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“Le confinement a changé notre consommation” : la chance de l’économie sociale et solidaire ?

Written by on 20 mai 2020

Relancer l’économie : c’est la grande problématique du déconfinement. Mais peut-on simplement repartir comme avant ? Alors que nos habitudes de consommation ont été bien bousculées pendant le confinement, nous pourrions avoir maintenant l’opportunité d’inventer une économie plus durable.

Beaucoup d’entreprises mettent déjà l’écologie et l’inclusion au cœur de leurs projets : elles forment l’économie sociale et solidaire. Mais peuvent-elle vraiment profiter de la crise du coronavirus ?

Marc-Antoine Noiret est avec nous aujourd’hui pour nous donner quelques réponses. Il dirige un cabinet de conseil de gestion de patrimoine : il conseille tous ceux qui veulent investir leur épargne dans des entreprises solidaires. Bonjour M. Noiret !

D’abord, qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ?

Pour moi l’économie sociale et solidaire, c’est une économie où la recherche du profit n’est pas l’unique but. On met l’emphase sur l’impact social qu’ont les entreprises sur leurs territoires et sur l’environnement. Le critère économique n’est donc pas le critère principal. Elles peuvent avoir un label d’Etat, le label ESUS – Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale. Ce label est distribué si les entreprises respectent certaines conditions : un encadrement de salaires, une utilité sociale définie et les moyens qu’elles mettent pour être effectivement utiles. Donc on peut retrouver des entreprises d’insertion, des entreprises adaptées pour personnes handicapées, des entreprises qui essayent d’améliorer l’environnement et la nature. Il peut y avoir aussi tout le tissu associatif. Donc c’est assez large. Avec des acteurs très différents qui ont leurs propres modes de fonctionnement.”

Votre travail consiste à conseiller des investisseurs, qui investissent leur argent dans des entreprises solidaires. Alors, jusqu’ici, pendant la crise, comment ont réagi les investisseurs que vous conseillez ?

Dans un premier temps, on a eu pas mal de demandes des clients pour savoir comment se passaient leurs investissements et quel était l’impact du coronavirus sur les entreprises solidaires qu’on finance. Pour l’instant, sur le placement financier en tant que tel, on est plutôt dans l’attentisme : c’est assez normal car on n’a aucune vue sur les conséquences de cette crise sanitaire.

Nous sommes dans une situation tellement inhabituelle : on a arrêté l’économie pour de la santé, ce qui n’est encore jamais arrivé. On peut donc difficilement comparer ça à la crise de 2008 ou à toutes les autres crises financières qu’on a connues. Donc on attend. On se demande si c’est le bon moment d’investir, et si oui, quelle entreprise choisir. Donc tout le monde regarde comment elles réagissent.

Et donc, pour les entreprises solidaires dans lesquelles vos clients investissent ? Comment s’en sortent-elles ?

“Ca dépend vraiment de chaque entreprise, et surtout de leur situation initiale. Il y a des entreprises qui sont plus ou moins jeunes, plus ou moins développées, avec plus ou moins de trésorerie. Donc évidemment, la crise accélère la tendance dans laquelle on était. Si une société prenait vraiment de l’essor, la crise peut potentiellement lui permettre d’en prendre encore plus et de se distinguer de ses concurrentes. Par contre, si une entreprise est dans un moins bon état, là elle peut vraiment se retrouver dans une pire situation.

Après, certaines entreprises sont de facto plus touchées. Je pense là aux entreprises adaptées pour personnes handicapées. Forcément, quand on a un public fragile, c’est plus difficile de déconfiner. C’est donc un vrai casse-tête pour ces entreprises.

Mais pour l’instant, nous sommes tous sous perfusion des aides d’Etat. Il a réagi massivement et rapidement avec le chômage partiel et les aides accordées aux entreprises par la Banque Publique d’Investissement (BPI). Donc il faut attendre un petit peu pour voir les conséquences sur l’économie sociale et solidaire. Et dans tous les cas, on ne pourra pas généraliser, ce sera du cas par cas.”

Avez-vous donc l’impression que le déconfinement puisse permettre à l’économie sociale et solidaire de prendre de l’ampleur ?

Il faut dissocier les conséquences économiques : c’est pour tout le monde pareil, dès qu’il y a un arrêt de l’économie, il y en a qui pourront en profiter et d’autres pas. Là, il n’y a pas d’écart entre l’économie traditionnelle et l’économie sociale et solidaire.

Après, la question se pose de l’avenir de l’économie sociale et solidaire. Y aura-t-il une révolution à l’issue de la crise ? Un changement de mentalités ? Est-ce qu’on va vouloir une économie porteuse de sens et de valeurs ?

Je pense que pendant le confinement, on n’a pas pu s’empêcher de se poser des questions sur notre mode de vie, de consommation, sur notre société. Après, là, on va essayer de rattraper la perte économique. Pour l’instant, les garanties sur le social et l’environnement ne sont pas vraiment présentes – bon, ce n’est peut-être pas définitif !

Mais dans un premier temps, on va surtout axer sur la reprise de l’économie. Je pense que dans un moyen à long-terme par contre, la crise aura des conséquences. Sur la politique de réindustrialisation, sur notre volonté de consommer local. Peut-être qu’on va arrêter de voyager aux quatre coins du monde mais plus se centrer sur des choses simples. En tout cas je pense que ça va mûrir dans la réflexion de certains et prendre de plus en plus de place. C’est ce qu’il faut espérer.

Après, la question c’est est-ce qu’on sera capables de faire ça, de mettre beaucoup de sens, de produire local, tout en étant compétitif par rapport au reste de l’économie. C’est toujours ça le vrai enjeu. Il va falloir travailler un peu pour ça mais on voit des acteurs faire des choses très intéressantes.”

Et justement, qu’est-ce qui pourrait permettre à l’économie sociale et solidaire de devenir assez compétitive ? Et de tenir la route ?

“Pour avoir un modèle économique durable, il faut qu’il soit viable, c’est-à-dire qu’on gagne de l’argent. Après, ce modèle peut être hybride. Une partie de l’argent peut venir de la production, de la vente de biens et de services, et l’autre peut être gagnée avec des subventions, des partenariats avec certaines fondations ou le milieu associatif.

On pourrait avoir des dispositifs gouvernementaux qui incitent à l’économie sociale et solidaire. C’est tout l’intérêt des fameuses niches fiscales par exemple : c’est de diriger l’argent des français vers certains secteurs. Alors pourquoi pas vers l’économie sociale et solidaire ?

Je pense sincèrement que ce n’est pas ce qui sera fait prioritairement. Par contre, c’est justement la période de réflexion de tous les citoyens qui va faire naître de nouveaux projets. On a vu tellement d’initiatives, de gens qui se sont mis à produire des masques au niveau local par exemple. Et donc de ces initiatives va forcément sortir quelque chose. Après, est-ce que cela va révolutionner la société, c’est une autre question.”

Et aux Pays-Bas d’ailleurs, la ville d’Amsterdam lance déjà un plan de relance social et solidaire pour sortir de la crise. Toute l’économie de la ville doit devenir circulaire pour la rendre durable écologiquement. Elle lance donc une réforme du traitement des déchets ou encore de la construction des bâtiments.

Merci Marc-Antoine Noiret ! Vous êtes conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la finance solidaire.


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