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L’édito d’Albrecht Sonntag – L’attentat au couteau de Pawel Adamowicz du 13 janvier 2019

28 February 2019

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management, à Angers.

Il y a six semaines, le 13 janvier, le maire de la ville de Gdansk, Pawel Adamowicz, a été assassiné au couteau en pleine cérémonie d’inauguration d’un festival caritatif. Qu’est-ce qui vous fait revenir aujourd’hui sur cet attentat ?

 

Ce genre de choc brutal soulève des émotions très fortes, partagées rapidement au-delà des frontières nationales à travers les médias et les réseaux sociaux. Mais nous le savons bien : à l’époque de l’overdose permanente d’information, une « news » spectaculaire chasse l’autre sans pitié, et une fois l’émotion « consommée », on passe à autre chose et on oublie très vite.

Faites le test sur internet : la recherche « maire de Gdansk » vous donnera un grand nombre de documents entre le 14 et le 18 janvier, puis … plus rien ou presque.

Raison de plus de revenir, après un temps de réflexion et d’échange, sur un tel événement, afin de le mettre en perspective.

Rappelons donc rapidement les faits : maire populaire et plusieurs fois réélu d’une ville de 500 000 habitants, Pawel Adamowicz, qui avait 53 ans, était aussi un symbole, pour une attitude ouverte et humaniste dans un pays de plus en plus replié sur une idéologie fermée et nationaliste. Il ne va pas de soi, dans la Pologne de 2019, de défendre la protection des minorités LGBT ou l’impératif humanitaire de l’accueil de réfugiés. 45 000 citoyens ont tenu à lui rendre hommage lors de ses obsèques.

C’est en raison du caractère emblématique de cette personnalité qu’il y a eu, parmi les nombreux commentaires de la mi-janvier, beaucoup de voix qui ont placé ce crime dans le contexte du climat haineux qui domine la politique du pays depuis quelques années. Alors même qu’il ne s’agissait pas, au sens strict du terme, d’un assassinat politique. Le meurtrier, un homme de 27 ans, n’avait au préalable été condamné que pour des braquages mineurs. Son cas semble davantage relever de la psychiatrie que du crime politique.

 

N’est-il alors pas problématique de donner une dimension politique à ce qui ne serait qu’un tragique fait divers ?

 

Justement, j’avais envie de creuser un peu. Quand on accuse le gouvernement actuel, qu’on peut raisonnablement placer à l’extrême-droite de l’échiquier politique, d’avoir instauré une atmosphère de haine et de paranoïa, n’est-on pas en train d’instrumentaliser un événement tragique de manière presque cynique ?

Je suis donc allé à la pêche aux points de vue équilibrés et posés en activant mon modeste carnet d’adresses polonaises. Et les réponses que j’ai eues, parce qu’elles sont calmes et réfléchies, sont particulièrement attristantes. Je vous en livre trois qui m’ont marqué, tels quels.

 

Allez-y, on vous écoute.

 

D’abord un ami qui habite lui-même Gdansk : « Je vois combien la division entre les gens est profonde. J’ai des amis dans les deux camps qui s’affrontent, et rien que sur facebook, je constate à quel point ils vivent dans leur bulle respective. Personne n’écoute plus l’autre. Même les progressistes libéraux trahissent leurs propres idées en adoptant des positions intolérantes, en perdant leur équilibre. »

Ensuite, une jeune collègue qui enseigne dans la ville de Poznan. Elle m’écrit : « J’ai demandé à mes étudiants. Parmi eux, il y a deux groupes : ceux qui tournent le dos à la politique et au débat public pour éviter tout conflit. Et ceux qui sont radicalisés, quel que soit leur camp. La seule chose qu’ils ont en commun est de mettre en question la démocratie en tant que régime fonctionnel. »

Puis, un bon copain plus âgé, anthropologue de renom, qui a bien connu la dictature soviétique. Pour lui, « la télévision publique est devenue une machine de propagande parfois digne de Goebbels. Je n’arrive plus à l’écouter, et quand ça m’arrive, je la trouve bien pire qu’à l’époque communiste. La presse est encore libre, mais il n’y a plus de débat entre les différents groupes, même pas au parlement. Quand ils s’affrontent, c’est dans la haine, que ce soit dans la rue ou les réseaux sociaux. Les extrémistes et leurs exactions symboliques sont désormais tolérés, et leurs paroles ouvrent la voie à des actes. »

 

On comprend que cela vous ait marqué…

 

Effectivement, cela me renvoie à un mot clé qui revient régulièrement dans mes éditos, celui de la « polarisation ». Que ce soit en Turquie, aux Etats-Unis, en « Brexitland », ou en Pologne, la polarisation, quand elle devient diabolisation de l’adversaire, ouvre des plaies qu’il prendra des générations à cicatriser.

 

 

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