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Le RN et les européennes 

Eugène Sandoz

Bonsoir Emmanuelle Reungoat.

Vous êtes Maîtresse de conférences en Science politique à l’Université de Montpellier, spécialiste des partis politiques extrêmes en Europe. Et justement, le FN devenu Rassemblement national à lancé ce dimanche sa campagne pour les élections européennes. Que nous apprend donc cette journée de lancement Emmanuelle ?

On peut tirer 3 enseignements à mon sens et si le parti a changé de nom, il n’a pas changé ses pratiques :

Les élections européennes servent les stratégies nationales du partir de Marine Le Pen. On retrouve un usage classique de l’élection. Les européennes sont souvent utilisées, tout parti confondu pour servir des stratégies électorales et des stratégies d’image.

Au FN, il s’agit d’élargir sa base électorale à droite et d’attirer les souverainistes. Pour ce faire, on met en avant des têtes des listes symboliques, comme Thierry Mariani qui vient de la droite de gouvernement. Une prise symbolique pour Marine Le Pen

Et des jeunes pousses pour donner à voir une image de renouveau et de modernité. C’est le choix de Jordan Bardella en tête de liste. Pur produit de l’appareil FN. Cette manière d’utiliser les élections européennes pour attirer un électorat et travailler son image n’est pas nouvelle au FN :

On peut se souvenir que lors de la campagne européenne de 1999, le FN affronte les listes de C. Pasqua et P. de Villiers et cherche déjà à monopoliser l’électorat souverainiste. J.M Le Pen est alors tête de liste aux côté de …Charles de Gaulle. Et oui, le petit-fils du général. Ce qui ne va pas sans produire de remous dans un parti traditionnellement anti-gaulliste.

Qu’à cela ne tienne ! Le FN fait régulièrement depuis des appels du pied à l’électorat gaulliste de droite et critique de l’Europe.

En 2012, lors des élections présidentielles, le Rassemblement Bleu Marine était déjà censé « rassembler » donc au-delà du FN.  C’étaient alors des figures du mouvement souverainistes qui étaient mises en avant, telle que Paul Marie Couteaux qui devient porte-parole de M le pen pendant la campagne.

Rien de nouveau sous le soleil donc !

Sur ce plan donc, le RN garde donc la même stratégie que le FN. Quel est le second enseignement ?

Le discours de Marine Le pen confirme qu’enjeux européens et enjeux nationaux s’entrelacent de plus en plus.

Car ce sont 2 objectifs qu’à fixé dimanche la présidente du RN à l’élection européenne :

  • le 1 er est national. Il s’agit d’en faire une élection de sanction d’E. Macron. On retrouve une nationalisation classique des enjeux de l’élection européenne. Autrement dit, on en fait une élection nationale intermédiaire, où chacun évalue son poids et sa position dans les rapports de force hexagonaux.

  • Mais il s’agit aussi pour le FN désormais de porter une stratégie politique européenne. Marine Le Pen vise à rassembler un groupe conséquent au parlement européen avec ses alliés italiens, autrichiens et hollandais. Elle l’a dit. Alors, une influence forte des droites radicales dans le nouveau PE sera peu probable au vu de leurs divergences et parce que leurs eurodéputés sont en général peu investis dans la vie parlementaire européenne. Néanmoins, il est important pour Marine le Pen de montrer une stature de leader politique à l’échelle européenne. Ces alliances européennes lui offrent une reconnaissance difficile à acquérir à l’échelle nationale, où depuis les années 1990, le périmètre républicain interdisait toute alliance avec le FN. On voit combien la lutte politique s’est européanisée.

Lors de l’élection européenne, lutte politique nationale et européenne s’articulent désormais.

Une européanisation des enjeux nationaux plutôt qu’une nationalisation des enjeux européenne donc… et le dernier enseignement ?

On voit dans ce lancement de campagne que le RN mise gros sur l’élection européenne. Là aussi, c’est une continuité parfaite avec le FN.

L’élection euro est en effet traditionnellement favorable au FN pour 3 raisons :

  • le mode de scrutin proportionnel

  • le fait que, depuis une dizaine d’année, le FN a peu de concurrence à droite sur son discours critique de l’UE.

  • l’élection européenne est toujours perçue comme une élection à faible enjeux. C’est sans doute parce que le parlement a longtemps eu peu de pouvoir. C’est donc une échéance ou les électeurs tendent à voter pour les outsiders et sanctionner les grands partis.

En 2019, la stratégie du RN est donc continuer à faire de l’UE un tremplin pour gagner de l’espace et de la légitimité dans la compétition nationale.

La grande inconnue de l’élection, pour le FN comme pour les autres, reste l’abstention, qui est la grande gagnante traditionnelle des élection euro depuis 1999.

Qui sait, peut-être que le Brexit, les nombreuses thématique européenne de l’année passée, et le développement d’Euradio en France et bientôt en Europe auront raison de l’abstention. En tout cas, on ne peut que l’espérer !