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Norges, le géant se réveille : l’édito de Marc Tempelman

Written by on 20 mai 2020

Nous accueillons Marc Tempelman, un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui vous aide à épargner plus et mieux, via son application d’épargne simple et sécurisée. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc, de quoi allons-nous parler aujourd’hui ?

Vous avez sûrement entendu parler de fonds sovereigns. Il s’agit de ces fameuses entités étatiques chargées de placer l’argent qu’un Etat peut gagner en vendant des ressources naturelles, comme du pétrole ou du gaz, ou en privatisant des sociétés, pour faire fructifier ces liquidités pour le bénéfice de ses citoyens. Selon vous, quel pays possède le fonds souverain le plus important ?

Vous me posez une colle. J’imagine que les Etats du Golfe doivent avoir des fonds souverains très importants, donc je dirai que cela pourrait être les fonds souverains d’Abu Dhabi ou du Qatar. A moins que ce soit le fonds souverain de la Chine ?

Votre réponse est tout à fait logique, mais malheureusement fausse. La China Investment Corporation est 2ème au classement mondial, gérant pas loin de mille milliards de dollars pour le compte de la Chine. Les fonds souverains d’Abu Dhabi est 3ème, avec 600 milliards de dollars sous gestion. Le Qatar, pourtant très connu en France car propriétaire du PSG et actionnaire de référence dans des sociétés comme Total, Vinci, Véolia et Air Liquide, n’est que 11ème sur cette liste avec un peu moins de 350 milliards de dollars sous gestion.

Ce sont nos voisins Norvégiens qui tiennent la palme et qui sont en tête, avec un portefeuille d’une valeur de 1200 milliards de dollars environ. Avec une telle somme, le fonds, qui s’appelle officiellement Government Pension Fund Global, mais qui est plus connu sous le nom de Norges, détient en moyenne 1,4% de toutes les sociétés cotées dans le monde. 

Ce qui en fait un sujet de conversation intéressant, je pense.

Je suis tout à fait d’accord, surtout que je n’en avais jamais entendu parler avant. Cet énorme masse d’argent, comment a-t-elle été constituée et pourquoi ?

Cela commence dans les années 60, quand le pays découvre des énormes gisements de pétrole le long de ses côtes. Il faut saluer la vision des dirigeants Norvégiens qui décident alors immédiatement de prendre le contrôle de cette exploitation, mais aussi de se pencher sur la question de l’allocation de la richesse qui va en résulter. La première idée forte est formalisée en 1983 lorsqu’il est décidé que le gouvernement ne peut plus toucher aux revenus de la vente du pétrole. Tous les profits doivent être mis de côté, obligatoirement. Le gouvernement peut uniquement dépenser les gains réalisés sur le placement de ces revenus pétroliers.  

C’est ce qui mène à la création du Fonds Souverain Norges en 1990, qui reçoit son premier versement en 1996, de quelques milliards d’euros. 

Le but du fonds est simple : il doit d’abord protéger l’économie norvégienne de la volatilité du marché du pétrole et éviter que la Norvège devienne trop dépendante du prix du baril. C’est d’ailleurs pour cela que le fonds ne peut investir qu’à l’étranger. Le second objectif est de simplement reconnaître qu’un jour les ressources pétrolières du pays seront épuisées. Il s’agit donc de gérer la richesse qu’elles procurent de façon responsable, pour une durée longue et d’ainsi sauvegarder le futur de l’économie norvégienne pour des générations à venir.

Et cette stratégie a-t-elle marché ?

Plus que bien. Aujourd’hui le fonds gère une somme qui équivaut à 200 000 dollars par Norvégien. Et plus de la moitié de la somme mise de côté par la nation, pour la nation, provient des gains réalisés sur les placements effectués par ses gérants. Dit autrement, les revenus en provenance du pétrole ne représentent plus qu’une part minoritaire de ces fonds, tellement les investissements ont bien marché.

La gouvernance reste stricte, le gouvernement ne peut dépenser qu’une partie modeste des profits que le fonds génère en moyenne, sans jamais pouvoir toucher au capital. Cette part représente néanmoins pas loin de 20% du budget annuel de l’Etat. 

Et Norges investit dans quoi pour atteindre ces résultats ?

Ils y sont allés progressivement, mais ont notamment décidé très tôt d’acheter des actions de sociétés cotées à travers le monde. Ils ont estimé – comme nous le mettons en avant chez Cashbee d’ailleurs – que sur des durées très longues, cette classe d’actifs était statistiquement la plus probable de générer des rendements importants. Donc aujourd’hui Norges se trouve, pour partie, propriétaire de la quasi-totalité des sociétés côtées dans le monde. Ils sont aussi propriétaires d’immobilier et d’obligations pour des raisons de diversification évidentes. Mais ce qui me semble le plus intéressant dans le développement du fonds est son engagement de plus en plus prononcé en matière de gouvernance, de protection de l’environnement et de responsabilité sociale.

Et cela donne quoi dans la pratique ?

Eh bien, si pendant longtemps Norges fut un investisseur passif, qui ne se manifestait que rarement lors des assemblées générales des sociétés dans lesquelles il avait investi, cela a beaucoup changé ces dernières années.

Norges a ainsi vendu la totalité de ses investissements dans l’industrie du charbon. Par ailleurs, le parlement norvégien a voté une loi qui lui interdit d’investir dans l’industrie du tabac ou des fabricants d’armes nucléaires.

Mais de façon beaucoup plus tangible, le fonds s’invite chez les dirigeants de très grandes sociétés pour leur expliquer ce qui les trouble. Ainsi le PDG de Citibank a été contacté au sujet de ses systèmes de lutte contre le blanchiment d’argent, celui de Microsoft sur la rémunération des dirigeants, et le PDG d’Amazon a été interpellé au sujet du respect des droits humains dans ses entrepôts. 

Et quand les choses ne s’arrangent pas, Norges va plus loin. Ils ont voté publiquement contre un certain nombre de résolutions proposées par les équipes de direction de géants comme Apple, Facebook et Nestlé.

Il s’agit donc d’un investisseur de plus en plus actif, qui essaie d’utiliser sa puissance de feu financière considérable pour améliorer le monde, tout en mettant à l’abri le futur des générations de Norvégiens à venir. Et au regard de ses réultats, il est difficile de contester que finance verte et rendement sont bien compatibles. 


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