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La psychologie humaine amplifie la crise : l’édito de Marc Tempelman

Written by on 15 avril 2020

Marc Tempelman est l’un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui vous aide à épargner plus et mieux, via son application d’épargne simple et sécurisée. Nous discutons toutes les semaines de finance.

Bonjour Marc, de quoi allons-nous parler aujourd’hui ?

Bonjour. Que la crise sanitaire soit la cause d’une crise économique et financière est aujourd’hui un fait établi. Mais nous pourrions rajouter que la psychologie humaine y est également pour quelque chose et que notre attitude par rapport au risque l’amplifie. Et c’est de cela que je pensais que nous pourrions discuter aujourd’hui.

Vous voulez dire que la psychologie des êtres humains contribue à la crise financière actuelle ?

Et oui, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Pour entrer dans le détail il faut se pencher sur les études des économistes comportementaux, qui au fil du temps ont fait le lien entre nos biais psychologiques et leur impact sur les marchés financiers, et par extension sur l’économie réelle.

Il serait tentant de croire que les chutes violentes des cours de bourse dans le monde soient le résultat d’ordres automatisés donnés par des algorithmes et/ou le reflet de la peur que ressentent les investisseurs devant l’incertitude de la sortie de crise.

Mais des économistes ont démontré qu’il y a bien d’autres facteurs psychologiques en jeu.

Lesquels par exemple ?

Le premier est l’excès de confiance. Dans les années 80 l’économiste Hyman Minsky avait expliqué comment la stabilité peut être elle-même génératrice d’instabilité, parce qu’elle stimule la prise de risque excessive durant de périodes de calme relatif. Rapportées à la situation actuelle, selon sa théorie, les dix dernières années de hausse graduelle des marchés actions ont sans doute endormi la sensibilité des investisseurs aux risques. Et avec l’arrivée du COVID19, le réveil fut brutal.

Existe-t-il d’autres biais psychologiques de ce type ?

Je pense qu’il est important de souligner la difficulté qu’a le cerveau humain à appréhender les progressions géométriques relativement aux progressions arithmétiques. Dit autrement, l’esprit humain comprend instinctivement que si un chiffre augmente de 10 tous les jours, il aura augmenté de 70 au bout d’une semaine. Demandez-lui de combien de temps il faut pour qu’un chiffre triple s’il augmente de 25% par jour, et peu de gens vous répondront qu’il ne faudra que 5 jours. Et dans le cas de la propagation rapide d’un virus, nous voyons bien que nous sommes dans ce scénario. L’esprit humain se retrouve donc systématiquement en retard par rapport à la courbe exponentielle et la vitesse à laquelle le problème s’amplifie.

Notre structure mentale connaît-elle d’autres faiblesses qui ont contribuées à la crise financière que nous vivons ?

Permettez-moi d’en citer une dernière. Le cerveau humain a beaucoup de difficulté à appréhender des situations statistiquement hors normes et très peu probables. Nous avons tendance à vouloir simplifier et notre esprit favorise donc de façon inconsciente les scénarios les plus probables en minimisant, voir en éliminant les scénarios les plus extrêmes. C’est ce qu’a démontré Nassim Taleb dans sa fameuse théorie du Cygne Noir, qui s’inspire de la conviction historique que tous les cygnes au monde étaient forcément blancs…. Jusqu’au jour où un cygne noir a été découvert en Australie. Et il souligne comment, à travers les âges, les hommes ont pris des décisions en ignorant – à leurs risques et périls – les évènements très improbables mais possibles.

Vous avez quelques exemples à donner ?

Bien sûr. La ville de Pompéï a été construite à une distance jugée probablement suffisante du Vésuve. Il était impossible qu’une attaque terroriste ait lieu sur le sol Américain et qu’elle réussisse jusqu’au 11 septembre 2001. 

Et pour finir, il n’était pas envisageable que quelques malades d’un virus nouveau dans une région chinoise méconnue appelée Wuhan puissent conduire à une pandémie mettant à l’arrêt l’économie mondiale pendant plusieurs semaines.

Je voudrais quand même finir sur une note optimiste. Chez Cashbee nous sommes convaincus que les épargnants, les entreprises et les gouvernements ajusteront leur appréciation de la gestion des risques les plus improbables dans les années à venir, créant ainsi un monde économique plus sûr et, nous l’espérons, plus responsable.


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