Euradio

A Nantes

Current track

Title

Artist

Current show

Current show

Background

Edito d’Erwan Quinio – Le changement d’Heure : l’Europe hors délai s’élimine elle-même

L'édito du vendredi

Europe’s coming : Saison 2, épisode 5 « Le changement d’Heure : l’Europe hors délai s’élimine elle-même »

Bonjour Simon,

Winter’s coming, en France comme en Europe. Et ce matin avec un petit retard à l’allumage, je voulais revenir sur le changement d’heure. Non pas que ce débat sur le changement d’heure est absolument centrale dans notre vie quotidienne, quoiqu’il ait bien des conséquences pratico-pratiques mais tout simplement parce que la manière dont l’Europe traite le problème est absolument éclairant sur tout ce dont elle souffre aujourd’hui : à savoir, une incapacité décisionnelle. L’Union européenne est neutralisée, liée par mille files qui l’enlace, et la paralyse. A chaque fois qu’elle bouge, un fil se tend et la rejette au point de départ. Conséquence directe et immédiate d’une situation devenue ingérable, l’Union européenne reste immobile. On le savait pour les grands sujets, la fiscalité, les questions budgétaires, la crise migratoire. Mais cette histoire d’horloge illustre parfaitement comment même les décisions modestes relèvent désormais du parcours du combattant pour l’Union européenne, telle qu’elle existe.

Ce débat sur le changement d’heure avait pourtant bien commencé et de manière exemplaire même ?

En charge de cette compétente depuis les années 90, la Commission européenne pris le soin de mettre toutes les chances de son côté. Une grande enquête fût décidée. La consultation devait infirmer ou vérifier l’opinion des européens. Et pour le moins que l’on puisse conclure, c’est que le résultat invitait à passer des paroles aux actes. Le résultat fût sans appel. 84% des 4,6 millions de réponses recueillies plaidaient pour la fin du changement d’heure. L’idée émise dès le XVIIIème siècle de tenir compte au plus juste de la luminosité s’avère dans les faits assez problématique. Les modestes économies d’énergie compensent à peine les surcoûts de chauffage et de climatisation. Pour de nombreuses catégories de la population, les bébés, les enfants, les personnes âgées notamment, l’adaptation deux fois l’an à ces changements d’horaire revêt quelque chose d’abrupt et de brutal dont ils mettent plusieurs jours à se remettre totalement. L’Europe pouvait donc en finir et remettre les pendules à l’heure dès 2019.

Sauf que c’était sans compter sur la zizanie européenne ?

Zizanie, le mot est même faible tant la pagaille fût grande dès la première réunion informelle des ministres européens en charge des transports. L’urgence serait d’attendre. 2021 a minima. « Nous avons besoin d’un débat public approfondi » prétendirent-ils tous en cœur.

Certes, le changement d’heure est assez technique. Il a des répercussions immédiates pour les transfrontaliers, pour le secteur aérien aussi. Mais à la vérité, trois États européens sont contre  : la Pologne, la Suède et le Royaume-Uni. On ne s’attardera pas ici sur les raisons de leur inquiétude, certaines sont sûrement valable. Mais une fois de plus, l’Union européenne est pris en otage par une petite minorité de blocage.

C’est la démocratie européenne qui dysfonctionne ?

Oui, c’est même plus grave que cela. La démocratie européenne court à sa perte. Sensé faire avancer les 28 à la cadence de l’intérêt général, elles annihile toute avancée, si minime et consensuel soit-elle. Qui sera là en 2021 pour s’assurer que la mesure soit suivie d’effet ? Ni le patron de la Commission européenne, il quittera son poste à la suite de l’élection européenne, ni un grand nombre de ses ministres des transports rassemblés autour de la table européenne. Et allez, disons qu’en 2021, la décision soit actée, cela ne clôturerait pas le débat. Car les pays européens devront choisir entre heure d’été et heure d’hiver ! Et nous voilà repartis pour d’interminables palabres. Tel est l’Etat de l’Union européenne, une union qui porte de plus en plus mal son nom. L’élargissement à 28 était le sens de l’histoire mais garder en même temps la règle de l’unanimité en son sein comme mode de gouvernance est en train de la tuer à petit feu. Nos dirigeants devraient le comprendre. L’unanimité joue contre la démocratie en l’handicapant de la sorte. Rendons-nous compte que la planète ne nous attend plus. Alors que le monde court, l’Europe piétine. Devant un tel spectacle, les chinois, les américains et les russes doivent se faire des gorges chaudes. Ils n’ont rien à craindre des européens. Hors délai sur les petits sujets comme les grands, nous nous éliminons tout seuls.

La matinale d’Euradio

Débutez la journée avec l'essentiel de l'info européenne !

More info