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Handshake – Quand les villes se mettent en selle

Écrit par sur 8 mai 2021

Florent Coignac est en charge du service vélo et marche de Bordeaux Métropole. Il évoque pour nous la politique cyclable mise en place par la métropole de Bordeaux ces vingt dernières années et nous présente le projet “Handshake”. Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

Bonjour Florent Coignac. Vous êtes en charge du service vélo et marche pour la métropole de Bordeaux. Vous portez un nouveau projet pour Bordeaux Métropole intitulé “Handshake“. Est-ce qu’on peut en savoir un peu plus sur ce projet ?

C’est un projet européen qui s’inscrit dans le cadre du programme Horizon 2020 développé par la Commission européenne. Il rassemble 13 capitales européennes autour de leur partage d’expérience et de savoir-faire autour des politiques cyclables. C’est un projet qui a démarré en 2018 et qui court jusqu’en 2022.

Quelle est la part du vélo dans l’ensemble des déplacements à Bordeaux Métropole pour porter un tel projet ?

Aujourd’hui, les derniers chiffres dont on dispose pour la part du vélo sur la métropole, c’est des chiffres de 2017 où la part des déplacements à vélo était de 8 %. Donc on imagine, vu qu’on peut compter les trafics cyclables au quotidien, qu’on est sûrement autour des 10 % aujourd’hui. Une nouvelle enquête sera faite en fin d’année 2021, ce qui nous permettra d’avoir des chiffres plus précis, mais on peut vraisemblablement penser qu’on est autour de 10% sur l’ensemble de la métropole et 15% sur la ville de Bordeaux.

Et quelles solutions concrètes ce projet va-t-il déployer sur l’ensemble de la métropole ?

Dans le cadre du projet européen, on est surtout sur de l’échange de pratiques, de savoir-faire, s’inspirer des méthodes de faire d’autres partenaires européens. Donc en réalité, on pourrait retrouver l’ensemble de ce projet et ses avantages dans l’ensemble de notre action portée. C’est-à-dire que ce n’est pas comme si on pouvait porter un projet en particulier, c’est plutôt dans l’ensemble des projets qu’on est en train de mener sur la politique cyclable, que ce soit notre politique en matière d’aménagement, de stationnement vélo, de dialogue et de soutien des associations ou encore de prise en compte des remontées terrain par les habitants et de prise en compte des avis des habitants dans la politique cyclable, c’est dans l’ensemble de ce panel-là d’actions qu’on va retrouver des touches ici et là, de choses qui nous auront inspiré des partenaires européens.

Alors on sait que la politique vélo dans les villes ne fait pas toujours l’unanimité. Comment ce nouveau projet est-il accueilli par les Bordelais ?

Il est encore peu connu par les Bordelais puisque comme je vous le disais, on est sur quelque chose qui est plus de l’ordre de l’échange de pratiques entre services techniques, élus de la métropole et leurs homologues des autres capitales européennes. On échange sur comment faire, comment faire accepter, et pour l’instant, on n’est pas encore sur une diffusion grand public de ce partenariat européen. C’est plus quelque chose qui va nous concerner, nous, dans notre méthode et dans notre quotidien, dans notre façon de faire les aménagements et d’une manière générale, la politique cyclable.

Est-ce que vous avez l’impression que votre politique vélo et les investissements faits ces dernières années commencent à payer ? Parce que c’est pas nouveau. Dans les villes qui arrivent en tête quand on pense au vélo, il y a Strasbourg, Grenoble, Bordeaux qui sont souvent citées comme exemples pour leur volontarisme. Est-ce qu’on voit, ces dernières années, ces investissements payer auprès des citoyens ? Est ce qu’on a l’impression que la pratique est plus courante et plus acceptée ?

Tout à fait. On a de très fortes augmentations du nombre de cyclistes. On a des compteurs permanents qui sont placés un peu dans toute la métropole et qui nous ont permis de voir par exemple que sur ces 5 dernières années on a une augmentation de plus de 72 % de l’usage du vélo. Donc ce sont des chiffres très importants et qui montrent vraiment le dynamisme de la métropole bordelaise. Et ça ne pourrait se faire sans la politique cyclable qui a été engagée depuis 10, 20 ans sur la métropole et qui s’accélère, puisque d’une année sur l’autre, on a toujours +10% de pratique. Ce qui donne finalement une augmentation exponentielle, qui fait qu’aujourd’hui on a de plus en plus de cyclistes. Cela nous oblige aussi à revoir des aménagements qui avaient été faits il y a 10, 20 ans et qui ont permis d’enclencher une pratique cyclable forte. On voit qu’aujourd’hui l’appétence et le développement du vélo chez les habitants de la métropole est tellement fort qu’on doit maintenant revoir ces aménagements et même les élargir.

