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“Une décennie décisive pour le journalisme” : Reporters sans frontières

Written by on 24 avril 2020

Reporters sans frontières vient de publier son classement mondial de la liberté de la presse pour l’année 2020. Alors, qu’est-ce qui a changé pour les journalistes aux quatre coins du monde ? Aujourd’hui, nous accueillons Pauline Ades-Mevel, rédactrice en chef de RSF.

Tout d’abord, votre classement de la liberté de la presse pour 2020 vient d’être publié. Quelles ont été vos principales inquiétudes pour les journalistes en 2019 ?

Notre constat, c’est que la situation ne s’améliore pas et que l’on entre dans une décennie que l’on appelle ‘décisive’. Le journalisme est menacé par des crises diverses. Il y a une crise géopolitique avec des régimes dictatoriaux, qui répriment l’information et imposent leur vision d’un monde sans journalisme indépendant. Il y a une forte hostilité des leaders politiques, et une crise de confiance, une défiance envers les médias.

À cause de la crise sanitaire actuelle, on attend une crise économique mondiale. Comment cela va-t-il toucher les journalistes ?

La crise économique est marquée par la mutation numérique : la baisse des ventes de journaux, l’effondrement des recettes publicitaires. Les rédactions se réduisent, et notre analyse montrait qu’il y avait une corrélation entre les baisses de notre classement et ce qui se passe à l’aune du coronavirus.

Justement, la crise sanitaire bouleverse déjà énormément le travail des journalistes. Pouvez-vous déjà tirer des conclusions sur les conséquences du coronavirus sur la liberté de la presse ? 

Absolument. Notre classement révèle une corrélation entre la répression à l’occasion du virus, et la place du pays. La crise sanitaire, c’est l’occasion pour certains pays d’accentuer leur répression et leurs attaques contre la presse. Quand le peuple est choqué, il est plus facile de faire passer des mesures répressives parce, que le peuple est abasourdi.

A-t-on déjà vu dans le passé de tels conflits et une telle pression sur les journalistes ? 

On ne l’a peut-être pas remarqué à une telle échelle, dans un temps aussi resserré, mais on n’a pas attendu le virus pour retrouver ces inquiétudes. Maintenant donc, on voit des suspensions de journaux, les émetteurs de télé sabotés, des journalistes convoqués, les médias qui sont empêchés de travailler. Les leaders politiques ont des pouvoirs spéciaux en main, ils font passer des lois et ils s’attaquent aux journalistes en un temps record.

Concentrons-nous sur quelques-uns des pays les plus inquiétants en Europe : la Hongrie, la Russie et la Turquie. Les atteintes à la liberté de la presse y sont-elles inédites en Europe ?

Absolument. Il y a une dégradation constante. En Hongrie, il y a très très peu de médias indépendants. Pourtant, il y a cinq cents médias qui disent sensiblement la même chose et qui font la propagande pour le Premier ministre. En Turquie, tout ce qui est voix marginalisée, voix dissidente est éteint. En Russie, le blocage de l’information sur internet est réel. Une atmosphère étouffante : il y a des arrestations, des menaces, des intimidations.

Pendant les dernières semaines, le comportement des chefs politiques envers les journalistes, par exemple celui de Donald Trump dans ses conférences de presse, a fait couler beaucoup d’encre. Faut-il s’inquiéter que de telles attaques soient de plus en plus répandus et donc acceptables ?

Il faut que la Maison blanche change les formes traditionnelles d’échange avec la presse, qu’elle donne aux journalistes la possibilité de s’exprimer et de poser des questions, parce qu’aujourd’hui, c’est beaucoup trop limité. 

Une dernière question : RSF a exprimé ses inquiétudes sur l’avenir des journalistes. La crise du coronavirus ne fait-elle qu’accélerer des tendances déjà présentes ? 

Absolument. C’est un facteur amplificateur et multiplicateur. Cette crise a révélé la capacité des États à réagir très vite et très mal contre les journalistes. Il faut défendre cette information fiable pour ne pas avoir de l’information ‘bidon’, qui soit diffusée partout dans le monde. Il faut faire en sorte que la liberté de la presse, l’un des piliers de la démocratie, continue d’être défendue. 

Un bilan assez pessimiste pour les journalistes à travers le monde. Le travail de Reporters sans frontières en devient donc d’autant plus crucial.


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