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L’édito de Viviane Gravey – Presse européenne : chacun sa bulle ?

L'édito du lundi 4 March 2019

Presse européenne : chacun sa bulle ?

Quand on considère l’Europe des idées, l’Europe des peuples et non des Etats, un constat revient encore et toujours. Comment peut on avoir une Europe commune, sans débat commun ? Une Europe commune sans presse partagée ? La grande majorité des citoyens de notre continent suit l’actualité au travers du prisme national, c’est-à-dire en consultant des sites internet et journaux familiers de longue date. La barrière de la langue ainsi que la grande variété des modèles politiques et sociaux au travers de l’Europe ne facilitent pas ces échanges, et nous restons bien souvent bloqués sur nos actualités locales, nos lectures locales.

Cette semaine, on a ainsi eu droit, côté français, à des cris d’orfraie face à la montée au capital d’Air France/KLM du gouvernement des Pays-Bas. Côté néerlandais, on a eu droit à un long exposé de la manière dont, au plus au niveau de l’état et depuis deux ans, cette décision avait été murement réfléchie. Mais l’endroit où ces histoires parallèles sont encore le plus évidentes reste les conseils européens. À chaque sortie, les conférences de presse s’enchainent et chaque chef d’état et de gouvernement raconte sa version des faits pour son public précis.

Le Royaume-Uni est à la fois l’exemple parfait et une exception à cette règle de l’information en silo. Exemple parfait car les Britanniques ne lisent pas la presse européenne – si d’aventure ils sont tentés par une presse étrangère, ils se tourneront outre-Atlantique, dévorant le New York Times ou encore le Washington Post. Mais c’est aussi une exception : l’apprentissage de l’anglais au travers de l’UE fait que les journaux britanniques, comme le Guardian, ou un site comme celui de la BBC sont très facilement accessibles, souvent sans payer d’abonnement.

Le cas britannique est intéressant à creuser. Car non seulement le britannique lambda ne lit pas la presse étrangère. Mais les politiques britanniques non plus. Ce qui nous a amené à une série de gaffes fabuleuses lors de cette saga interminable du Brexit. Une pléthore d’insultes à l’égard d’autres pays, de nombreuses discussions de stratégie, expliquant lourdement comment forcer la main des européens sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Le Brexit, une fois de plus, met en exergue des tendances lourdes. Hier, le nombrilisme britannique a atteint un nouveau sommet. L’Irlande et le Royaume-Uni partagent beaucoup de choses. Notamment, certains journaux britanniques ont aussi des éditions irlandaises. C’est le cas en particulier du Sunday Times, la version dominicale du Times. Hier, les deux éditions, britanniques et irlandaises, faisaient la une sur le même document : une offre des brexiteurs radicaux de voter pour l’accord du Brexit négocié par les 27 états membres et Theresa May, si celui-ci est amendé dans leur sens. C’est-à-dire que la solution de repli visant à éviter la mise en place d’une frontière physique en Irlande doit être limitée dans le temps.

En quoi ces deux éditions diffèrent ?

Dans l’édition britannique, cet énième intervention des Brexiteurs est présenté comme une offre de paix envers Theresa May, l’opportunité d’aller de l’avant et d’unir enfin son parti pour finaliser l’accord. Dans l’édition irlandaise par contre, cette même intervention reçoit une douche froide immédiate : l’offre des Brexiteurs est immédiatement confronté à la ligne commune des européens, qui ont toujours refusé de mettre une date limite au backstop irlandais : à quoi bon avoir une assurance si celle-ci ne dure qu’un temps ?

Ce qui rend cette double analyse particulièrement délicieuse c’est qu’un même journaliste a signé les deux éditoriaux. Qu’en pensent les européens ? Rien de bien flatteur. Sabine Weyand, numéro deux de Michel Barnier pour les négociations du Brexit et en charge du dossier Irlandais a retwitté une comparaison des deux unes – une fois de plus, l’hypocrisie de la presse britannique amuse le reste du continent. Finissons, une fois n’est pas coutume, sur une note d’optimisme. Et si, en désespérant et amusant tant les européens, le Brexit serait enfin entrain de créer les bases d’un débat public européen ?

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