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Science et politique en temps de pandémie : l’édito de Viviane Gravey

Written by on 28 avril 2020

Samedi soir, nos amis américains ont pu voir Brad Pitt jouer le rôle du Dr. Anthony Fauci, l’un des rares professionnels du milieu médical à faire partie de la mission anti-coronavirus de la Maison blanche. Fauci ainsi que Deborah Brix sont partout dans les médias américains – c’est via d’ailleurs l’une de ses nombreuses interviews que Fauci avait suggéré Brad Pitt pour jouer son rôle -. Et tous les membres de cette mission spéciale ayant pour but de répondre à la pandémie aux États-Unis ont été rendu public.

Côté allemand, on entend beaucoup Christian Drosen, le directeur de l’Institut de virologie à l’hôpital de la Charité de Berlin, et qui est aussi l’un des conseillers clés du gouvernement fédéral. Côté français, le Conseil scientifique du Covid-19 a aussi vu la liste de ses membres rendue publique. Et ses membres, comme Jean-François Delfraissy, parlent directement aux médias. On a vu ainsi hier soir les membres du Conseil scientifique rendrent public leur désaccord avec la décision du gouvernement français de rouvrir les écoles ; bien que reconnaissant au gouvernement la responsabilité de faire ses arbitrages.

Et côté britannique ? : “Et bien côté britannique, tout cela est un peu compliqué. Si le gouvernement explique doctement que toutes ses décisions sont fondées sur un avis scientifique, il est bien plus compliqué de savoir quels sont les avis, et quels sont les scientifiques derrière ces avis.

La composition du SAGE, le groupe de conseil scientifique d’urgence, change à chaque crise ; et n’est jamais rendue public. Le site du gouvernement explique que ces membres sont ‘typiquement’ des experts issus du gouvernement, des industries concernées et du monde académique.

En quoi ce manque de clarté est-il problématique ? : “Il y a trois raisons complémentaires qui font qu’une telle absence de transparence devient très gênante. Tout d’abord, la crise est d’une telle ampleur, et ce que l’on demande aux citoyens et résidents britanniques est tellement conséquent, que la transparence est nécessaire au consentement de la population. S’écrier tout simplement que ‘la science’ est de son côté ne suffit pas. 

Cette idée que ‘la science’ est du côté du gouvernement est bien sûr ridicule : il n’y a pas ‘une’ science, mais plusieurs, et chaque discipline concernée voit naître des débats en son sein. La science du Covid-19 est encore balbutiante : de nombreuses avancées sont en cours, mais cela signifie aussi que les gouvernements ne peuvent aujourd’hui être sûrs des résultats sur lesquels ils fondent leurs décisions. Ignorer ces incertitudes, c’est d’une part ignorer comment marche la recherche scientifique. C’est aussi, d’autre part, ne pas traiter sa population comme des adultes responsables, capables de comprendre des idées complexes.

Ce qui nous amène à la deuxième raison pour laquelle ce manque de clarté est très problématique : le Royaume-Uni passe son temps à dévier du consensus international promut par l’Organisation mondiale de la Santé. Par exemple, sur le nombre de jours pendant lesquels il faut s’isoler, si l’on s’estime touché par le virus : 7 jours après le début des symptômes si plus de fièvre, contre la quatorzaine en France… Ces différences doivent être justifiées, surtout si elles paraissent moins strictes. Cela ne vaut d’ailleurs pas seulement côté britannique ! Pourquoi préconise-t-on une distance d’un mètre en France, mais de deux mètres au Royaume-Uni ?

Et enfin, notre troisième raison. Si l’on ne sait toujours pas quels scientifiques en font partie, on sait un peu plus quels non scientifiques y siègent. Dominic Cummings et Ben Warner auraient ainsi participer à plusieurs réunions, intervenant plusieurs fois. Or, ces deux-là sont plus connus comme étant le chef de la campagne ‘Vote Leave’ et son spécialiste data. Ils travaillent depuis tous les deux pour Boris Johnson, faisaient du conseil politique et stratégique. Avoir le directeur de cabinet de Johnson présent dans des réunions de conseils scientifiques divise aujourd’hui le pays. Est-ce vraiment une bonne idée afin de s’assurer que le Premier ministre – qui revient tout juste au devant de la scène – suit bien ce qui se passe ? Ou bien est-ce une manière de plus pour le gouvernement de s’assurer que le message scientifique reçu suit la volonté politique, et non l’inverse ?

Ce dernier débat montre à quel point le retour de Johnson va être compliqué. Si pour l’instant il reste populaire, la confiance dans l’appareil gouvernemental, elle, est loin d’être au beau fixe. Or, sans confiance comment continuer à éviter une résurgence du virus ?


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