Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Programme musical

00:00 06:30

Current show

Programme musical

00:00 06:30

Background

L’édito de Viviane Gravey – Royaume-Uni : un gouvernement qui n’écoute plus

L'édito du lundi 18 February 2019

Greta Thunberg continue à influencer les élèves du monde entier à faire grève pour le climat. Depuis le mois d’aout dernier, la jeune suédoise de 16 ans a fait grève à répétition – demandant haut et fort un sursaut dans la lutte contre le changement climatique. Et son exemple est de plus en plus suivi. En Belgique, entre 10.000 et 30.000 élèves ont manifestés chaque semaine depuis début janvier. Le mouvement s’étend : vendredi, la première grande journée d’action se tenant au Royaume-Uni avec des rassemblements dans plus de cinquante villes, avec une estimation de 15.000 participants.

Comment réagi la classe politique à ces mobilisations ?

Sans grande surprise, très mal. A travers l’Europe les hommes et femmes politiques n’ont de cesse de condamner une jeunesse apathique, ne participant pas aux débats politiques. Mais quand cette jeunesse ce mobilise enfin, quelle réponse ?

En Belgique, la ministre flamande de l’environnement s’est retrouvée forcé à démissionner. Pris à partie par des élèves flamands demandant plus d’action, elle a soutenu avoir été informé par les services de la sureté de l’état belge que le mouvement était un complot pour affaiblir son gouvernement. Elle a depuis démissionné.

Quant au Royaume-Uni, le pays n’est pas, comparé à la France, habitué aux grèves scolaires. L’idée même d’élèves manifestant un jour d’école paraissait très étrange a de nombreux commentateurs – même si, cette fois-ci, elle est soutenue par des syndicats enseignants. Les élèves interviewés étaient tous interrogés : avez-vous l’accord de vos parents ? avez-vous l’accord de vos professeurs ?

Malgré des réponses positives a ces deux questions, les critiques politiques ne se sont pas fait attendre, du côté des tories en particulier.

Petit florilège:

Si les élèves tiennent tant à manifester, pourquoi ne peuvent-ils pas le faire le samedi ?
S’ils croient que nous n’en faisons pas assez ils n’ont rien compris. Peut-être faudrait-il relever l’âge du vote à 21 ans ?
S’ils tenaient tant que ça à l’environnement, ils ramasseraient leurs déchets et n’abimeraient pas la pelouse du parlement en manifestant dessus;
Ils veulent avant tout sécher les cours et n’ont rien à faire du changement climatique;
C’est gâcher le temps de préparations des professeurs et de tous les élèves.

Ces réponses sont-elles réellement surprenantes ?

Pas vraiment. La classe politique en général ne sait que faire d’une jeunesse mobilisée, et le parti conservateur a beaucoup moins de soutien chez les jeunes que son premier opposant le parti travailliste.
Mais ce manque d’écoute du parti conservateur ne touche pas seulement la jeunesse. Pendant la campagne de référendaire de 2016, l’actuel ministre de l’agriculture et de l’environnement, Michael Gove avait doctement expliqué que ‘le pays en avait marre des experts’. Ces dernières années ont confirmé cette tendance. Si Gove lui-même a plutôt changé son fusil d’épaule, ses camarades brexiteurs ne l’ont pas suivi.

Cela donne lieu à des situations assez surréalistes. Des commissions d’enquêtes parlementaires ou des universitaires sont interrogés sur la façon dont ils votent, et si leur université a reçu à un moment des financements européens pour un projet de recherche. Des députés et ministres accusant des organisations patronales d’être vendues à l’Europe – et Boris Johnson qui s’écrit ‘fuck business’ ! Tout cela est encore et toujours ramené à la guerre : Marc François (député conservateur) qui déchire la lettre du patron d’Airbus en direct à la télé, expliquant que son père ne s’était pas battu pour les allemands en 40 pour qu’un allemand interfère dans la politique britannique. Daniel Kawczinsky qui prétend que le Royaume-Uni, contrairement aux allemands, n’a pas touché un sou du Plan Marshall (alors qu’ils en furent les premiers bénéficiaires).

Toute discussion des effets négatifs du Brexit – et des effets bien plus négatifs d’un Brexit sans accord – sont ignorés, rejetés : tout cela fait partie du ‘project fear’, le projet peur, qui cherche à faire flancher le courage de la classe politique britannique.

Et au milieu de tout cela : aucune remise en cause. Côté belge, la ministre ayant inventé un complot a dû démissionner. Côté britannique, personne ne démissionne et la qualité du débat public continue à se détériorer. Accord ou pas accord, le plus grand perdant du Brexit risque bien d’être la démocratie britannique.

La matinale d’Euradio

Débutez la journée avec l'essentiel de l'info européenne !

More info