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L’édito de Viviane Gravey – Le particulier talent de Theresa May

L'édito du lundi

Le particulier talent de Theresa May

Aux commandes du gouvernement britannique depuis près de trois ans, Theresa May a survécu à un nombre impressionnant de démissions.  En avril dernier, elle s’est servie de sa ministre de l’intérieur, Amber Rudd, comme fusible. Celle-ci s’est retrouvée débarquée au moment même où le scandale sur les mauvais traitements et expulsions illégales de citoyens britanniques d’origine caraïbéenne, le scandal Windrush, éclatait, et ce bien, que Theresa May, ministre de l’intérieur pendant plus de six ans, porte la plus grande responsabilité de cette crise. Elle a enfin survécu non pas seulement à une motion de censure de l’opposition, mais à une tentative de la remplacer au sein même de son parti.

Sa résilience, de fait, est impressionnante. Et pourtant, ce n’est pas son plus impressionnant talent.

Mais alors, quel est ce talent ?

C’est son aptitude bien particulière à transformer les défaites en victoires…. et les victoires en défaites. Au-delà de son endurance, c’est bien ce talent un peu particulier qui caractérise au mieux ses trois ans à la tête du gouvernement. La Première Ministre semble tout autant déterminée à faire non seulement contre mauvaise fortune bon cœur – au point d’essayer de vendre ses échecs comme des succès, mais aussi, et c’est plus surprenant, à saboter chacune de ses avancées.

Voici quelques exemples de cette gymnastique mentale :

L’élection anticipée de Juin 2017 : Theresa May, après des mois à clamer haut et fort qu’elle ne dissoudrait pas la Chambre des Communes décide au final de le faire, tant les Conservateurs sont en avance dans les sondages. Après une campagne catastrophique, elle se retrouve à perdre la majorité absolue gagnée par son prédécesseur David Cameron en 2015. Et à devoir acheter à prix d’or une coalition avec les unionistes démocrates d’Irlande du Nord. Défaite électorale flagrante, et pourtant ! Elle a continué à mener son gouvernement comme si de rien était. Comme si elle avait encore suffisamment de votes pour faire passer sa vision du Brexit.

Malgré son gouvernement affaibli, elle a réussi à obtenir un accord de l’Union Européenne. Mieux, malgré l’opposition forte des européens à tout cadeaux aux britanniques, elle a réussi à obtenir de l’UE un traitement de faveur non seulement pour l’Irlande du Nord, mais pour le Royaume-Uni tout entier. Si l’accord de libre échange entre les deux parties n’est pas signé et ratifié avant la fin de la période de transition, le Royaume Uni peut bénéficier du ‘backstop’, et se retrouver à continuer à profiter de l’union douanière européenne, sans obstacles à la circulation de marchandises entre UE et Royaume-Uni. Et pourtant… cette victoire impressionnante des négociateurs britanniques, Theresa May n’a pas su la vendre. Cette victoire est perçue par les britanniques comme un échec effroyable, risquant de les maintenir prisonniers, trop proche des européens.

Et comment la situation évolue-t-elle ?

Les votes parlementaires du mois dernier n’ont rien amélioré à la situation. Sa défaite victorieuse de Juin 2017 s’est transformée deux ans et demi plus tard en la pire défaite parlementaire du siècle quand la Chambre des Communes a rejeté son accord. Et deux semaines plus tard, Theresa May a appelé à voter contre sa propre victoire – contre ce même backstop habilement négocié par sa propre équipe de diplomates. En soutenant un amendement parlementaire l’enjoignant de retourner négocier à Bruxelles et de trouver une solution alternative au problème irlandais, Theresa May a réussi à saper deux ans de négociations, et détruire ce qui restait de sa crédibilité aux yeux de ses partenaires européens.

Que peut on attendre de May désormais ? Un accord, pas d’accord ? Dans les deux cas, on peut imaginer Theresa May défendre avec passion ses défaites victorieuses, que ce soit un nouvel accord avec l’UE renégocié en faveur des 27 ou alors, et c’est aujourd’hui l’option la plus crédible, une sortie sans aucun accord. Or, on l’a vu avec sa défaite parlementaire de début Janvier, l’esbroufe de Theresa May ne dure qu’un temps – la réalité de ses défaites la rattrape toujours. Espérons pour le Royaume-Uni que suffisamment de britanniques voient à travers les éléments de langage de leur première ministre avant le printemps !

 

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