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Les communistes français et l’URSS : des liens qui évoluent à travers l’histoire

Écrit par sur 25 mai 2021

À l’occasion du centenaire du Pati Communiste Français, nous invitons Rachel Mazuy, docteure agrégée en histoire et spécialiste des rapports des Français, en particulier des communistes, avec l’URSS, pour revenir sur la dimension internationale du communisme français.

Les communistes français et l’URSS : des liens qui évoluent à travers l’histoire

Est ce que ces liens existent depuis la fondation du Parti communiste français dans les années 20 du siècle dernier ?

Bien entendu, et c’est même avant la naissance du Parti communiste qu’on met en place des liens et des rapports, par la présence de Bolcheviks en France avant la révolution, mais aussi par des contacts qui se mettent en place avec la la naissance du Komintern. Après l’expérience révolutionnaire, on a des voyages, comme celui de Marcel Cachin par exemple, de la part de gens qui sont pas tous des socialistes proches des bolcheviks. C’est un peu le cheminement de Cachin et de Ludovic-Oscar Frossard au moment du 2ème Congrès, donc à l’été 1921. Ils vont arriver vus avec beaucoup de suspicion par les bolcheviks sur place et ils vont repartir en étant plutôt gagnés à la cause. Ils vont influencer les socialistes français dans le sens de la création d’un nouveau parti. Beaucoup de ces contacts sont clandestins, mais ils vont peu à peu s’institutionnaliser avec des délégations qui se mettent en place, par des convocations et par des des formations de militants communistes à l’École Léniniste internationale. Et ceci est le cas aussi à l’intérieur de l’École Léniniste internationale. On est vraiment face à une micro société à l’intérieur de l’URSS, c’est même s’ils ont l’occasion de pouvoir sortir de pouvoir aller visiter le pays, on est quand même sur des choses qui restent très dans un entre-soi, notamment du fait des barrières de la langue. Et là dessus, je dirais qu’il y a eu une une progressive différence entre les années d’entre-deux guerres et après la guerre, où on voit proposer des cours de russe à France-URSS, l’organisation qui prendra le relais de la Société des Amis de l’Union soviétique, créé à la suite du 10ème anniversaire de la révolution d’octobre, donc en 1927-28. Peu à peu, on voit proposer des cours de russe, même si c’est quand même une petite minorité. Mais je pense que cette minorité va nourrir en France un apprentissage de russe plus large au niveau de l’enseignement secondaire et dans les familles communistes, nombreuses des années 1940-50

Et quel était le but de ces relations initiales des communistes français avec l’URSS?

Alors tout dépend à quel niveau elles sont. Au niveau du dirigeant du parti et des organisations, il s’agit effectivement d’aller chercher des directives à Moscou, d’aller “négocier” des choses. Il s’agit aussi d’informer de ce qui se passe en France. Dans les années 20 et au début des années 30, les Komminteriens à Moscou connaissent assez mal la situation de la paysannerie française. Et donc voilà les contacts sont aussi pour dire ce qui se passait en France. Mais il y a aussi des des convocations pour faire connaître, faire savoir et faire adopter la nouvelle ligne mise en place à Moscou. Et puis après, il y a quand même le fait que l’URSS devient effectivement une entité qui est aussi présent dans la réalité quotidienne des communistes français, même pour des militants qui sont pas des des dirigeants.

Est-il possible d’identifier un moment de rupture défini en ce qui concerne les liens entre les communistes français et l’Union soviétique, ou bien est ce que c’est un éloignement qui s’est fait d’une manière graduelle, au fur et à mesure que l’URSS est devenu un régime dictatorial ?

Il y a des moments de vrai doute. Je pense qu’on peut pas non plus dire que tous les militants communistes vont être sur la même longueur d’onde à tous les moments. Le Pacte Germano-soviétique est vraiment un moment compliqué pour le Parti communiste. Parmi ses élus, beaucoup sont dans une situation complexe. Malgré tout, la majorité d’entre eux va suivre la ligne adoptée par le Parti communiste et va défendre ce pacte. Mais ça va produire des ruptures, et on va retrouver ces mêmes moments de rupture après la seconde Guerre mondiale, et pas forcément uniquement au niveau des cadres dirigeants.

Et comment évoluent les rapports entre le communisme français et les Russes après la chute de l’Union soviétique ?

Au moment où l’URSS implose on fait face à une vraie évolution. D’abord, c’est pour les vieux militants une perte de repères qui est très compliqué, y compris d’un point de vue psychologique. Vous avez des gens qui sont désorientés. Au moment où je les ai interrogés ils étaient des personnes âgées, et me disent “j’en dors plus la nuit”. Donc il y a cette dimension très personnelle. Et puis, effectivement, il y a une volonté d’entériner des évolutions déjà sensible, au sein du Parti, et puis il y a la mise en place des rénovateurs, qui font qu’on change complètement d’orientation.

Est ce que l’évolution des liens entre l’URSS et le PCF nous aide à comprendre le déclin du communisme en France ?

Je ne suis pas sûr que ce soit ça qui explique ce déclin. Évidemment, l’implosion du système communiste de l’URSS fait partie des raisons qui expliquent le déclin du PCF, mais cce n’est pas la seule. Il y a des résidents sociales et économiques comme le déclin de la population ouvrière : le PCF s’est longtemps fondée sur un discours ouvrier. Il est peut-être resté dans ce discours sans comprendre les mutations de de la société française ,et c’est pas forcément le seul parti à ce niveau. Il y a tout simplement la concurrence du parti socialiste, ça peut paraître étonnant aujourd’hui, mais il faut penser au PS après le congrès d’Épinay en 1971 qui va peu à peu prendre l’ascendant avec le programme commun et les élections en 1978. Même si elles ne sont pas gagnées, le PS a pris l’ascendant avec un discours qui sans doute plus parlant. Après il y a aussi peut être une certaine direction au sein du PCF qui peut être moins su évoluer dans le sens d’une d’une véritable ouverture.

Et aujourd’hui, est-ce qu’il existe encore des rapports entre les communistes français et la Russie ?

Au niveau de la mémoire du parti, de la mémoire des militants, c’est évident que pour les plus vieux militants, les rapports existent toujours. Il suffit de de regarder ce qui se passe quand par exemple aussi, on essaie de toucher à la station de métro Stalingrad à Paris : vous allez avoir une montée au créneau des militants du Parti communiste qui ne vont pas comprendre pourquoi pour un russe, né en URSS et émigré en France depuis une dizaine d’années, la station Stalingrad peut être quelque chose de d’assez compliqué à gérer. Parce que pour ces militants, Stalingrad représente l’Armée Rouge qui a délivré l’Europe du joug nazi, avec tout ce message utopiste et une espérance sociale qui peut encore jouer. Je n’ai pas l’impression que ce soit au niveau du PCF qu’on va trouver des liens privilégiés des dirigeants avec les les dirigeants russes, mais on peut retrouver certains militants qui défendent de ce qui se passe en Russie. Après, il y a un intérêt évident qui se traduit pour non pas l’URSS en tant que système politique, mais pour l’URSS au niveau culturel. Chez certaines familles communiste il y a cet intérêt effectivement pour la littérature russe, etc, pour la Russie comme vecteur culturel.

Le dernier ouvrage édité sous la direction de Rachel Mazuy s’intitule Moscou, Caucase été 1934. Lettres de Jean Richard et Marguerite Bloc, paru chez CRNS éditions.


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