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L’extrême droite en Espagne : plus de pouvoir que jamais depuis Franco

Written by on 5 mai 2020

Pour de nombreux gouvernements de droite, la crise du coronavirus a été l’occasion de consolider leur pouvoir. En Espagne cependant, le gouvernement de coalition de centre-gauche est confronté à la menace d’une montée de l’extrême droite.

Aujourd’hui, nous accueillons Ernesto Pascual, professeur de sciences politiques dans plusieurs universités de Barcelone. Monsieur Pascual, avez-vous remarqué une augmentation du crédit accordé par la population à l’extrême droite en Espagne depuis le début de la crise du coronavirus ?

En Espagne, le centre d’enquêtes sociologiques a publié des résultats qui ont montré que les électeurs du gouvernement commencent à faire confiance au Partido Popular de droite et à leur chef Pablo Casado. Je crois que la gestion de la crise par le gouvernement espagnol les a pris au dépourvu, et maintenant ils ne savent ni comment y réagir, ni s’y adapter. Il y a désormais une campagne de haine et de méfiance sur les réseaux sociaux contre le gouvernement espagnol. Ainsi, cette pandémie fait certainement du tort au parti socialiste.

Si nous parlons de Vox, le parti le plus idéologiquement proche de l’extrême droite en Espagne, je suis sûr que son chef Santiago Abascal voit cette crise comme une opportunité politique. Avez-vous constaté des occasions à travers lesquelles il a essayé, et peut-être même réussi, d’en tirer profit ?

Il a adopté une stratégie de création de la méfiance. À la fois la méfiance personnelle et la méfiance envers le gouvernement. Il utilise les médias sociaux pour créer des doutes autour de toute initiative du gouvernement, remettant en question les stratégies et les mesures prises, et même lancer une rumeur assez remarquable selon laquelle les messages WhatsApp en Espagne sont surveillés par le gouvernement.

Prévoyez-vous une montée effective de l’extrême droite en Espagne ?

Je ne pense pas. Je pense que dans le gouvernement de coalition, Unidas Podemos oblige les socialistes à adopter davantage de politiques de gauche, comme un revenu de base national, qui est actuellement en discussion. En période de crise, si des personnes qui n’ont pas l’accès aux ressources vitales voient que le gouvernement prend ce genre de mesures, il pourrait fort bien rétablir l’équilibre. Donc, je ne pense pas que les jours du gouvernement soient comptés.

Mais depuis la restauration de la démocratie en Espagne, la menace de l’extrême droite n’a-t-elle jamais été si inquiétante ?

Non. Cette politique de droite existait, mais seulement au sein du Partido Popular. Il n’y avait que des cas occasionnels dans lesquels le parti défendait des idées plus d’extrême droite. Jusqu’à présent, ou depuis les dernières élections, Vox a toujours agi au sein du Partido Popular. En effet, c’est la première fois au cours des quarante dernières années de la démocratie espagnole que l’extrême droite a une sorte de pouvoir indépendant.

Pourquoi la crise constitue-t-elle une opportunité aussi prometteuse pour les partis d’extrême droite en général ?

Fondamentalement, tout le monde veut un héros et un méchant. Nous l’avons vu aux États-Unis avec Donald Trump ou au Brésil avec Jair Bolsonaro. Le leader fort qui a des solutions simples pour des problèmes complexes. Les gens veulent croire qu’il existe des solutions simples. Mais la réalité, c’est qu’il n’y en a pas. La vie et la politique sont compliquées et prendre des décisions est très difficile.

Nous sommes habitués à ce que l’extrême droite accède au pouvoir grâce à des coups d’État militaires, mais maintenant l’extrême droite a appris à utiliser les systèmes démocratiques pour s’imposer dans les sondages. Ils essaient de reconstruire l’esquisse de la démocratie, profitant du fait que les gens aiment croire en un leader, et croire qu’il existe des solutions simples, mais c’est faux. Et les gens ne veulent pas considérer cette fausse réalité.

Nous avons vu croître de façon exponentielle la puissance de Viktor Orbán en Hongrie pendant cette crise. L’avez-vous remarqué avec Vox et pensez-vous que nous pourrions encore l’apercevoir en Espagne ?

Non, c’est différent. Orbán était déjà au pouvoir, et la crise lui a permis de consolider son pouvoir, mais en Espagne c’est différent. Vox ne pourra pas arriver au pouvoir pendant la crise. Si Vox avait été au pouvoir, ils auraient probablement fait la même chose qu’Orbán. Mais c’est différent d’être au pouvoir et en dehors du pouvoir, et donc je ne vois pas la crise amener Vox au pouvoir.

Sans élections imminentes, le gouvernement espagnol n’est peut-être pas confronté à une menace immédiate, mais à une préoccupation néanmoins : l’extrême droite prenant le pouvoir d’une manière inédite depuis Franco. Merci beaucoup de nous avoir parlé aujourd’hui, Monsieur Pascual.


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