Donc vraiment, on sent que ça prend de plus en plus et l’épisode sanitaire que nous sommes encore en train de vivre et que nous avons vécu surtout l’an dernier, a aussi montré cette appétence pour le vélo. L’ensemble de la mobilité d’une manière générale des personnes a diminué sur l’ensemble de l’année 2020 et les déplacements à vélo également ont diminué, sauf que c’est le mode qui a le moins diminué par rapport aux autres. On a des réductions de 40% du trafic automobile sur l’ensemble de l’année 2020. Mais on a une réduction de seulement 10% du vélo dans le même temps. Et je ne vous parle pas des transports en commun qui ont également beaucoup baissé. Mais c’est dû évidemment à la crise sanitaire.

Ce que l’on voit, c’est que le vélo a mieux résisté que les autres modes, ce qui prouve sûrement que la part modale du vélo a augmenté. C’est l’enquête dont je parlais tout à l’heure qui le dira sur la fin de l’année 2021. Mais on s’attend sûrement à de très bons chiffres. Il y a une certaine part de personnes qui ne se déplaçait pas à vélo. Et toutes celles qui se sont déplacées à vélo disent qu’elles resteront à vélo, même lorsqu’on sera revenu à une situation normale. Donc vraiment, cet épisode de crise sanitaire a aussi montré ce goût et cette tendance forte pour l’usage du vélo.

Et vous n’avez pas attendu le grand plan vélo de de l’État pour bouger ?

Non, c’est la politique cyclable de Bordeaux Métropole. Elle est instaurée depuis une vingtaine d’années. Avec des actions très fortes qui ont été menées d’abord sur les aménagements cyclables, avec de premiers aménagements pas uniquement dans l’hyper-centre, mais vraiment dans les communes limitrophes. Et puis après, elle s’est développée par des actions telles que le prêt de vélo qui a été mis en place dès 2001 sur la ville de Bordeaux, le VCub (vélos en libre service) en 2012 ; puis après des actions emblématiques comme par exemple la fermeture aux voitures du Pont de pierre à partir de 2017-2018 . Et puis, plus récemment, tous les couloirs bus/vélo qui sont en train d’être déployés en temporaire sur l’ensemble des boulevards. Ce qu’on a appelé les “Corona pistes”, mais qui vont très certainement, c’est même d’ores et déjà annoncé politiquement, être pérennisées.

On a vraiment tout au long de l’histoire sur ces 20 dernières années des décisions fortes qui ont été prises et qui poussent vers un usage du vélo plus important et plus généralisé, comme un mode à part entière. On était en 2009 autour de 4% de l’usage du vélo sur l’ensemble de la métropole. En 2017, on était à 8%. On est sûrement autour de 10% aujourd’hui. Donc le vélo n’est plus anecdotique. C’est vraiment un mode comme les autres.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet pour rejoindre tous ces partenaires européens ? Qu’est-ce qui est nouveau dans ce projet-là ?

Ce qui est nouveau, c’est qu’on peut s’appuyer sur 3 villes qui sont vraiment des villes références en la matière. On a les villes d’Amsterdam, Copenhague et Munich qui sont vraiment, chacune dans leur spécialité, des références en Europe. Par exemple, Amsterdam et Copenhague coopèrent pour la première fois sur le sujet du vélo, alors qu’elles se disputent un peu cette place de première ville européenne, voire mondiale, du vélo. Sur ce projet, elles coopèrent et partagent leurs expériences entre elles et avec l’ensemble des 10 autres villes qui ont rejoint le projet.

C’est vraiment nouveau de pouvoir s’inspirer de villes comme ça, références, et qui ne se sont pas faites non plus en un jour. Amsterdam est une ville cyclable dont on a beaucoup à s’inspirer puisque dans l’après-guerre, la ville ressemblait aux villes françaises d’après-guerre, avec beaucoup de voitures. Et un choix a été fait dans les années 1960-70, de transformer la ville, faire sortir la voiture et petit à petit y mettre plus de piétons, plus de vélos. Et ce chemin ne s’est pas fait en 5-10 ans, il s’est fait sur plusieurs dizaines, vingtaines d’années. C’est cet exemple qu’il faut suivre à Bordeaux, peut-être en allant un peu plus vite puisqu’on peut s’inspirer de ce qui a marché et moins bien marché dans ces villes là. (…)

Donc les bonnes pratiques européennes revisitées par l’ensemble de ces villes qui étaient déjà très actives au niveau du vélo.

C’est exactement ça. Dans le projet, on a plusieurs villes qui sont plus ou moins avancées, mais effectivement, il y a, on va dire 5-6 villes qui sont moins avancées et 5-6 villes qui sont un peu intermédiaires. Et on a la chance nous, de pouvoir être considérée comme ces villes intermédiaires qui peuvent inspirer des villes qui partent de plus loin et s’inspirer des villes qui sont un peu au-dessus.


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