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L’héritage Marielliste : “L’Europe politique, c’est être ou ne plus être” – Erwan Quinio

Written by on 19 janvier 2021

Cette semaine est marquée par les obsèques de Marielle De Sarnez. Présidente de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, elle fût trois fois Député européenne, de 1999 à 2017.

Des années européennes qui ne sont pas passées inaperçues, ni à Bruxelles, ni à Strasbourg. On évoque souvent l’influence française dans les arcanes européennes, mais quand Marielle de Sarnez entrait dans une salle, vous vous en aperceviez, nous nous en apercevions. Avec Marielle, la Politique, et la Politique européenne en particulier étaient des affaires sérieuses. Le fond colle à la forme. Elle y a consacré sa vie. Pour moi, c’est une émotion car je lui dois beaucoup, à tant et tous égards.

De ces années lors desquelles vous avez pu la côtoyer, vous-même assistant parlementaire d’un Député Modem, que retenez-vous de ces combats européens ?

L’Europe n’avait de sens que démocratique, que Politique avec un grand P. Elle y revenait sans cesse. C’était son combat. Face à tous les renoncements, face à toutes les crises internationales qu’elle suivait avec une attention singulière, l’Europe devait se faire entendre et défendre ses valeurs. Elle la voulait donc plus démocratique, plus autonome, plus combative. Face aux dictateurs, face aux coups de force, il faut se faire entendre ou se résigner.

Marielle portait en elle cette part d’intransigeance. Le silence est un déclassement. Le combat, même perdu d’avance, un honneur.

La désunion des européens était toujours pour elle une exaspération, une déchirure et une vexation. Elle poussera le feu sur les grands sujets qui faisait sens pour elle.

Elle fera grandir Erasmus Mundus, elle incarnera la fin de la naïveté face à tous les dumpings commerciaux chinois au sein des libéraux européens pourtant très libre-échangistes. Elle plaidera sans cesse pour des ressources propres, pour l’élection d’un président de la Commission européenne élu au suffrage universel. Pour une France plus européenne aussi.

Car défendre l’Europe, ce n’est pas seulement au Parlement européen.

Non. Dire qu’elle se rendait dans les émissions de radio ou de télévision avec un grand plaisir serait mentir mais elle y prenait sa part sans humilier, sans vociférer inutilement, mais avec élégance. Vous le savez, nous avons l’habitude de classer les députés européens en plus ou moins deux catégories. Les touristes, souvent assez connus et les stakhanovistes de l’Europe qui souvent dans l’ombre et l’anonymat tentent de faire avancer le bateau européen parfois sans le poids politique nécessaire pour parvenir à leurs fins. Marielle, c’était je le crois, le bon équilibre. La plus proche de François Bayrou, elle pesait sur le débat politique français tout en assumant ses responsabilités européennes avec prestance, charisme et autorité qui effectivement n’était pas qu’une légende.

Les députés européens doivent accepter les rapports de force, c’est la règle du jeu.

Oui. Face à la Commission européenne, face au Conseil européen, l’enceinte des chefs d’Etats et de gouvernements, face au risque d’effacement, cette épée de Damocles perpétuel, les parlementaires européens ont l’obligation de tracer leur sillon. Avec son passage éclair au Ministère des affaires européennes, elle aura connu l’épreuve. Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, l’épopée Bayrou de 2007 et la victoire d’Emanuel Macron en 2017, elle aura été centrale dans le meilleur de l’adrénaline en politique.

Sur l’estrade de la révolution Ukrainienne, sur la route des Balkans dans le chaos migratoire aussi bien que dans les universités de rentrée politique et les campagnes présidentielles, il faut y être. Y être pour peser, pour imposer les femmes, son agenda, son ordre du jour, ses valeurs et sa voix. To be or not to be. Marielle de Sarnez y était et pour le centre politique français, c’était une force et aujourd’hui une part de son héritage qui reposent en paix.

crédits photo: European Democrats

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici


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