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Édito de Marc Tempelman : La Théorie des cygnes noirs

1 October 2019

Nous accueillons Marc Tempelman, un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui vise à aider les Européens à épargner plus et mieux, via son application d’épargne simple & sécurisée. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc, de quoi allons-nous parler aujourd’hui ?
 
Bonjour Simon. Je me disais qu’il pouvait être intéressant pour nos auditeurs d’illustrer la théorie du Cygne Noir à la lumière d’évènements géopolitiques récents. Qu’en pensez-vous ?
 
Très bien, que dit-elle cette théorie ? 
 
La théorie du Cygne Noir a été développée par le statisticien Nassim Nicholas Taleb, qui a publié un essai du même nom. Dans ce livre il défini comme cygne noir un événement à priori imprévisible, mais qui, s’il se réalise, a un impact considérable et exceptionnel. Taleb argumente dans son essai qu’en finance et notamment sur les marchés financiers, ces événements sont souvent sous-évalués. Dit autrement, les investisseurs sous-estiment la probabilité, faible mais non nulle, et l’effet, massif, que ces événements rares peuvent avoir.
 
Et quel est le rapport avec un cygne noir ?
 
Eh bien, la métaphore vient du fait que pendant très longtemps, les hommes étaient convaincus que tous les cygnes étaient blancs, dans la mesure où tous les témoignages récoltés jusqu’alors n’avait fait état que de cygnes aux plumes blanches. Cette conviction forte, montre la fragilité de nos systèmes de pensée. Il a suffit de découvrir l’existence de quelques cygnes noirs, en Australie Occidentale à la fin du 17ème siècle, pour réfuter la logique tout entière, qui était pourtant universelle. 
 
D’accord, je comprends mieux, donc comment reconnaît un phénomène de cygne noir ?
 
Un événement cygne noir possède trois critères :
  • l’événement est inattendu ;
  • il a des conséquences majeures ;
  • et après le premier exemple de cet événement, il est rationalisé à posteriori, comme si on avait pu s’y attendre.
 
L’exemple que Taleb utilise dans son récit est celui d’une dinde que l’on nourrit chaque jour dans le but de la manger à Noël. De son point de vue, la dinde se fait une idée de la vie qui se résume à « on va me nourrir tous les jours jusqu’à ma mort naturelle, et cela ne changera jamais. » Chaque jour qui passe semble confirmer cette prévision, mais la rapproche paradoxalement du « cygne noir » de son exécution la veille de la fête.
 
Et appliqué à la finance, cela donne quoi ?
Il y a de nombreux exemples de cygnes noirs, mais pour illustrer mon propos, rien de tel que le contexte de marché actuel. Les investisseurs sont depuis plusieurs trimestres focalisés sur la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et le risque du Brexit. Mais ils ont été très largement surpris par les attaques de drones sur les installations pétrolières en Arabie Saoudite au début du mois. Ces attaques ont réduit la production de pétrole du pays de moitié. Et c’est ce qui a donné lieu à une hausse de 20% du prix du baril en un seul jour, la plus importante hausse depuis l’invasion du Kuwait par Saddam Hussein en 1990.  
 
Peu d’acteurs avaient positionnés leurs portefeuilles d’investissements pour ce risque spécifique, et l’aisance avec laquelle une si grande partie de la production mondiale de pétrole à pu être mis en danger a pris les marchés par surprise.
 
Comment se protéger contre ces événements par définition inattendus ?
 
C’est très difficile de se défaire du biais cognitif qui fait que lorsque nous ne voyons que des cygnes blancs autour de nous, nous avons tendance à en déduire que tous les cygnes sont blancs. En finance, il s’agit d’essayer de se protéger contre les scénarios inattendus en diversifiant ses placements et de reconnaître que nous sommes tous sous l’influence potentiel de ce biais cognitif. Se rappeler régulièrement qu’il y aura, de temps à autre, des événements inattendus est en soi une étape importante pour l’épargnant prudent.