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Jeanne d’Arc, une figure historique européenne

Écrit par sur 2 avril 2021

La rédaction d’Euradio à Nantes a son siège en rue… Jeanne d’Arc! Gerd Krumeich, historien allemand, revient sur ce personnage historique tant contesté au fil des siècles, qui ne cesse de susciter un vif intérêt académique et d’être exploitée par la propagande politique.

Gerd Krumeich, vous êtes historien, spécialiste de la première guerre mondiale et de Jeanne d’Arc, et vous venez de publier une nouvelle biographie de la pucelle intitulée Jeanne D’arc. Seherin Kriegerin Heilige, ce qui se traduit en français par “Jeanne d’Arc visionnaire, guerrière et sainte”. Alors qui était Jeanne d’Arc, une guerrière, une visionnaire ou une sainte ?

Elle était un peu les trois choses. Elle était multiforme : on connait plein de visionnaires, plein de guerriers et des guerrières, mais on n’a qu’un seul exemple d’une visionnaire qui sera guerrière aussi. On dirait que c’est une dichotomie mais ce n’est pas le cas. Ces caractéristiques l’ont rendue importante et saisissante. Le mythe de Jeanne d’arc ne s’estompe pas, même 600 ans après, et revient toujours dans tous les pays.

Vous affirmez que Jeanne d’Arc était, et est encore, connue non seulement en France mais dans l’Europe toute entière. Peut-on donc la considérer comme une figure historique européenne ?

Absolument. Elle est une héroïne européenne avant d’être une héroïne française. Elle est liée au développement du concept de nation, d’une attention toute européenne à l’époque. Elle est beaucoup notée en Italie, en Allemagne, en Belgique et dans d’autres pays, elle est présente dans les sources de son époque. Dans sa fameuse lettre aux Anglais du 21 mars 1429, quand elle s’apprêtait à libérer Orléans, elle écrit : “je suis ici envoyée de par Dieu, corps pour corps, pour vous buter hors de toute la France”. C’est intéressant parce que cette expression “vous buter hors de la France” revient sous Vichy. Pétain prend ce texte pour convaincre les Français qu’il faut chasser les anglais hors de France et non pas les allemands.

Vous venez d’évoquer justement l’appropriation politique du personnage de Jeanne d’Arc par le Maréchal Pétain, et on sait que Jeanne d’Arc a été exploitée comme objet de propagande par plusieurs factions politiques, mêmes opposées, au cours de l’histoire et jusqu’à nos jours. Pourquoi Jeanne d’Arc est-elle devenue un symbole de propagande politique ?

C’est au début du 19e siècle que l’opinion concernant la Pucelle commence à se polariser autour de la question de savoir si elle était de droite ou de gauche, pour simplifier. Aujourd’hui que son discours est récupéré par Le Pen et les droitiers, on oublie qu’elle a été une figure de proue de la gauche nationale, républicaine, révolutionnaire.  Beaucoup d’historiens et poètes ont adoré Jeanne d’Arc, “la fille du peuple”, avec un refrain qui revient pendant 100 ans : “trahie par son roi et brûlée par l’Eglise”. Elle justifie la révolution du peuple, comme le dit la formule de gauche. À partir des années 1850, le discours catholique-nationaliste dit que Jeanne d’Arc est une sainte qui a liberé la France du joug des Anglais et qui va libérer la France du joug des juifs. C’est une bipolarisation continue. Dans les années 1900, la question Jeanne d’Arc était, après l’affaire Dreyfus, un point de clivage de l’opinion française. Puis, Jeanne a été déclarée sainte en 1920, et après une question d’équilibre s’établit : Jeanne d’Arc doit créer un équilibre parmi les Français. Depuis, vous n’avez pas un seul homme d’Etat français qui n’ait pas dit que Jeanne d’Arc est là pour rassembler les Français. 

D’où naît votre intérêt de recherche pour Jeanne d’Arc ?

Je suis surtout historien de la Première Guerre mondiale. Ma Jeanne d’Arc était un écart, un écart profitable. En Allemagne, pour être professeur, il faut choisir deux grands thèmes de recherche. Je devais choisir un autre domaine et je suis tombée sur Jeanne d’Arc qui m’a depuis très longtemps fasciné. Quand j’étais étudiant à Paris en 1966, j’avais une piaule à Place des Pyramides, et de mon petit balcon je regardais la statue de Jeanne d’Arc Frémiet. Et j’ai vu les cérémonies, les manifestations et les contre-manifestations autour de la statue de la Pucelle Place de Pyramides, toujours décorée. Donc je pense que cela a suscité un intérêt intérieur dont je ne me suis pas rendu compte à l’époque, mais qui est revenu quand il a fallu chercher un autre thème. Jeanne d’Arc et aussi vivante aujourd’hui, elle nous amène toujours : quand on lit des mots d’elle, on est fasciné, on veut en savoir plus. Elle se prête à des modernisations. Et je pense que celle-là est la raison première pour laquelle des gens de nos jours sont encore capables de s’émouvoir autour de ce personnage, parce qu’elle restera un personnage énigmatique. 


Le dernier livre de Gerd Krumeich sur Jeanne d’Arc n’est pas encore disponible en français. En revanche, les lecteurs français pourront profiter de son ouvrage Jeanne d’Arc en vérité, disponible également en format poche chez Tallandier.


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