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“J’en perds mon latin” – le bloc-notes d’Albrecht Sonntag #1

Written by on 18 septembre 2020

C’est la rentrée de l’éditorial d’Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management, à Angers. Bonjour ! Nous sommes contents de vous retrouver en bonne santé. Depuis votre dernière intervention à l’antenne, il s’en est passé des choses !

C’est le moins qu’on puisse dire. Je vous ai laissés avant l’été, plein de certitudes sur ce qui était dans le domaine du politiquement possible et ce qui ne l’était pas, et je vous retrouve après quelques mois tout chamboulé. Je dois vous avouer sans ambages, je suis déboussolé, stupéfié, ébahi. 

Mais qu’est-ce qui vous met dans cet état ?

En fait, ce sont les dogmes qu’on croyait inébranlables qui volent en éclats.

Vous savez, quand on étudie les relations internationales et les mécanismes de l’intégration européenne sur la longue durée, on finit par former des convictions sur ce qui risque de bouger, de se développer ou de disparaître, bref : d’évoluer dans un sens ou un autre. 

Et à l’inverse, on apprend à identifier les doctrines intouchables auxquelles certains acteurs politiques s’accrochent, les lignes rouges non-négociables des uns et des autres, les mots et les concepts tabous qui varient d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre.

Ils sont souvent crispants, ces dogmes, énervants et démotivants pour ceux qui voudraient que les choses avancent – notamment sur le plan européen – mais ce sont aussi des ancres de stabilité dans un monde en désordre, et on finit par les apprécier, car au moins, ils permettent d’avoir quelques repères.

Et quand il perd ses repères, l’éditorialiste en perd aussi son latin !

Ah, elle commence bien, votre quatrième saison ! Quels sont donc ces repères que vous avez perdus en quelques mois seulement ?

Ils sont nombreux, mais comme vous ne me donnez que trois minutes d’antenne, je ne vais vous en citer que les deux les plus surprenants :

Le tabou de la dette commune. Le fait que l’Allemagne, sous un gouvernement de grande coalition, se fasse le promoteur d’un plan de relance qui implique en gros qu’elle se porte garante pour des dettes contractées pour d’autres Etats-membres, c’est littéralement révolutionnaire. A titre personnel, je salue ce revirement, mais il me met quand même sens dessus-dessous. Jamais je n’aurais cru les élites politiques et économiques allemandes capables d’une telle conversion. Et qui plus est, elles se voient soutenues par une majorité dans la population. C’est inouï, et cela m’ébranle.

Puis, il y a la doctrine traditionnelle des effets bénéfiques des traités de libre-échange. Elle semblait gravée dans le marbre pour les décideurs européens. Et tout d’un coup, elle est mise en question. Par les écologistes, d’abord, puis par d’autres voix, de tous bords du paysage politique. Qui aurait dit que l’accord avec le Mercosur, après des années de négociations, allait susciter autant de doutes sur le bien-fondé même du libre-échange ?

Et les changements inattendus ne s’arrêtent pas là ! 

Tenez : le principe tacite ne pas brusquer les puissances autoritaires comme la Russie ou la Chine pour ménager les susceptibilités et protéger ses intérêts économiques ? Eh bien, le ton est en train de changer. 

Le règlement de Dublin sur le traitement des demandes d’asile – si commode pour les Etats-membres qui ne sont pas en première ligne ? Tout d’un coup, il a  vocation à « être aboli », selon Mme Von der Leyen

Je pourrais continuer la liste, mais je m’arrête là, faute de temps.

Conclusion : s’il y a un été qui mérite d’être qualifié de « disruptif », c’est bien celui de 2020. 

J’en perds mon latin, mais j’y gagne beaucoup de sujets passionnants pour les mois à venir.

Tant mieux ! On vous souhaite de vous remettre de vos certitudes perdues ! 


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