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Boris Johnson au cœur de la tourmente : L’édito de Vivianne Gravey

Written by on 7 octobre 2019

Moins de 100 jours aux commandes du gouvernement britannique, et déjà, Boris Johnson flanche. Son bilan est catastrophique – son gouvernement a perdu tous les votes parlementaires ayant eu lieu depuis son arrivée au pouvoir. Ses défaites ne sont pas seulement législatives, mais judiciaires – la cour suprême ayant décidé fin septembre que la décision de Johnson de fermer le parlement était nulle et non advenue. Quant aux négociations, à peine 5 jours après que Johnson ait présenté son offre ‘finale’ du Royaume-Uni, 7 pages ‘à prendre ou à laisser’, voilà que le ministre chargé du Brexit, Stephen Barclay, explique qu’en fait si, peut-être, que quand même le Royaume-Uni serait prêt à continuer à négocier.

Mais comment expliquer ce qui s’annonce comme une terrible déconvenue britannique ? Pour cela, cet édito se penche sur deux grandes tendances que l’on retrouve chez les élites britanniques : premièrement, une connaissance des classiques allant de pair avec une ignorance de l’histoire et de la géopolitique actuelle. Et deuxièmement, une foi profonde en leur propre pouvoir et influence qui se nourrit de cette même ignorance, des hommes politiques assenant ‘Y’a qu’a, faut qu’on’, si on le veut, on le peut.

Là où la France met l’accent sur d’une part, les mathématiques et les sciences comme filière reine, et ensuite, un large éventail de matière signifiant que même les plus scientifiques d’entre nous font de l’histoire et de la géographie une grande partie de leur scolarité. Au Royaume-Uni, les élèves ont le choix entre un bien plus grand nombre de matières, mais doivent en prendre un bien plus petit nombre – ce qui donne des élèves plus spécialisés, mais avec des lacunes béantes en langues étrangères, bien sûr, mais aussi en connaissance de l’histoire de leur propre pays.

Quelles lacunes historiques ?

Boris Johnson est un exemple type – grand amateur des classiques, il passe son temps à faire référence aux mythes grecs et romains. Mais sa connaissance de l’histoire moderne est bien plus lacunaire, et par ses écrits, il passe rapidement des classiques à une mythologie très britanniques – celle de l’empire, et cette duelle représentation des britanniques à la fois David (petit pays seul contre tous !) et Goliath (le plus grand empire que la terre n’ait jamais connu). Les œillères britanniques quant à leur propre histoire portent ainsi par exemple sur l’idée que le Royaume-Uni est un des seuls pays européens à n’avoir pas connu de combat sur son sol au 20ème siècle – ignorant ainsi au passage, d’une part la guerre d’indépendance irlandaise se passant bien sûr sur sol britannique car l’Irlande alors était britannique, ainsi que les Troubles en Irlande du Nord, c’est-à-dire une guerre civile durant près de 30 ans. Un autre cliché problématique est une vision de l’empire britannique comme bienveillant, se finissant de manière pacifique – se faisant ignorant le rôle des britanniques dans la création de l’Inde et du Pakistan, et taisant la répression sanglante de la révolte des Mau Mau au Kenya. Cette ignorance pousse les gouvernants britanniques à penser que leurs anciennes colonies les attendent les bras ouverts et sont prêtes à remplacer l’UE comme marché d’exportation. Et ce, quand bien même, cela ne fait aucun sens d’un point de vue de politique commerciale vu la différence des marchés, et la proximité de l’UE permettant des chaines de productions intégrées.

Quelle influence sur le Brexit ?

Tout ça nous ramène au Brexit. Cette obsessions des héros tragiques de l’antiquité, et cette vision bisounours de l’empire britannique nourris une tendance ‘y’a qu’a, faut qu’on’ chez les politiques britanniques. Celle-ci se découle en deux variations : d’abord un rejet des experts, ensuite, une vision machiste et simpliste des négociations. Prenons les experts : Michael Gove s’est fameusement écrié pendant la campagne de 2016 ‘ce pays en a marre des experts’, et c’est devenu une sorte de leitmotiv de la politique britannique. Réussir à répondre à 599 pages d’accord juridique par 7 pages de promesses politiques (comme l’a fait Johnson la semaine dernière), c’est refuser l’expertise, refuser le détail, considérer que seuls les effets d’annonces comptent. Et que si l’Union Européenne demande des détails, c’est qu’elle fait de l’obstruction.

Prenons, ensuite le machisme de la classe dirigeante britannique qui se double d’une vision simpliste de la politique et de l’UE. A Westminster, un accord peut être fait à la dernière heure, l’accent étant mis sur un accord politique, et non juridique. La constitution est non-codifiée, reposant sur de nombreuses coutumes qui peuvent être très différemment interprétés – et les dirigeants Britanniques ne comprenne donc pas pourquoi l’UE ne peut pas être aussi flexible avec ses traités qu’ils le sont avec leur constitution. Enfin, le machisme, élément clef pour comprendre le rejet de l’accord négocié par Theresa May. Johnson et ses collègues étaient en effet persuadés que Theresa May n’avait pas été assez dure, assez obstinée, assez menaçante – et que si on voulait un accord sans backstop, on voulait un accord ou l’UE abandonnant l’Irlande, il suffisait de le demander.

Nous voici donc en ce moment entrain d’admirer ce qui se passe quand Boris Johnson demande (pas très poliment) ce qu’il veut à l’UE, et ce sans grande expertise légale ni connaissances historiques. Affaire à suivre…


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