Nantes

Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Programme musical

00:00 06:30

Current show

Programme musical

00:00 06:30

Background

Albrecht Sonntag – Nouvelle cheffe, future chancelière ?

L'édito du jeudi 10 December 2018

Nouvelle cheffe, future chancelière ?

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management. Exceptionnellement le lundi pour cause de déplacement de la rédaction jeudi dernier. Alors, qu’y a-t-il de si urgent qui ne peut attendre jeudi prochain ?

Eh bien, il y a qu’on connaît maintenant le nom de la successeure d’Angela Merkel à la présidence de l’Union Chrétienne-Démocrate allemande, la CDU. Et si Madame Merkel est en principe encore au pouvoir durant près de trois ans, je recommande fortement à certaines radios françaises de se familiariser sans perdre du temps avec la prononciation du nom de la dame en question. Répétez d’après moi : « Annegret Kramp-Karrenbauer ». Comme son nom l’indique, elle causera bien des « crampes » de mâchoires dans les salles de rédaction françaises, mais ce n’est que justice. Après tout, les Allemands ont bien eu droit à « Valéry Giscard d’Estaing » –ce n’était pas gagné non plus, croyez-moi.

Je m’y mettrai dès demain. Mais dites-nous un peu plus sur cette femme, peu connue en France, mais qui risque donc d’être, en 2021 ou même avant, candidate à la Chancellerie.

Déjà, le fait qu’une femme puisse en cacher une autre à la tête d’un des plus grands partis conservateurs d’Europe, c’est en soi remarquable. Deux tiers des 1001 délégués qui sont passés au vote vendredi dernier étaient des hommes, comme l’étaient les deux tiers des trois candidats en lice. De toute évidence, le genre n’est plus un critère. Sans doute l’un des héritages les plus marquants d’Angela Merkel.

Bien sûr, Annegret Kramp-Karrenbauer n’est pas venue de nulle part. Née en 1962 – excellent millésime, soit dit en passant – elle a fait une carrière politique rectiligne dans sa Sarre natale. D’abord au conseil municipal de la ville de Püttlingen, puis dans le parlement régional, puis à la tête de ce petit Bundesland frontalière de la Lorraine et du Luxembourg. Elle le dirige depuis 2011, d’abord brièvement dans une coalition avec les libéraux et les écologistes, et depuis 2012, avec les Sociaux-Démocrates.

Et en début de cette année, elle a accepté le poste de secrétaire-générale de la CDU, sous l’impulsion d’Angela Merkel, déjà en train de mettre en selle une confidente pour lui succéder à la tête du parti.

C’est donc chose faite. Mais si j’ai bien suivi les infos, sa victoire était tout de même assez juste.

Très juste, même. Elle a obtenu moins de 52% des suffrages, ce qui montre que ce parti reste très divisé entre deux positionnements incompatibles. Celui, représenté par l’autre candidat principal à la présidence, Friedrich Merz, qui préconise une « droitisation » assez raide après les années Merkel, marquées par une politique centriste qui comportait, pour beaucoup de conservateurs, bien trop d’emprunts à la gauche modérée. Puis celui, défendu par Madame Kramp-Karrenbauer, d’une continuité de principe du centrisme merkelien, car selon ce camp, c’est au centre que se gagnent les élections, pas en faisant des concessions au discours de l’extrême-droite. La nouvelle présidente aura fort à faire à réconcilier tout le monde malgré ces fissures idéologiques.

Mais ce qui m’a frappé le plus en parcourant les différents articles de la presse internationale consacrés à la nouvelle tête de la CDU, c’est la certitude avec laquelle tout le monde affirme qu’elle sera, en toute vraisemblance, la prochaine chancelière.

J’ai envie de dire : pas si vite ! Certes, la CDU, fondé en 1945 a donné à la République fédérale cinq chanceliers, parmi lesquels Konrad Adenauer, Helmut Kohl et Angela Merkel. Elle a été au gouvernement pendant 49 ans sur 69, interrompue seulement par deux intermèdes sociaux-démocrates sous l’égide de Willy Brandt et de Helmut Schmidt, puis de Gerhard Schröder. Et vu l’état actuel de la social-démocratie allemande, il est vrai que Mme Kramp-Karrenbauer n’a pas beaucoup de concurrence à craindre de ce côté-là.

Mais 2021 est loin, et beaucoup de choses peuvent se passer d’ici là. Si l’accélération du changement climatique se poursuit, si la pollution des grandes villes ne baisse pas en raison du lobby automobile, si la crise du logement s’intensifie, la CDU pourrait payer cher ses longues années au pouvoir. Et affronter tout d’un coup un autre adversaire : les Ecolos ! Etant donné la fragmentation du paysage politique, il est fort probable qu’aux prochaines élections, 30% des votes suffisent pour sortir en tant que vainqueur. Pour les Verts allemands, ce sera certes difficile, mais ce n’est plus impossible.

Et pour les journalistes français, ce serait un grand soulagement : Robert Habeck, le nom de l’actuel chef de file des verts, c’est quand même plus facile à prononcer, non ?

La matinale d’Euradio

Débutez la journée avec l'essentiel de l'info européenne !

More info