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Don’t judge a record by its cover #54 – Aïoli

Écrit par sur 17 mai 2021

Après des heures de labeur, Amandine donna naissance le 10 mai 1980 au petit matin à Paul, dans le nord-ouest parisien. Comme pour confirmer la réalité de l’existence de son fils, Jacques s’était précipité, sitôt passé le score d’Apgar, à la mairie d’arrondissement pour déclarer la naissance de cet enfant tant souhaité. 

Jacques fut profondément ému de voir l’officier d’Etat civil manipuler un livret de famille, qui n’était autre que le livret de sa famille.  

En sortant des locaux de la mairie, Jacques s’assit sur un banc pour feuilleter les pages décrivant par le menu les composantes de cette famille qui serait donc la sienne. 

Passées les pages relatives aux « époux ou père » et « épouse ou mère » – père d’abord mère ensuite – arrivent les pages relatives aux enfants nés ou à venir : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, pour la suite on verra – on n’y est pas de toute façon.

En l’occurrence, la page consacrée au 1er enfant indique : « le 10 mai 1980 à 6 heures 32 est né Paul, Marie, André, Aïoli. »

« Aïoli »

Il ne le sait bien sûr pas encore, mais en venant au monde avec ce patronyme, Paul initie un périple semé de calembours médiocres.  

Oneohtrix Point Never – Magic Oneohtrix Point Never ● Artwork : Robert Beatty

Paul Aïoli s’est souvent interrogé sur les conditions dans lesquelles il avait appris que son nom de famille était également un nom commun : quelqu’un avait-il appris ce qu’était l’aïoli, ou l’avait-il appris de manière fortuite ? A quel âge ? Ses parents l’avaient-ils rassuré, et armé pour affronter des jeux de mots qui ne manqueraient pas de lui être adressés ? Avaient-ils retardé cette découverte ?

SPACE ODDITIES – Bernard ESTARDY -1970​/​1982 ● Artwork : La Boca

Paul Aïoli avait appris à classer les gens selon leur attitude vis-à-vis de son patronyme.

Assez tôt, la honte ou la colère avaient d’ailleurs laissé place à de la pitié pour les personnes qui se trouvaient malignes à lancer un : « ça sent l’ail ici », « Eh Aïoli, prends un chewing-gum », « Aïoli, nuit de folie » ou pour ce prof de math qui avait même osé devant toute la classe un : « réveille-toi, Aïoli ».

Finalement, la frustration résidait surtout dans le fait de ne pas pouvoir exprimer à leurs auteurs à quel point ces jeux de mots étaient mesquins, attendus et, au demeurant, assez ratés. 

Il avait en tout cas exclu de sa vie une énorme quantité de relations potentielles, du fait d’un simple calembour, et il s’est souvent demandé s’il aurait été aussi clairvoyant avec un patronyme passe-partout.

Fatima Yamaha – A Girl Between Two Worlds

Un jour, alors, que Paul Aïoli discutait avec une collègue belge qui était devenue son amie, le sujet du patronyme vint sur la table :

« Quand j’étais moutarde, lui dit-elle, une fille à l’école s’appelait Isabelle Vergedure. Personne ne se moquait d’elle. »

L’ignorance de ses camarades l’avait épargnée de leur méchanceté.

Andrew Gordon – Silhouette ● Artwork : Guthrie Thomas

Le Larousse définit l’« aptonyme » comme « le nom de famille qui semble refléter plaisamment l’occupation, professionnelle notamment, de quelqu’un. (Exemple : Mme Piedroit, podologue.) »

A plusieurs reprises Paul Aïoli, s’est interrogé sur un éventuel déterminisme des patronymes. Des travaux de recherche ont peut-être été conduits sur le sujet, dans le champ de la psychologie ou de la sociologie : il n’est jamais allé au bout de son questionnement.

Il s’est en tout cas évertué à éviter tout choix professionnel qui aurait pu faire de son nom un aptonyme.

The Green Child – Low Desk / High Shelf

Dans un geste mi Dada mi punk, Paul Aïoli s’est rendu, le jour de ses 40 ans, chez le notaire pour formaliser sa volonté de faire inscrire la recette Marmiton de l’aïoli en épitaphe sur sa pierre tombale.

En espérant, que cela ne sera pas refusé comme étant contraire à l’ordre public.

Tracklist de l’émission

  • The Green Child – Low Desk – High Shelf
  • Bernard Estardy – Asiatic Dream
  • PAINT – Flying Fox
  • Mort Garson – Baby’s Tears Blues
  • Owen Pallett – Keep The Dog Quiet
  • Oneohtrix Point Never – Long Road Home
  • Andrew Gordon – Walking The Lonely Streets
  • Good Morning – For a Little While
  • Fenster – HBW
  • Fatima Yamaha – What’s a Girl to Do
  • Lamberto Macchi – Programma Energia 
  • Trees Speak – False Ego
  • Ronald Langestraat – Orpheus

Toutes les émissions de Don’t Judge a Record by its cover sont à retrouver juste ici


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