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L’Europe de la défense a sérieusement du plomb dans l’aile, et cela nous concerne tous

Written by on 27 avril 2020

L’Europe de la Défense, c’est une belle idée, une idée française. Mais une idée seulement. Et dernièrement, c’est l’Allemagne qui vient de la remettre au placard. En annonçant vouloir commander 45 avions aux États-Unis pour remplacer ses vieux Tornado, Berlin joue avec le feu, et avec les nerfs de ses partenaires. Certes, nos voisins allemands ont aussi commandé 93 avions Eurofighter. Certains diront que c’est un compromis, mais le coup est rude. Car en plein Brexit, au milieu d’une crise sanitaire dans laquelle l’Europe aussi devra rendre des comptes, nous n’avions vraiment pas besoin de cela.

Nous nous étions plutôt malheureusement habitués à ce genre de nouvelle chez nos partenaires d’Europe centrale ou d’Europe de l’Est : “Soyons justes, les pays de l’Est ou de l’Europe centrale ne sont pas les seuls à se plier aux charmes ou aux oukases américains. La Belgique aussi est en cause. Ce que l’on peut dire, c’est que les citoyens et les contribuables européens sont légitimement étonnés, et déçus pour dire la vérité, de telles pratiques. Après tout, s’il y a bien un domaine dans lequel la préférence européenne devrait jouer naturellement, systématiquement, c’est bien la défense, secteur stratégique s’il en est. Or, cette préférence européenne ne joue pas, ni quand la Pologne multiplie les commandes de F-16, ni quand le Belgique, pays fondateur de l’Europe, fait de même. En matière de défense, sur le continent européen tout entier ou presque, les Américains jouent trop souvent à domicile. C’est évidemment dur à avaler pour nous, notamment en France, qui avons encore une industrie militaire digne de ce nom.

Sauf que sans commande, celle-ci aussi est clairement menacée pour ne pas dire condamnée… :  “Exactement. Et que faisons-nous pour survivre, nous vendons des armes. Il y a donc un lien de cause à effets entre les deux phénomènes. En terme d’armement, moins les Européens achètent européens, plus les Européens sont contraints de vendre des armes aux pays tiers. Or, qui dit pays tiers, dit pays toujours particulièrement limites en terme de droits de l’Homme notamment. Et disons les choses franchement, moins les Allemands, les Belges, les Tchèques et les Polonais achèteront européens, plus la France notamment sera contrainte de vendre ses propres armes aux pétro-monarchies du Moyen-Orient et autres dictatures, tout simplement pour faire tourner à minima ses usines et continuer à faire cogiter ses ingénieurs. Au manque de solidarité, aux incohérences stratégiques, l’Allemagne pousse son voisin à la faute. C’est un cercle vicieux.

Qu’est-ce que cela dit du projet européen ? : “Qu’aucun électrochoc ne vient. Nous ne tirons aucune leçon de notre Histoire, de nos dépendances successives. L’Amérique peut dériver, l’Amérique peut se perdre dans le déshonneur de Trump, rien ne change. Les Européens glissent. Nous glissons inexorablement vers le déclassement. L’Allemagne avait d’autres options sur la table. C’est à pleurer ! Et cela en dit long aussi sur la santé du couple franco-allemand. La ‘maison Europe’ prend l’eau de toutes parts. Et entendre les seuls eurosceptiques et autres europhobes s’indigner, ou plutôt verser des larmes de crocodile, sur les contradictions de l’Europe de la Défense en dit encore plus sur notre état de résistance.

Reste-t-il une chance d’inverser la tendance ? : “Il faut l’espérer. Car les avions de combat que l’Allemagne vient de commander ne sont pas des canadairs. Ce sont les avions potentiellement porteurs de missiles nucléaires. Et qu’on se le dise, le parapluie nucléaire de l’Allemagne n’est pas européen, il est ‘made in USA’, sous la couverture de l’OTAN, toujours aussi incontournable. Si elle se confirme, cette commande scelle pour de nombreuses années la soumission du plus grand pays européen aux instructeurs américains, à la maintenance, mais plus largement à l’industrie, et la diplomatie américaine. Espérons que les syndicats et les sociaux-démocrates allemands tapent du poing sur la table et se fassent entendre. Les députés allemands auront début 2021 le dernier mot. D’autres programmes de coopération militaire sont sur la table, mais le sujet est d’importance, car c’est un bien mauvais signal. Le jour où une coalition nationale explosera sur les enjeux européens sera un jour fondateur de l’esprit européen. Le jour où notre dépendance unilatérale à l’OTAN sera abordée, arbitrée lors des élections nationales mais aussi européennes, alors nous aurons fait un grand pas. Oui, en l’état actuel, l’Europe de la Défense a du plomb dans l’aile. Or, la défense, c’est la diplomatie. Ce sont nos valeurs, c’est au cœur de nos projets politiques. N’en déplaise aux experts et aux europhobes particulièrement hypocrites, c’est bien un sujet qui nous concerne tous.


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