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Politique britannique – une nouvelle équipe se met en place : l’édito de Viviane Gravey

Written by on 6 avril 2020

Si vous suivez la politique britannique de près ou de loin, vous aurez surement entendu que Boris Johnson est hospitalisé depuis dimanche soir. Cette hospitalisation pose des questions sur la continuité du gouvernement – mais nous avons des réponses relativement claires à ce sujet : s’il n’est plus capable, le numéro deux du gouvernement, Dominic Raab, le ministre des Affaires Etrangères, prend le relais. 

Ce n’est pas de cette équipe dont je souhaite parler. Le grand remaniement n’est pas côté gouvernement, mais côté opposition.

Que se passe t il au Labour ?

 Après 5 ans à la tête du parti travailliste, Jeremy Corbyn a quitté ses fonctions samedi. A sa place et après une longue campagne et élection par voix postale, Sir Keir Starmer devient leader, avec Angela Rayner comme numéro 2. La gauche britannique, mal en point depuis l’élection de Décembre 2019 ayant assuré une majorité absolue à Boris Johnson, continue ainsi sa recomposition. 

Penser l’après Corbyn est une tache ardue pour au moins trois raisons.

  1. Le bilan de Corbyn divise le parti. Certes, il a perdu deux élections, en 2017 et 2019. Mais sous son leadership, le parti a gagné un grand nombre de membres (passant de 300,000 à 580,000 membres en 5 ans), et a proposé des politiques ambitieuses et novatrices. Certaines, comme l’idée de considérer l’accès à un débit internet suffisant comme un service public, semble d’autant plus nécessaire aujourd’hui en plein confinement, malgré l’accueil narquois qu’elles reçurent en Décembre. 
  2. Les grands sujets qui ont plombé l’ère Corbyn ne sont toujours pas résolus : Corbyn a longtemps été accusé d’être mou, et sur le Brexit, avec une campagne très tiède en favour du ‘Remain’ pendant le Referendum de 2016, et sur l’antisémitisme – ses fidèles ayant été accusés maintes fois de ne pas prendre au sérieux les attaques antisémites contre membres et députés du parti. Starmer et Rayner prennent ainsi le contrôle d’un parti profondément clivé. 
  3. Enfin, bien sûr la pandémie actuelle. Un nouveau leader de l’opposition se doit de marquer le pas, de critiquer le gouvernement afin de faire entendre sa voix – ce qui est rendu difficile par les appels fréquents à l’unité nationale, et critiquer un premier ministre alité fait un peu mauvais genre.

La campagne durait depuis janvier, avec deux élections parallèles – pour le leader et son député. Keir Starmer a réussi à ne pas paraître trop critique de Corbyn, mais toutefois restant à gauche, et n’allant pas chercher trop du côté du centre. Il a réussi à créer une assez grande coalition autour de lui, mais sans s’avancer trop sur les sujets qui fâchent. Côté député leader, c’est le sacre d’Angela Rayner, députée issue des classes populaire, ancienne syndicaliste de 40 ans, ayant quitté le lycée enceinte à 16 ans, qui détonne sérieusement dans le paysage politique britannique qui, même à gauche, reste très dominé par des anciens d’un petit nombre d’écoles privées, et d’Oxford ou Cambridge. Rayner est marquée comme plus à gauche que Starmer, mais les deux ont longtemps fait parti de l’équipe de Corbyn, démontrant leur capacité à travailler ensemble.

Auprès d’eux, c’est toute l’équipe des ministres ‘de l’ombre’ qui se met en place aujourd’hui – chaque ministre britannique ayant son référant dans les rangs de l’opposition. Et on voit avec l’équipe dévoilée cet après-midi un premier test pour Starmer – va-t-il réussir à rassurer ses soutiens et faire taire ses critiques ?

Alors, ce premier test ?

Après un leader tant adulé que détesté, Starmer ne peut que paraitre un peu beige et terne. Mais le beige peut être une couleur bien rassurante en ces temps anormaux – et le désarroi du gouvernement conservateur permet à Starmer d’installer son équipe en douceur.  Les nominations tombées aujourd’hui font preuves du talent d’équilibriste – on y retrouve des étoiles montantes du parti, comme David Lammy, devenu porte voix de la génération ‘Windrush’ de citoyens britanniques d’origine caraïbéennes expulsés à tort, devient ministre ‘de l’ombre’ pour la Justice, Rosena Allin Khan, médecin urgentiste et candidate déçue pour l’élection de député leader devient ministre de l’ombre pour la santé, des figures clefs de la gauche du parti, comme Rebecca Long Bailey qui était jusqu’à samedi une des adversaires de Starmer dans la campagne pour prendre contrôle des règnes du parti. Et enfin, des figures clefs de l’avant Corbyn – avec le retour d’Ed Miliband, ancien leader (2010-2015) du parti qui revient à ses premiers amours climat et énergie.

Cette équipe n’est pas sans ses critiques – il manque ainsi notamment deux noms, Lisa Nandy et Dawn Butler, qui ont toutes deux fait leur marque sur cette longue campagne interne. Mais, pour ce qui reste un premier jet, Starmer semble avoir réussi cette ‘synthèse’ chimérique entre les différentes ailes et générations du parti travailliste. Après des élections lamentables, le Labour semble être sur le point de redevenir une formidable force d’opposition.


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