Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Programme musical

00:00 06:30

Background

Européens coming, le procès de l’Europe doit être juste : l’édito d’Erwan Quinio

Written by on 18 mai 2020

Bonjour Simon,

J’espère que vous allez bien et pour tout dire que vous allez mieux que l’Union européenne. Car oui, c’est un sale temps pour l’Europe. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, tous les sondages vont en ce sens. L’Europe est aujourd’hui en fin de peloton de tous les sujets d’intérêts, de préoccupations. Les français, les européens parlent de santé, de masques, de tests, d’emploi, de libertés au pluriel, de sécurité. L’Europe, elle,  glisse dans l’imaginaire de nos concitoyens. Elle sort lentement, subrepticement mais sûrement de la carte.

Il y a une part d’injustice ?

Oui. C’est certain. D’abord parce qu’elle a réagit avec une rapidité que l’on ne lui connaissait pas sur l’urgence monétaire. Rappelons-nous la crise Grecque. Ce n’est pas si vieux. Et que c’était-il alors passé ? Des sommets, des réunions en journée, et nuitamment et tous ce concluaient de manière désastreuse par des non-décisions. L’Europe l’a payé excessivement cher. Chez nous et contrairement aux grands pôles internationaux, la reprise en fût d’autant retardée. A dire vrai, l’Europe ne dû son salut par la relance chinoise. A ce moment, l’Europe était moquée, critiquée et la cible de toutes les flèches pour son attentisme.

Sauf que sur le Covid, c’est le contraire.

Oui. L’Europe a agît mais comme trop souvent elle a mal communiqué. Cela devient une ritournelle, une bien fâcheuse habitude. Il faudrait quand même aussi tirer des leçons. Il y a le faire et le faire savoir. Or niveau Com, l’Union européenne est le dindon de la crise. Ce qui ne marche pas, c’est Elle. La santé, les masques, la solidarité. Elle encaisse les coups bien souvent à la place des Etats nations qui seuls disposent de ces compétences. C’est peu dire que l’Europe a le dos large. Et ce qui marche, tout ce qui fonctionne, tout ce qui se valorise politiquement, électoralement, les Etats se le réapproprient sans vergogne, marchant sur les pieds de l’Europe, la poussant grossièrement dans l’escalier. Comme l’histoire se répète toujours à ce niveau, c’est aussi de la faute de l’Europe. Le respect, on vous ne le donne pas, cela se gagne.

Oui, on dit d’ailleurs Gagner le respect. Il y a un paradoxe sur l’action européenne et sur l’action monétaire en particulier.

Oui, un immense et terrible paradoxe. La monnaie, c’est le nerf de la guerre et en même temps terriblement abstrait quasiment impalpable pour nous autres. Martelons-le, l’Europe a œuvré avec pragmatisme et vivacité contrairement à tous ceux qui nous explique que le droit l’en empêche, que les dogmes sont gravés dans le marbre pour l’éternité. Or rien n’est plus faux. Rien n’est gravé. C’est une question de volonté politique. Et quand les chefs d’Etats veulent, l’Europe peut et fait. Simplement pour cela, il faut une vision et un minimum d’honnêteté intellectuelle. Sans soupape monétaire, sans réaction de l’Europe, et de la BCE, la Banque centrale européenne qui est et reste son bras armé, les Etats auraient eu les mains liées. Et pour nous tous, les conséquences auraient été directes. Car sans les rachats massifs des dettes nationales, les Etats auraient été bien incapable de financer leurs plans d’urgence. Et dans ces plans d’urgence, dans ces actions sociales qui ont été menées tambours battants, c’est peu dire que le financement du chômage partiel en est une. Je pose une question alors que le déconfinement commence et que les petites entreprises rouvrent progressivement, qui sait que le financement du chômage partiel a dépendu et dépend directement de la stratégie menée par notre Banque Centrale Européenne ? L’Europe finance même directement une partie du chômage des européens. Sauf que l’Europe elle-même ne le dit pas. Alors, je ne veux pas faire du zèle : le procès de l’Europe, il doit se tenir. Comme tout acteur politique décisionnel, l’Union européenne doit rendre des comptes. Sur bien des sujets, je peux citer l’élargissement, le libre-échange, la politique agricole, l’Europe va même devoir se faire violence et repartir quasiment d’une page blanche. En ce sens, tous les architectes, toutes les consciences, tous les citoyens toutes les bonnes volontés sont bienvenus et tous devront y prendre part. Mais  simplement avec l’Europe, comme avec un ami en difficulté, il faut être juste et parler franchement. L’Europe doit avoir son procès, mais à condition qu’il soit juste. Sinon, c’est une vindicte, sinon, c’est un lynchage et une tartufferie. 


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *