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Un Royaume-Uni repartant à zéro ? L’édito de Viviane Gravey

Written by on 20 janvier 2020

Le Brexit avance à grand pas – plus que 11 jours avant la sortie, tant de fois repoussée, des britanniques de l’Union Européenne. Aussi, les hommes et femmes politiques britanniques commence à se projeter : le Brexit étant pour beaucoup question de ‘reprendre le contrôle’ il s’agit dès à présent de décider quoi faire de ce contrôle. Les aventures de Spiderman l’ont maintes fois répété : avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Et après avoir vu les politiques semer ainsi tant de promesses, les britanniques attendent la récolte avant impatience. Le Brexit va-t-il permettre de profondément changer le Royaume Uni ? Et ces changements iront-ils dans le bon sens ?

Aujourd’hui, j’aurais pu vous parler de la décision de ne pas aligner les normes britanniques aux normes européennes après le Brexit, et tous les soucis que cela crée pour les fabricants automobiles britanniques visant le marché européen, ainsi que pour le secteur agroalimentaire et bien sûr, pour l’Irlande du Nord. J’aurais pu aussi vous parler du sujet faisant la une de tous les journaux britanniques ou presque (à savoir, bien sûr, les aventures de Harry, Meghan et de la Reine). Mais non, nous allons parler réforme institutionnelle : les conservateurs souhaitent déplacer la Chambre des Lords, l’envoyer dans le Nord de l’Angleterre et l’établir à York.  

La réforme des Lords est un serpent de mer de la politique britannique. Quels pouvoirs et quelle composition – qui peut nommer des Lords etc. – revient très fréquemment sur le tapis. De nos jours, les Lords ont près de 800 membres, 700 sont des lords à vie – leur titre n’est pas héréditaire – et ils sont nommés par la Reine après avis du Premier Ministre. Certains sont issus de partis politiques, d’autres sont indépendants, nommés aux Lords en fonction de leur stature de figure clef de la société civile. Il y a aussi 26 évêques anglicans – rappelons-nous, pas de séparation de l’église et de l’état au RU et enfin moins d’une centaine de lords héréditaires, élus entre eux – les élections les plus bizarres du royaume uni. Nous avons donc bien plus de Lords que de députés dans la Chambre des communes. Mais dans les deux cas, ils ne rentrent pas dans leurs chambres respectives, prévues pour de bien moins grand nombre.

Le gouvernement avait trois problèmes : le Palais de Westminster est en très mauvais état et nécessite des travaux importants, difficile à gérer s’il est occupé. Les Lords sont peu aimés, trop conservateurs pour certains, trop rebelles pour d’autres. Et le pays est trop centralisé politiquement. 

Cette réforme est-elle suffisante pour régler ces problèmes ?

Pas du tout – cette réforme, ou mesurette, est avant tout cosmétique. Et très hypocrite. Les britanniques étaient les premiers à critiquer les deux sièges du parlement européen et voici qu’une fois sortie de l’UE, ils veulent aussi avoir deux sieges. Faire sortir les Lords de Londres ne veut pas dire une meilleure représentation des régions anglaises et des autres nations britanniques : dans les systèmes fédéraux bicaméral comme les US et l’Allemagne, ou encore le Canada, les deux chambres sont dans la capitale politique, et d’autres villes sont là, ou les capitales économiques. Changer le lieu de rencontre des Lords ne rapproche pas les citoyens de leurs institutions.

Quelle alternatives ?

Pour mieux comprendre le manque d’ambition du gouvernement il suffit d’écouter Gordon Brown : l’ancien Premier Ministre aujourd’hui explique craindre pour le future du RU. Considerant que le manque d’écoute des politiques britanniques est une des raisons profondes du Brexit, Gordon Brown met en garde la classe politique : si rien ne change, le rejet de Bruxelles deviendra rapidement un rejet de Londres. Il propose tout d’abord de réformer les Lords avec une représentation des régions anglaises et des nations galloises, Ecossaises et nord irlandaises. Ensuite, la mise en place de nouveaux conseils – pour le Nord de l’Angleterre et pour les Midlands (le centre de l’Angleterre) permettant des collaborations entres municipalités et comtés de ces régions. Bref, cet écossais opposé à l’indépendance de l’Ecosse propose une profonde décentralisation, et quasi fédéralisation britannique. Et demande à Westminster, sur le point de ‘reprendre le contrôle’, de partager ce dernier.


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