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L’édito d’Erwan Quinio – Les pères fondateurs de l’Europe à la barre

L'édito du vendredi 8 March 2019

[PODCAST]

Europe’s coming 26èmeépisode : « Les pères fondateurs de l’Europe à la barre »

 

Cette semaine, avec la sortie d’un livre « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » un procès s’est ouvert : celui des pères fondateurs de l’Europe. A vrai dire, il recommence, c’est un procès en appel. Les histoires et le passé de Robert Schuman, Jean Monnet et Walter Halstein sont l’objet d’une énième enquête, ils sont étudiés, mis à nue, sorties des archives. L’objectif du dernier inquisiteur : « démontrer que la construction européenne est un vaste mensonge ». On pourrait regarder cela d’un œil fatigué voir moqueur mais ce serait une erreur de le prendre à la légère. Pour une raison simple, celui qui cette fois en est à l’origine enchaine les bestsellers. Le souverainiste Philippe De Villiers n’a plus de circonscription électorale, mais lectorale » comme il le répète dans le Figaro et Valeurs actuelles

 

Alors le vicomte vendéen du Puy Du Fou, souvent raillé pour ses positions ultra-conservatrices est parti en quête de la vérité ? Il enquête. 

 

Oui et avant de parler du fond avec le plus d’objectivité possible, saluons l’effort. « Pour étayer sa rhétorique aux forts accents complotistes, le souverainiste s’est néanmoins attaché à envoyer des « brigades de recherche » de Stanford (États-Unis) à Lausanne, de Moscou à Berlin nous informe Le Parisien. Philippe de Villiers dit s’être plongé dans des documents déclassés et affirme que sa vérité ne nous laissera pas indemne.

 

Son livre « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » sort aux éditions Fayard et ravit Valeurs Actuelles mais de quel mensonge parle-t-il ? 

 

Le grand mensonge pour Philippe De Villiers, c’est l’histoire “officielle” de l’Europe qui selon lui n’a jamais eu pour but d’ouvrir un espace politique et de puissance indépendante entre les États-Unis et l’Union soviétique. Si cette  » troisième voie » n’est pas advenu, c’est qu’ils n’en ont jamais voulu « . Et quand je dis « Ils », ce sont les européens alors aux manettes. Ce sont Robert Schuman, qui est accusé tout azimuts d’avoir combattu avec l’armée allemande lors de la première guerre mondiale, c’est Jean Monnet, l’antinational qui serait un agent de la CIA et l’allemand Walter Halstein, le premier président de la Commission européenne accusé lui sans aucune nuance d’être un nazi patenté ;

 

Sur le fond il y a quand même des contradictions avec le discours souverainiste ?

 

Oui, et elles ne sont pas minces. Philippe De Villiers semble même regretter le manque de patriotisme européen de Jean Monnet. Ce qui le hante, c’est l’idée d’un marchepied de la future gouvernance mondiale et l’émergence d’un marché planétaire de masse. L’Union européenne ne serait qu’une escale vers Globalia. Philippe De Villiers reproche à l’Europe tout et son contraire. Ainsi donc, penser que le modèle communautaire européen fondé sur la prééminence du droit et des relations étatiques apaisées serait extrapolable à d’autres régions du monde serait un crime de la pensée ; Philippe De Villiers tombe à pieds joints dans les caricatures. Et pour lui, les protagonistes qui ont fondé l’Europe n’aiment rien, même pas l’Europe. C’est évidemment contestable.

 

Le procès de l’histoire européenne sera donc particulièrement vif ? 

 

Oui mais il aura lieu alors il faut lire et faire confiance à ceux qui savent et ceux qui cherchent sans prisme idéologique. Je parle évidemment des historiens et des journalistes.

Ce débat n’est pas nouveau. Loin des fantasmes répétés, nous savons tous le rôle tenu par les américains dans les années 50 pour encourager la coopération européenne. Il n’y a rien de secret là dedans. Jean Monnet n’était pas anti-national, il n’avait simplement pas oublié les affres de la seconde guerre mondiale dont les cendres étaient encore brulantes. Et « la méthode Monnet » était effectivement basé sur des sommets entre chefs d’Etat. On peut le regretter, contester la démocratie représentative mais qu’on le veuille ou non, les dirigeants européens de l’époque étaient tous démocratiquement élus !

 

Philippe De Villiers porte des accusations quand même gravissimes envers sa bête noire, l’Allemand Walter Halstein. 

 

Oui. Là le point Godwin est franchi avec allégresse et jubilation. A le lire, l’Europe n’a pas été faite pour oublier le nazisme mais avec l’appui de ces derniers et d’Hitler lui-même. Vous avez bien entendu. Alors ce matin et en quelques secondes, il n’est pas possible d’en faire l’exégèse et d’ouvrir en détail une contre-enquête. Mais cette contre-enquête, il va bien falloir la faire. Ces accusations sont tout sauf nouvelles. Elles sont le décalque des arguments avancés depuis toujours par François Asselineau, l’ancien candidat de l’UPR à la présidentielle française de 2017.

A toutes celles et ceux qui veulent y réfléchir de manière contradictoire, je vous invite à regarder l’enquête vidéo d’une journaliste youtubeuse Aude WtFake en date du 24 février. « L’UNION EUROPÉENNE, UN PROJET NAZI ?!! La nouvelle blague de François Asselineau » ; Et que dit l’historien allemand qu’elle interroge : « Walter Halstein comme tout allemand de son époque a bien été engagé dans la Wehrmacht, l’armée allemande » mais n’a jamais été un dirigeant nazi. Par ailleurs, le plan nazi pour une nouvelle Europe dont on sait vraiment s’il existe puisque ni De Villiers, ni Asselineau n’en apportent la preuve n’a jamais inspiré les pères fondateurs de l’Europe qui avaient tous le nazisme en horreur. L’Histoire est un débat légitime. Il doit donc y avoir une contre-enquête à l’enquête. A 80 jours de l’élections européennes, faisons place et confiance à tous nos plus brillants historiens pour nous dire ce qu’ils savent dans la plus grande objectivité, celle qui les honore.

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