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Abattage avec ou sans étourdissement ? – L’heure o’ véto

Écrit par sur 11 février 2021

Comme chaque semaine sur euradio, nous accueillons le vétérinaire Christophe Buhot pour sa chronique véto.

Cette semaine, on s’interroge : Existe-t-il une règle pour l’abattage des animaux en Europe ?

A tous les abattoirs de l’UE s’applique le règlement 1099 du 24 septembre 2009, qui traite de la protection des animaux au moment de l’abattage, règlement entré en application dans tous les pays de l’UE le 1er jan 2013. Les animaux ne doivent être mis à mort qu’après avoir été étourdis de façon à s’assurer qu’ils perdent conscience et ne ressentent aucune douleur.

La réglementation européenne prévoit toutefois une dérogation à l’obligation d’étourdissement, uniquement dans le cadre strict de la liberté de culte et quand les Etats membres le souhaitent. Le Danemark, la Suède, la Finlande, Malte, le Luxembourg ou encore la Slovénie, ont décidé de ne pas appliquer cette dérogation.

Qu’est-ce qui a motivé une telle législation ?

Cette législation fait suite principalement au fait que le bien-être est aujourd’hui défini plus clairement grâce à l’évolution des connaissances scientifiques. Outre la douleur, les souffrances psychologiques comme la peur par exemple doivent être désormais prises en compte.

Enfin, toutes les enquêtes d’opinion montrent que le bien-être animal est un sujet de société. Un sondage réalisé par Eurogroup for animals montre que les citoyens européens de 24 pays souhaitent à 89% l’obligation d’étourdissement des animaux avant leur abattage. 87% d’entre eux pensent également que l’Union Européenne devrait exiger que tous les animaux soient étourdis avant d’être abattus, même pour des raisons religieuses.

Mais quels sont les inconvénients d’un abattage sans étourdissement préalable ?

La Fédération des Vétérinaires Européens (FVE), considère que la pratique d’abattage sans étourdissement préalable est inacceptable en toutes circonstances, pour les raisons suivantes:

  • Cet abattage augmente le temps de perte de conscience, parfois jusqu’à plusieurs minutes ;
  • Pendant cette période de conscience, l’animal peut être exposé à des douleurs et des souffrances inutiles ;
  • Enfin l’abattage sans étourdissement préalable nécessite dans la plupart des cas une contention particulière, qui peut causer un stress supplémentaire à un animal.

Qu’en est-il du respect de la législation ?

A vrai dire, dans certains États membres, l’absence d’’étourdissement n’est pas une exception mais presque une règle générale, et ce pour des raisons économiques et de gain de temps.

Selon une enquête menée par l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) dans 225 établissements d’abattage, plus de 60% des ovins-caprins, 28% des bovins et 43% des veaux seraient abattus sans étourdissement, alors que les pratiquants musulmans et juifs ne représenteraient environ que 7% de la population française. Ces chiffres démontrent non seulement que les besoins d’autosuffisance de ces populations sont largement couverts, mais que de grandes quantités de viande provenant d’animaux abattus sans étourdissement entrent dans la chaîne alimentaire à l’insu du consommateur.

Et quelle est l’opinion de la profession vétérinaire ?

Tant que l’abattage sans étourdissement est autorisé pour des raisons religieuses, la FVE pense que toute viande ou produit à base de viande provenant de ces sources devraient être clairement étiquetés pour permettre à tous les consommateurs de faire un choix éclairé fondé sur le bien-être, l’éthique ou les convictions personnelles lors de l’achat de ces produits. Mais cet étiquetage doit faire référence à l’abattage sans étourdissement et non pas à une méthode d’abattage religieux.

Y’a-t-il eu des nouveautés sur le sujet ?

Deux jugements récents de la Cour de Justice de l’Union Européenne ont démontré l’actualité et la pertinence du sujet :

  • En février 2019, un arrêt stipule que toutes les viandes certifiées «agriculture biologique» proviennent obligatoirement d’abattages réalisés avec étourdissement, 
  • Et en décembre 2020, la cour indique clairement que le règlement sur l’abattage “n’empêche pas les États membres d’imposer une obligation d’étourdissement des animaux avant leur mise à mort, qui s’applique également dans le cas d’un abattage prescrit par des rites religieux“, suite à la position du gouvernement flamand en juillet 2019.

Comment pensez-vous que le sujet va évoluer ?

Vous vous en doutez bien Laurence qu’il s’agit là d’un sujet sensible, en particulier quand il est malheureusement politisé par certains partis extrémistes. Pour les vétérinaires, il est clair que l’abattage avec ou sans étourdissement est un sujet important de bien-être animal et d’information du consommateur, pour lequel l’étiquetage et de nouvelles méthodes d’étourdissement permettront de progresser tout en garantissant à la fois le bien-être des animaux et le respect de certaines pratiques liées à des religions.

Interview réalisée par Laurence Aubron

Toutes les chroniques “Heure o’ véto” de Christophe Buhot sont à retrouver juste ici

Image : Sang Hyun Cho


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