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Sauver l’emploi : la transition écologique comme solution

Written by on 28 mai 2020

La transition écologique peut-elle aller de pair avec la préservation de l’emploi ? Ce débat refait surface avec la crise économique actuelle, l’augmentation du chômage et les difficultés rencontrées par les entreprises. Comment préserver l’emploi tout en activant la transition écologique ? L’écologie, souvent considérée comme coûteuse pour les entreprises, se trouve régulièrement opposée à la sauvegarde de l’emploi. Mais cette opposition est-elle juste ?

Pour répondre à cette question, nous recevons Paul Malliet, économiste au sein du pôle environnement de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Avec les difficultés économiques actuelles rencontrées par les entreprises en Europe, de nombreux lobbies et gouvernements souhaitent supprimer certaines contraintes environnementales sur les entreprises, qui selon eux, ne favoriseraient pas l’emploi ? D’où vient cet argument et est-il juste ?

“C’est une vision assez ancienne. Elle considère que les réglementations contraignantes pénaliseraient l’emploi. Cette vision découle d’un cadre qui considère qu’à partir du moment où l’on impose un coût sur quelque chose qui n’a pas à de prix de marché, celui-ci se répercutera nécessairement en termes d’activité et donc de création d’emplois.”

“Or, il existe des spécificités sur la structure économique d’un pays. Il faut regarder à un niveau beaucoup plus fin. En fait, une transition écologique est une modification des structures productives d’un pays. En l’occurrence, des activités qui réduiraient les risques environnementaux comme les énergies renouvelables sont, en termes d’emploi, plus intenses que des activités traditionnelles. Le fait de changer, -de fermer les centrales à charbon, à gaz ou au fioul- à production équivalente, induirait, en fait, un supplément d’emploi.”

L’Union européenne et les Etats membres apportent beaucoup d’aides aux entreprises, comme le chômage partiel, les aides directes ou encore les prêts garantis. Tout cela avec peu de mesures environnementales contraignantes. Qu’en pensez vous?

“Je pense qu’on est plus facilement rassuré par ce qu’on connaît. On a aujourd’hui un modèle de développement de croissance qui s’appuie largement sur des activités de structures. Avec le Green Deal européen ou même des politiques de transition écologique, il y a aussi une envie de création de nouvelles activités comme la rénovation des bâtiments, par exemple, qui pourrait générer une activité largement suffisante compte tenu du stock de bâtiments à rénover. Il faut donc un changement de paradigme et accepter de prendre des risques pour tracer une nouvelle direction.” 

“Aujourd’hui, nous en avons l’occasion. Il y a déjà un regain de la puissance publique dans son rôle d’Etat stratège. En effet, c’est lui le prêteur en dernier ressort en termes de subvention de l’activité publique, notamment via les mécanismes de chômage partiel ou même du fonds de soutien à certaines entreprises. C’est ce qu’on a pu voir avec Renault ou Air France. La question est de savoir si ces aides sont conditionnées à des objectifs environnementaux.”

Selon l’ONU, le réchauffement climatique détruira, lui aussi, des emplois. Environ 80 millions. Finalement avec tout ce que vous nous dites, pensez-vous que nous pouvons changer de paradigme sur ce sujet et qu’emploi et écologie peuvent enfin aller de pair ?

“Complètement. Les deux vont de pair. Je ne pense pas que l’on puisse réussir une transition énergétique aussi ambitieuse que la neutralité carbone sans prendre en compte l’emploi. Opposer les deux revient finalement à condamner cette transition parce qu’on ne pourra pas, en tant que société, assumer une perte d’activité, qui touchera de manière très différenciée les travailleurs. De fait, cette opposition doit être complètement dépassée. 

“On est dans un mécanisme de destruction créatrice. On va réduire fortement une activité économique qui, aujourd’hui, représente une partie importante de l’emploi. Par exemple, l’industrie automobile est un secteur industriel qui génère énormément d’activités et d’emplois. Mais est-ce que le niveau de production est compatible avec un futur qui soit neutre en carbone? Je ne suis pas sûr. Ainsi, l’objectif est de savoir quels autres secteurs d’activités pourraient se développer notamment dans les activités de services ou dans le secteur agricole. Ce dernier représente, en France, une part proche de 1% de l’emploi. Pourtant celui-ci, dans un scénario de transition énergétique, générerait beaucoup d’emplois.”

“Il y a de nouveaux pans qu’il faut considérer, qui pourraient créer des d’emplois supplémentaires. C’est vraiment cette transition entre les activités dont on avait l’habitude de connaître le poids en termes de production industrielle et les nouvelles activités qui restent encore à développer. Il faut considérer ces transferts d’emplois qui peuvent être faits d’un secteur à un autre.”

Certaines personnes que nous avons interrogées ces derniers jours ne croient plus dans le politique pour changer la donne. Plusieurs mouvements de luttes locales s’organisent en Europe pour essayer de faire changer ces idées. Pensez-vous que cela peut faire bouger les choses ?

“Je pense que compte tenu de l’enjeu de société que cela représente, d’opérer une transition d’une telle ambition et dans un espace temps aussi réduit, cela suppose une convergence totale entre forces sociales, politiques et institutionnelles. Il faut que cette transition soit globalement acceptée de toute manière donc, évidemment, ces initiatives sont bienvenues. Je ne crois pas pour autant qu’elles seront suffisantes, tout comme les mesures décidées d’un point de vue politique ne sont, pour le moment, pas suffisantes pour amorcer cette transition.”

“C’est quand même un enjeu de société qui est total. Une transition vers une société zéro carbone, ça demande de revoir complètement nos paradigmes actuels. Je pense donc que des initiatives locales sont évidemment nécessaires. Il faut considérer les différents types d’organisation collective, que ce soit au niveau local, communal ou autre, jusqu’au niveau européen. Il faut que tous les leviers soient mobilisés.”

Beaucoup de personnes pensent que cette crise est une occasion perdue d’engager une réelle transition écologique ? Qu’en pensez-vous ?

“Il est peut-être un peu trop tôt pour le dire. On est encore dans cette période de fin de confinement. On n’est pas complètement sorti de cet état un peu exceptionnel dans lequel cette épidémie nous a plongé en termes de rupture de l’activité, de mise sous cloche de l’économie.”

“Alors évidemment, c’est une occasion unique. Il y a une baisse des émissions de CO2 qui a été constatée, mais qui ne relève pas d’une modification de notre fonctionnement économique. Il est évident qu’on ne pourra pas repartir sur la même trajectoire, avec le même modèle de consommation. Par exemple, des vacances à l’autre bout du monde pour pas cher, la voiture individuelle, etc. On est quand même dans une société qui met en avant, ou en tout cas qui sublime, cette liberté de consommer à moindre coût en faisant usage de tout ce que la mondialisation a pu apporter en termes de réduction des coûts, pour le consommateur.”

“Mais je ne serais pas aussi certain sur le fait que le moment est passé. On est toujours dedans. On y sera encore pendant un mois. On va avoir le droit à un débat politique qui sera beaucoup plus clair et tranché sur, l’opposition, entre ceux qui souhaitent un retour à la normale antérieure et ceux qui souhaitent voir le développement d’un nouveau fonctionnement économique qui puisse répondre à ces objectifs.”


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