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L’édito d’Erwan Quinio – L’énergie c’est le pouvoir

L'édito du vendredi

[PODCAST]

Europe’s coming 36èmeépisode : « L’énergie c’est le pouvoir »

Les questions énergétiques auront profondément marqué cette semaine. On l’a vu avec les Etats-Unis et L’Iran qui fait passer le baril de pétrole de 50 à 75 dollars. Sur ces sanctions américaines, l’Europe est divisée. On l’a vu avec la question nucléaire à l’aune d’une première consultation nationale sur la gestion des matières et des déchets radioactifs qui se tenait à Caen. La France compte l’équivalent de 648 piscines olympiques de déchets nucléaires dont on ne sait trop quoi faire. Ces déchets sont actuellement stockés dans plus de 950 sites et les enterrer ou en recycler une partie ne fait toujours pas consensus. Enfin, c’était hier les conclusions du Grand Débat National.  Le Président français Emmanuel Macron a parlé d’aides à la mobilité pour soutenir les salariés si sensibles aux variations du prix du pétrole. Il veut faire du changement climatique son premier combat dans la campagne européenne qui vient. Il a ainsi évoqué hier la question du prix carbone aux frontières de l’Europe. L’énergie, c’est le pouvoir. L’Europe cherche une voie nouvelle entre une stratégie défensive et une démarche offensive qui elle se traduit par l’idée évoquée d’une banque du climat pour financer la transition énergétique. C’est sur ce dernier point que je voulais m’arrêter ce matin.

Sur ce volet offensif, quels sont les grands enjeux de ce nouvel instrument financier ? Ne risque-t-il pas d’être une énième agence sans impact sur le réel des français et des européens.

Il faut prendre la mesure du moment. En 2023, les USA deviendront les premiers exportateurs de gaz et de pétrole. Oui, devant l’Arabie Saoudite. Les américains profitent d’immenses réserves de gaz et de pétrole de schiste. Les américains disposent de territoires gigantesques, d’acteurs puissants et d’une culture de conquête dénuée de toutes préoccupations environnementales. Mais dans le monde, un nouvel ordre est en train de se construire. Et il changera le monde de tout en tout. C’est le solaire et l’éolien, et son nouveau vecteur : l’hydrogène. 

Dans ce contexte, l’Europe a t’elle encore une carte à jouer ?

Oui, absolument. A condition de ne pas répéter le fiasco que nous avons connu sur le photovoltaïque.

Pour rappel, En 2000, en Allemagne, Q-Cells voyait le jour. Grâce à l’inspiration d’Anton Milner, l’Europe est à l’avant-poste du monde sur le solaire. Et une usine en Allemagne de l’Est permet d’offrir de nouveaux emplois qualifiés. En 2008, l’entreprise vaut déjà 10 milliards d’euro. Ce ne sera pourtant qu’un feu de pailles. En 2009, elle est détrônée par un concurrent chinois Sunpower. En 2011, elle fait faillite. Voilà le bilan et il résume un peu la situation énergétique de l’Europe entière. « En 2008, l’Europe possédait 82% du marché mondial du solaire et 57% de l’éolien. Une décennie plus tard, le désastre est complet ».

D’où le besoin de réfléchir, de définir une stratégie et d’y mettre les moyens financiers qui vont avec ?

Oui. Et en la matière, le pessimisme ne doit pas être de rigueur. Un nouvel ordre mondial se dessine. Pour Thierry Lepercq, l’hydrogène sera demain le nouveau pétrole. Fort de son expérience de 15 ans au plus haut niveau dans l’énergie et les technologies de rupture son livre sorti il y a trois semaines revient sur les énormes ruptures technologiques en cours.

La course mondiale à l’hydrogène propre est lancée. Ce n’est plus une chimère dont certains se gaussaient. La réponse est systémique et collective, entièrement décarbonée. Le vieux monde fossile peut résister, il peut bien mourir, le bébé hydrogène commence à se dessiner. Une énergie universelle, propre, compétitive et quasi infinie au service de l’humanité. C’est une arme décisive dans la lutte contre le changement climatique au point que selon lui, on pourra un jour parler non pas seulement d’économie de l’hydrogène, mais de civilisation de l’hydrogène.

Mais pour y parvenir et en être leader, l’Europe va devoir investir et investir massivement. 

Oui. C’est l’enjeu absolument stratégique des mois et des années qui viennent. L’hydrogène n’est qu’un vecteur d’énergie. Celle-ci sera produite par le solaire et l’éolien pour que l’on puisse avoir de l’hydrogène propre. Tout va changer. Le solaire connaît une baisse de prix historique et des rendements chaque jour meilleurs. Sur l’éolien aussi la révolution est devant nos yeux. Au Danemark, on réfléchit à un projet d’une puissance de 30 GW, baptisé North SEa Power Hub, qui permettrait d’approvisionner 80 millions d’européens. Il serait localisé sur une île artificielle de 6km2 à 150 km des côtes et pourrait voir le jour à partir de 2027.

Partout, je dis bien partout, l’électricité fait son retour. Même dans l’aérien. SAFRAN a lancé un programme de recherche qui envisage à terme un passage de l’ensemble du transport aérien à l’électricité. Vous le voyez, le temps ou les voitures électriques étaient jugées bonne et de manière péjorative une voiture de femme est bientôt derrière nous. La Ford T en 1908 a changé le monde. Mais cette page du moteur à explosion, de la mobilité et de l’habitat carboné est en train de se tourner. Et l’Europe peut en devenir un des acteurs principaux. Elle doit pour cela définir en commun une stratégie. Celle-ci doit se distinguer des USA mais s’affranchir aussi au maximum de la Chine qui a fait de la contrainte énergétique une opportunité. Soyons bien conscients qu’hier, comme aujourd’hui, l’énergie, c’est le pouvoir et ce sera encore le cas demain.

 


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