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Marseille : la peste de 1720

Written by on 28 mai 2020

Épisode 6 de notre rendez-vous Les épidémies dans l’histoireen partenariat avec le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) des Universités de Nantes et La Rochelle.

Comme chaque semaine, nous remontons le temps sur la piste des épidémies qui ont marqué l’histoire. Aujourd’hui nous allons parler de la peste qui a touché la belle ville de Marseille en 1720. Et c’est Fabrice Micallef, maître de conférence en histoire moderne à l’Université de Nantes qui va nous en parler. Bonjour Fabrice, merci d’être avec nous. 

Est-ce qu’on peut rapidement expliquer à nos auditeurs comment se propage la peste dans la cité phocéenne à cette époque ? 

Ce qu’il faut savoir c’est que Marseille au début du 18e siècle est habituée aux épidémies et à gérer les risques épidémiques, car c’est un grand port commercial, qui a des relations très étroites avec l’Afrique du Nord, avec le Moyen-Orient, et dans ces zones méditerranéennes, il y a une peste endémique depuis le Moyen-Âge. Tout un système sanitaire a donc été mis en place, dont un système de quarantaine. Quand un bateau arrive, et qu’il est soupçonné de transporter des personnes malades ou des objets contaminés, il passe en quarantaine, sur une île, celle de Pomègues, où reste le bateau. La cargaison et les passagers sont débarqués dans ce qu’on appelle le lazaret – un lieu de quarantaine au nord de la ville. C’est un système qui fonctionne bien, les gens qui sont amenés à rester en quarantaine respectent le principe. En 1720, il y a eu un dysfonctionnement dans ce système sanitaire.

Ça commence le 25 mai 1720, quand arrive au large de Marseille le Grand Saint Antoine, un navire commerçant ayant transité au Moyen-Orient durant les mois précédents. La peste est portée par des puces qui sont dans des balles de coton qui ont été chargées au Liban. Il y a aussi des gens qui ont été malades pendant le trajet, donc on a des soupçons de la présence de la maladie à bord. Mais les autorités sanitaires marseillaises prennent des mesures étonnamment laxistes, par rapport aux précautions qui sont prises d’habitude. Le bateau aurait par exemple dû effectuer sa quarantaine sur une île encore plus éloignée de la ville, alors qu’on le laisse accoster sur l’île de quarantaine où les mesures sont les plus souples. La cargaison et les passagers qui se retrouvent dans le lazaret sont autorisés à en sortir au bout de quelques jours. Donc c’est un temps beaucoup plus court que ce qui est prévu d’habitude.

Même si nous n’en avons pas de preuve écrite, nous pensons que la raison pour laquelle le processus de quarantaine n’a pas été respecté, est que parmi les propriétaires de la cargaison d’étoffes, il y avait des riches marchands marseillais qui avaient tout intérêt à faire sortir la cargaison de quarantaine parce qu’ils voulaient la vendre à une foire à côté de la ville. Il y a donc eu un passe droit et la quarantaine a été interrompue. C’est ainsi que durant le mois de juin, la maladie commence à se répandre, d’abord parmi le personnel de santé, ensuite parmi le personnel du port, et se répand en ville dans les semaines qui suivent. 

L’épidémie se propage bien au-delà de la ville… 

Le premier épisode épidémique -très violent- a lieu dans Marseille. La peste est diagnostiquée dès juillet. Très vite, on a une centaine de morts par jour, cela atteint même 700 morts par jour au mois d’août, le pic étant début septembre, où il y a 1 000 morts par jour. Mais la maladie sort de la ville, car les personnes qui en avaient les moyens ont fui le centre. C’est ainsi que la maladie s’est répandue aux alentours : Arles, Toulon, Apt, l’arrière pays provençal et jusque dans le bas Languedoc. 

Quelles sont les conséquences sur l’économie locale ? 

Les conséquences sont très dures. On rappelle que Marseille est une ville à l’économie florissante, et brusquement, le port ferme, les activités sont interrompues. Très vite, le parlement d’Aix-en-Provence ordonne le blocus de la ville,  le commerce de la ville de Marseille est donc interrompu avec son arrière-pays. C’est un effondrement de l’économie commerciale. Il y aura aussi des problèmes d’approvisionnement. La ville va mettre pratiquement dix ans à retrouver son premier rang commercial à l’échelle méditerranéenne. 

Mais la peste va aussi aggraver les discriminations avec certaines tranches de la population…

Oui, l’impact social des mesures prises par les autorités est très fort. Pour essayer de freiner la contagion, on place sous surveillance des populations qui sont déjà ordinairement à la marge. Les prostituées, les vagabonds font l’objet d’une surveillance policière accrue, un arrêté du parlement d’Aix-en-Provence ordonne à la municipalité de Marseille d’expulser les juifs. Et puis dans une plus large mesure, la principale conséquence sociale c’est la confrontation massive des populations marseillaises à la mort. Des familles entières sont décimées et cela a un impact les années suivantes sur le marché matrimonial. Les veufs et les veuves se remarient et cela reconfigure complètement le paysage familial de la ville. 

Pour plus d’informations sur le sujet, rendez-vous sur la chaîne YouTube du Centre de Recherche en Histoire Internationale et Atlantique.

Découvrez également l’émission Les Voies de l’Histoire, une coproduction euradio – CRHIA.


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