Nantes

Euradio

Morceau en cours

Titre

Artiste

Current show

Novorama

20:00 21:00

Current show

Novorama

20:00 21:00

Background

L’édito d’Albrecht Sonntag – Projections parlementaires

Aujourd’hui, on se projette quatre mois en avant en anticipant le parlement européen qui sortira des élections à la fin du mois de mai.

Exactement. Je me suis plongé un peu dans les différentes projections sérieuses qui circulent. Certes, comme disait Woody Allen ou Mark Twain ou Albert Einstein, je ne sais plus trop, « les pronostics, c’est difficile, surtout quand ils concernent l’avenir ». Et en France, vu le déroulement de la dernière campagne présidentielle, on est bien placé pour le savoir.

Mais cela n’empêche pas les experts en sciences politiques et comportement électoral dans les think-tanks d’analyser les tendances lourdes qui travaillent le corps électoral dans les vingt-sept Etats-membres restants et de dessiner ainsi le portrait-robot du visage que prendra le prochain parlement.

Les résultats auxquels ils arrivent ne sont pas forcément ceux que nous annoncent les hommes et femmes politiques partis en campagne.

Ces derniers, afin de mobiliser un électorat traditionnellement peu attiré par ces élections, cherchent à ériger des manichéismes, à construire des clivages. Pour les uns, tendance pro-européenne, libérale, plutôt centriste, le scrutin est un moment où les « progressistes » doivent défendre l’Europe contre les « nationalistes ». Pour les autres, tendance europhobe, plutôt situés sur les extrêmes de l’échiquier, c’est enfin l’heure de la revanche sur « l’Europe des technocrates de Bruxelles », c’est l’avènement de la « vraie Europe » faite d’alliances entre Etats-nations souverains, prête à démanteler celle qui existe et qu’ils considèrent comme une aberration.

Pas besoin que je vous fasse des badges nominatifs, vous avez déjà reconnu les protagonistes principaux.

Relance :

Effectivement, ce n’est pas bien difficile à deviner, surtout en France. Mais je sens que vous n’êtes pas d’accord avec cette façon de voir les choses.

Non, le combat final entre le Bien et le Mal, on va le laisser à la Guerre des Etoiles ou à Harry Potter.

En Europe – et c’est là à la fois sa malédiction et son charme – tout est toujours plus compliqué qu’il ne semble. Et au contraire de l’opposition binaire qu’invoquent certains acteurs politiques, ce qui se dessine, c’est plutôt une fragmentation à outrance au sein du futur hémicycle européen.

Selon une note très équilibrée de l’Institut Jacques Delors, la montée des extrêmes, dont on parle beaucoup, restera très limitée. Pas seulement parce qu’ils représentent déjà 20% depuis 2014, mais aussi parce qu’ils auront du mal à compenser entièrement le départ des europhobes Britanniques, un contingent significatif de 45 députés à eux tout seuls – plus que le double d’un pays moyen comme la Suède, la Hongrie, ou la Grèce !

Pour Andrew Duff, le plus connu des fédéralistes britanniques – si, si, ça existe – le départ de ses compatriotes est même, je cite, « un cadeau d’adieu ». Il considère que le parlement n’en sera que plus stable. Même à gauche, le départ de la vingtaine de députés travaillistes – autant que la Belgique toute entière – repositionnera la social-démocratie plus clairement à gauche et la rendra plus intégrationniste.

Ceci dit, tous les pronostics actuels basés sur des intentions de vote convergent vers un affaiblissement continue des deux blocs principaux du parlement – la droite modérée et la gauche social-démocrate. Cela rendra les majorités un peu plus difficiles à construire et cela augmentera sans doute sensiblement le poids relatif des centristes libéraux (auxquels se joindra, peut-être, le nouveau contingent de La République en Marche) et, qui sait, des Verts. Ces derniers pourraient peut-être créer une surprise en Europe de l’Ouest, mais comme ils sont quasi-inexistants dans la majorité des pays d’Europe centrale et orientale, ils auront beaucoup de mal à percer réellement, comme ils l’ont fait récemment en Bavière ou au Luxembourg.

Relance :

Je m’aperçois que vous n’avez à aucun moment utilisé le mot « populiste » dans ce panorama.

Parce que c’est un terme qui ne contribue guère à la clarté conceptuelle du débat. Si une bonne fée m’offrait trois vœux en vue d’un assainissement du débat politique lors de ces élections à venir, je crois que je lui demanderais de faire disparaître du discours médiatique les expressions 

  • « populiste », qu’on mélange à trop de sauces pour qu’elle veuille encore dire quelques chose ;
  • « la vraie Europe », que chaque camp définit à sa manière, et qui n’est jamais celle qui existe réellement ;
  • et surtout, surtout « eurosceptique », ce mot noble, perverti par les europhobes pour rendre leur haine fréquentable. Et les médias, dans une innocence affligeante, rentrent dans leur jeu en utilisant cette étiquette en permanence.

Relance :

Vous nous avez déjà fait un édito sur ce mot, je m’en souviens !

Eh bien, il est malheureusement toujours d’actualité.

Et si on commençait par bannir ce mot au sein de la rédaction d’Euradio ?