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L’édito de Constantin Pavléas – La 5G, les suspicions autour de Huawei et le rôle de l’Europe

L'édito du mardi 19 February 2019

Huawei, créée en 1987, par un ancien colonel de l’armée populaire chinoise, devenu en trente ans le n°1 mondial dans le secteur des équipements télécom, capable de fabriquer toutes les infrastructures, et le 3ème fabricant de smartphones, fait actuellement face à une énorme défiance.

En décembre dernier, la directrice financière de Huawei, n°2 du groupe et fille du fondateur, a été arrêtée au Canada sur des allégations de violation de l’embargo américain en Iran. Dernièrement, à une semaine de l’ouverture du World Mobile Congress, le salon mondial des technologies mobiles qui se tient tous les ans à Barcelone, un employé de Huawei en Pologne a été arrêté sur base d’allégations d’espionnage.

La semaine dernière, Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain et ex-directeur de la CIA s’est rendu en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, 3 pays « amis » de la Chine pour marteler que Huawei est le Cheval de Troie de la Chine dans les réseaux de télécommunications. Cette position n’est pas nouvelle, les États-Unis ont banni les infrastructures de Huawei en raison de craintes d’espionnage et de portes dérobées qui seraient cachées dans la technologie de l’équipementier chinois laissant la possibilité aux services chinois de surveiller les télécommunications. Mais sur fond de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le ton est monté d’un cran.

Par la voix de son secrétaire d’État, les États-Unis lancent un avertissement aux Européens : choisir Huawei pourrait limiter la possibilité de se fournir en technologie américaine. Ce message a également été relayé par le vice-président américain, Mike Pence, lors de la conférence sur la sécurité qui s’est tenue le 15 février à Munich, en présence de chefs d’état et de gouvernement et de représentants des superpuissances mondiales. M. Jiang Jiechi, membre du Politburo chinois, a fermement rejeté les accusations d’espionnage et conseille aux Européens de choisir « la voie de la sagesse », à savoir ne pas plier au bras de fer américain.

Et l’enjeu est colossal. Alors que le monde s’apprête à basculer dans la technologie 5G, le réseau qui permettra de connecter les objets entre eux, le déploiement de la voiture autonome, la santé connectée, et pléthore d’autres applications tant civiles que militaires, les opérateurs télécom doivent mettre en place les infrastructures idoines.

Et hormis Huawei, il n’y a pas foule aux portillons. Seuls les Scandinaves Ericsson et Nokia sont capables de fournir ces technologies mais aucun d’eux n’a la maîtrise totale de toute l’infrastructure. Les opérateurs télécom s’inquiètent et estiment que l’Europe accusera un retard de deux à trois ans dans le développement de la 5G sans Huawei.

En effet, nombre d’opérateurs utilisent déjà Huawei pour les infrastructures 3G et 4G, et capitaliseraient sur les équipements existants pour passer en 5G avec Huawei. Faire sans Huawei, nécessiterait des changements d’infrastructure plus radicaux. Et un tel retard ne serait pas sans avoir des répercussions sur la compétitivité des entreprises européennes, les applications 5G seront tout d’abord industrielles…

Les opérateurs craignent également que sans la concurrence de Huawei, les coûts des infrastructures ne partent à la hausse. D’autres font valoir que l’éviction de Huawei laissera la place à de nouveaux entrants, tels Samsung qui pourrait également fournir une offre complète. Sous la pression des autorités, des opérateurs européens, tels Orange, British Telecom ou Deutsche Telecom, déclarent qu’ils n’utiliseront pas Huawei pour les parties sensibles du réseau. Mais certains minimisent, tel le PDG d’Orange qui aurait déclaré qu’il y avait une part fantasme dans tout cela.

Alors fantasme ou réalité ? Il n’y aurait à l’heure actuelle aucune preuve, mais la certitude que tout citoyen, toute entreprise chinoise, serait obligée de collaborer avec les autorités si elles le lui demandaient. Et on ne voit pas pourquoi les autorités chinoises s’empêcheraient de le faire dans un contexte de lutte hégémonique entre les États-Unis, la Chine et la Russie. La Chine ne s’est-elle pas fixée d’être le n°1 mondial dans le secteur des technologies de pointe d’ici 2025, et d’accomplir le « rêve chinois » de 1re puissance mondiale d’ici 2050 ?

Dans ce contexte, l’Europe marche en ordre dispersé, entre ceux qui choisissent la prudence et la diplomatie, telle la France qui cherche à mieux surveiller les technologies utilisées dans les réseaux – le gouvernement cherche à amender la loi PACTE pour étendre les pouvoirs de contrôle de l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, d’autres pensent à bannir le fabricant chinois (par exemple la Norvège). Même l’organisation de standardisation, la GSM Association, aurait convoqué une réunion de ses membres à la fin du mois de février, en plein World Mobile Congress, sur la possibilité d’écarter Huawei du marché des télécommunications…

De son côté, la National Cyber Security Centre (NCSC) britannique a conclu que Huawei n’est pas si menaçant qu’il faille lui interdire l’accès au marché et ne suit donc pas les États-Unis dans son alarmisme, voire dans ce que Huawei dénonce comme des « fake news ».

Au carrefour des problématiques de lutte hégémonique des superpuissances, de guerre commerciale et d’espionnage, le cas Huawei est emblématique de ce qui manque à l’Europe : un organisme de renseignement européen qui fluidifie les échanges sur le renseignement économique et fédère l’intelligence des États-membres, et une réelle volonté de faciliter la création de groupes européens capables de conquérir la première place du podium mondial sur leur marché. C’est à l’aune de ces défis que l’Europe pourra protéger son espace économique et par-delà ses citoyens. En espérant que le refus de la fusion Alstom-Siemens ne soit qu’un accident de parcours…

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