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L’édito d’Albrecht Sonntag – « Anti-européen ? Moi ? Jamais ! »

L'édito du jeudi 28 March 2019

[PODCAST]

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management, à Angers.

Alors, il semble que vous ayez un problème d’agenda aujourd’hui ?

Oui, c’est bizarre. J’ai dû me tromper quelque part, puisque mon calendrier indique toujours que fin mars 2019, au Royaume-Uni, on devait acter le Brexit et en France, on devait être en pleine campagne électorale pour les européennes. Il se trouve que jusqu’à nouvel ordre, il n’y a ni l’un ni l’autre.
Bon, on ne sait jamais. Cela se trouve que les choses s’accélèrent un peu cette semaine. En tout cas, il faut retenir qu’à Westminster, les députés britanniques débattent d’arrache-pied une mention après l’autre comme s’ils étaient payés au vote, et qu’à Paris, la République en Marche s’est enfin mis … en marche.

De quoi s’attendre à une vraie campagne électorale pour les deux mois qui nous séparent du scrutin ?

Oui, on peut l’espérer. Il reste tout de même pas mal d’inconnus.
Pour commencer, il sera intéressant d’observer si la sortie du « Grand débat national » occultera les enjeux des élections européennes ou si les deux événements se recoupent, voire même se fondent partiellement. Sur la thématique de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique, par exemple, il devrait y avoir convergence. Sinon, ce serait une incohérence flagrante, vu qu’il s’agit d’un sujet par définition transnational et fortement dépendant de la législation européenne.
A voir également si l’intérêt de principe de la part de nos concitoyens – 74% se déclarent intéressés selon le récent sondage du CEVIPOF – finira par se traduire par une participation significative – le même sondage indique qu’ils ne sont que 42% à être fermement décidés à aller voter. Ce qui correspondrait exactement au très médiocre taux de participation moyen d’il y a cinq ans.

Comme à mon habitude, je serai pour ma part, durant ces deux mois à venir, particulièrement sensible à l’évolution du vocabulaire employé. Cela fait un moment que je vous bassine avec ma fixation sur l’emploi inflationniste et parfaitement erroné des termes « eurosceptique » et « euroscepticisme », et je vous remercie au passage de l’éviter autant que possible dans vos émissions.

Permettez-moi de revenir ce matin sur ce champ sémantique. Car je prends le pari que du côté « europhobe » de l’échiquier politique – là où se trouvent le Rassemblement National, Debout la France, les Patriotes de Florian Philippot ou encore l’Union Populaire Républicaine de François Asselineau, sans parler de quelques groupuscules d’extrême-gauche – tout le monde aura à cœur de démentir fermement d’être « europhobe » ou « anti-européen ». Au contraire, ils réclameront tous de représenter, eux, l’idée de « la vraie Europe », qu’ils s’empresseront de définir comme étant celle des coopérations ad-hoc entre Etats-nations souverains. On entendra beaucoup parler d’Airbus, cité en permanence comme contre-exemple contre « l’Europe des technocrates ».

Mais opposer l’Europe intergouvernementale et l’Europe supranationale n’a guère de sens, puisque les deux coexisteront encore pour un bon moment dans les institutions actuelles.
Bien sûr. Et n’oublions pas non plus qu’il est certes un peu lourd et franchement déconnecté des réalités de faire de la souveraineté nationale une valeur non-négociable et le salut absolu, mais cela reste une position parfaitement légitime dans un débat pluraliste.
Ceci dit, ce que la bataille lexicale pour « la vraie Europe » révèle, c’est surtout qu’il est hautement impopulaire, même auprès d’un électorat qui se méfie de « Bruxelles », de se déclarer ouvertement « anti-européen ». Faire campagne sur la nécessité du « Frexit » ou le retour à une monnaie nationale, cela aurait certes le mérite de la cohérence, mais cela ne fera pas gagner des voix, bien au contraire.

Sur le plan rhétorique, les pourfendeurs de l’Union européenne seront donc amenés à faire preuve d’un certain équilibrisme. Vilipender l’Europe existante tout en revendiquant un retour à « la vraie Europe », alors que cette dernière existe partiellement dans la première – bon courage !
Sur la base de ces réflexions, formulons deux conclusions provisoires à ce stade de la campagne :

  1. L’Union européenne a ses travers, ses faiblesses et ses défauts de construction, mais la rhétorique anti-européenne a ses limites.
  2. A un moment où les discours négatifs, agressifs, complotistes et réactionnaires pullulent, la construction européenne reste, par définition, une entreprise positive, optimiste et tournée vers l’avenir.

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