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L’édito d’Albrecht Sonntag – Les 3 ans d’anniversaire du Brexit

 

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management, à Angers. Triste anniversaire hier : c’est le 20 février 2016, il y a trois ans exactement, que David Cameron, le premier ministre britannique de l’époque, a annoncé que se tiendrait, quatre mois plus tard, un référendum sur ce qu’on appelle désormais le Brexit.

 

Eh oui, triste anniversaire, dont les circonstances méritent d’être rappelées. Car elles disent long sur le leadership du parti conservateur, qui tout en se déclarant ô combien patriote et défenseur de la patrie, donne systématiquement la priorité aux intérêts de leur parti, quitte à sacrifier les intérêts du pays et de sa population.

Rappelons donc que Monsieur Cameron, qui en appelant au référendum cédait à la pression de la frange la plus europhobe de son parti et des médias, osait quand même « vendre » cette défaite comme un vrai succès personnel, puisqu’il avait réussi à renégocier un certain nombre de points litigieux avec Bruxelles. « A good deal », selon ses propos de l’époque. Maintenant, ce qui se dessine, c’est un « no deal at all ».

Rappelons aussi qu’il disait, dans sa déclaration, que le choix à faire allait « droit au cœur du genre de pays que nous voulons être et l’avenir que nous voulons pour nos enfants » ; et que quitter l’Union européenne « menacerait notre sécurité économique et nationale ». Il ne croyait pas si bien dire.

Rappelons enfin qu’il s’était, dès 2013, pour des calculs électoraux et dans l’espoir de contrer l’émergence du parti indépendantiste UKIP, mis lui-même dans un piège stupide en annonçant qu’en cas de réélection, il finirait bien par offrir aux Britanniques un référendum sur leur appartenance à l’Europe communautaire.

Franchement, s’il avait été un genre d’agent double, téléguidé pour détruire la cohésion sociale de son pays et le plonger dans un désarroi paralysant, il ne s’y serait pas pris autrement.

 

Vous n’allez quand même pas donner dans la théorie du complot maintenant ?

 

Non, non, rassurez-vous. Mais ce comportement volatile, sans conviction profonde ni colonne vertébrale, m’a rappelé mes lectures des années 1970 et 80, ces romans d’espionnage du temps de la Guerre Froide, dans lesquels à peu près tout le monde était suspecté d’être une « taupe », au service d’une puissance étrangère malveillante. Le maître en la matière, le grand spécialiste des agents-double, c’était John Le Carré.

David Cameron aurait été un casting idéal pour un scénario développé par John Le Carré. Carrément trop bon pour être vrai. Les « taupes » les plus efficaces ont toujours une apparence inoffensive, elles sont sous-estimées par tous. Personnalités plutôt médiocres, elles ne sont pas stupides mais pas brillantes non plus, parfois maladroites et presque touchantes de par leur gaucherie. Leurs fausses identités ont été construites pendant des années avec tant de patience, qu’elles sont devenues totalement crédibles, convaincantes, évidentes.

Vous vous souvenez de la scène surréaliste lorsqu’il annonce sa démission suite à la défaite au référendum, puis s’en va en sifflotant joyeusement, comme quelqu’un qui est content du travail accompli ?

J’ai peut-être lu trop de romans d’espionnage quand j’étais jeune, mais à ce moment-là, on était presque plus dans la fiction que dans le réel.

 

Et aujourd’hui que le réel rattrape la fiction de manière douloureuse pour toutes les parties prenantes, que devient David Cameron ?

 

Oh, ne vous inquiétez pas, il va très bien. Il a installé dans son jardin une petite roulotte de luxe au prix de 30 000 Euros pour y écrire ses mémoires. Je ne pense pas qu’il l’ait cherché sur Le Bon Coin…

Il n’y a aucun souci à se faire pour lui. Contrairement aux ouvriers de Swindon, où Honda vient d’annoncer la fermeture de son usine et la suppression de 3500 emplois, sa fortune ne sera guère impactée par les conséquences du Brexit.

Avec tous les atermoiements et les tergiversations auxquelles nous a habitués depuis deux ans et demi sa successeure Theresa May, on était déjà en train d’oublier David Cameron. Mais comme je disais au début de cet édito, le triste anniversaire de son « exploit », rendu possible par sa faiblesse initiale, son manque de conviction personnelle, et sa désinvolture finale, mérite d’être rappelés.

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