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Corona-culture #40

Written by on 15 mai 2020

Je ne sais pas où vous étiez en 2001 – il paraît que chacun se souvient où il était le 11 septembre – mais si vous êtes passé par un cinéma, vous n’avez pas pu échapper à un double phénomène qui, le recul aidant, a profondément influencé le cinéma de la décennie naissante.

La même année sortent coup sur coup Harry Potter à l’école des sorciers et Le Seigneur des Anneaux, la communauté de l’Anneau. Deux premiers opus qui amorcent deux sagas cinématographiques adaptées de deux des dix romans les plus vendus de tous les temps. A elles deux, ces franchises rapporteront, au final, plus de 11 milliards de dollar au box office.

Pas étonnant, dès lors, que les producteurs se ruent sur d’autres œuvres susceptibles d’imiter le phénomène. C’est ainsi que sort, en 2005 , Le Monde de Narnia (le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique), adapté de l’un des 7 tomes de la saga de Clive Staples Lewis, ami intime de Tolkien, l’auteur du Seigneur des Anneaux.

Deux suites plus tard, le box office a chuté de 700 à 400 millions de dollars par film, le quatrième opus a été annulé, Narnia a laissé une trace au mieux anecdotique au pire risible dans la génération qu’elle était censée marquer. Bref, c’est un échec.

Comment l’expliquer ? En revoyant les films d’abord, en relisant les livres aussi. En terme littéraire, le phénomène Narnia est assez proche du Seigneur des anneaux : une saga à très gros succès, publié dans les années 50, en plusieurs tomes, dans un monde de fantasy, plutôt à destinations des plus jeunes.

C’est sans doutes là que le bât blesse. Quiconque a grandis avec Harry Potter connaît le tour de force de cette œuvre : chaque année Harry, Ron et Hermione grandissent et avec eux, leur monde, leur façon de penser et leurs préoccupations. A tout âge, Harry Potter offre d’excellents ponts d’identification.

Dans le Seigneur des Anneaux, les enfants sont figurés par les Hobbits, qui n’ont de jeune que l’apprence et l’insouciance. Ils symbolisent autant l’enfance que la modestie des petites gens, impliqués malgré eux dans un monde et un conflit qui les dépassent.

Dans Narnia, les enfants sont des enfants. Ils font la guerre, ils vivent des aventures, ils règnent, mais ils ont des caractère et des préoccupations d’enfants. A Narnia, un adulte est au pire méchant, au mieux anecdotique. Les enfants qui grandissent ne peuvent plus entrer à Narnia, voire cessent d’y croire.

Un choix d’autant plus malheureux que la métaphore christique, avec Aslan, lion omniscient et incarnation de Dieu, qui donne sa vie pour pour racheter les péchés et ressuscite, n’est pas le moins du monde dissimulée.

Ce christianisme assumé, presque moralisateur, a assez mal vieilli et a valu à Narnia de dures critiques notamment de Philippe Pullman, auteur d’À la croisée des Mondes (His dark materials en VO), une autre œuvre littéraire victime d’une adaptation manquée, en 2007.

Or, en 2019, la chaîne HBO a redoré le blason de l’œuvre de Pullman avec une adaptation en série plus que convaincante. Et c’est peut-être le même destin qui attend Le Monde de Narnia, racheté en 2018 par Netflix : un reboot. Quinze ans après, la saga de CS Lewis devrait d’ailleurs mené un nouveau combat fratricide, en concurrence avec la série Amazon adaptée du Seigneur des Anneaux.


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