, puisqu’au moment où ils allaient prendre leur chargement, leur ‘cargaison humaine’ – à l’époque, il s’agissait d’humains auxquels était attaché un contrat : un système de ‘traite’ déguisée, même si la ‘traite’ est officiellement abolie – ils savaient qu’il y avait une maladie régnante, proche du choléra. Mais ils l’ont ignoré, ils ne l’ont pas déclaré dans les documents officiels, puisque l’objectif était bien sûr d’arriver sur l’île avec le plus de travailleurs possibles, malades ou pas, pour pouvoir toucher la prime d’introduction. Sachant qu’ils vendaient à leur arrivée au port le contrat de ces travailleurs. Donc peu leur importait du devenir de ces travailleurs. On est vraiment dans un système où les considérations économiques prennent le dessus sur les considérations humanitaires.

À l’époque, est-ce que l’on savait quelles mesures il fallait prendre pour éviter la propagation de la maladie ? 

À ce moment-là, l’île en est à ses balbutiements en matière de précautions sanitaires. On a conscience que ces travailleurs venus de l’étranger peuvent amener la variole, ou le choléra quand ils viennent d’Inde, et donc qu’il faut protéger les habitants de l’île, en mettant en place une quarantaine. Mais les structures ne sont pas du tout adaptées en 1859. Cela évoluera d’ailleurs après cette épidémie de choléra. On essaye d’isoler les malades. Mais dans ce cas historique, les introducteurs vont tout faire pour débarquer les travailleurs le plus rapidement possible, avant que la maladie ne soit officiellement déclarée. Ces derniers débarquent au cœur de la plus grande ville, Saint-Denis, dans un lieu dit d’isolement – même si ce n’est pas vraiment le cas, puisque des ouvriers qui vont réparer une conduite d’eau vont être contaminés par les souillures de l’eau -. Une fois que l’on a conscience que la maladie est là, les précautions sanitaires n’existent pas : les ‘gestes barrières’ se résument à aller respirer le grand air, s’isoler sur les hauteurs de l’île, et puis on va donner des conseils anecdotiques, comme mener une ‘vie chaste’. On n’est pas tout à fait au fait de comment se propage réellement la maladie.

Est-ce que cet événement historique a permis d’en tirer des leçons et de mettre en place des mesures de lutte contre les épidémies ? 

Oui, cela va être le point de départ de la mise en place d’une véritable quarantaine. Cette catastrophe sanitaire fera près de 2 700 morts en très peu de temps. Ce n’est d’ailleurs ni la première ni la dernière épidémie au XIXème siècle. Mais celle-ci a vraiment marqué les esprits de par son caractère foudroyant. Très rapidement, on va essayer de dérouter les navires vers un autre point, de la zone de l’océan Indien, avant qu’ils n’arrivent à la Réunion. On va les dérouter vers Diego-Suarez, qui est effectivement une façon de protéger la Réunion, mais pas du tout Madagascar. On ne fait que déplacer le problème ! Et puis, on va se rendre compte qu’il faut imposer une quarantaine à terre dans un lieu isolé, un lazaret, lieu qui existait déjà, mais qui était vétuste. On va alors entamer la construction d’un nouveau lazaret pouvant accueillir plus de passagers simultanément et pouvant faire face aux vagues successives d’arrivées des migrants, qui vont grossir à partir de 1859. De plus en plus d’engagés africains et indiens, des travailleurs sous contrat arrivent sur l’île pour remplacer la main d’œuvre servile. Ces mesures ne seront pas suffisantes pour limiter la propagation de nouvelles épidémies, mais il y a en tout cas, à partir de ce moment-là, une prise de conscience de la nécessité d’avoir cette quarantaine à terre avec des médecins qui vont pouvoir autoriser la libre pratique des passagers.

Pour tout savoir sur l’épidémie de choléra qui a touché l’île de la Réunion en 1859, rendez-vous sur la chaîne YouTube du Centre de Recherche en Histoire Internationale et Atlantique.

Découvrez également l’émission Les Voies de l’Histoire, une coproduction euradio – CRHIA.


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